Les territoires de la mondialisation

Publié le 7 Décembre 2014

THEME 2 : LES DYNAMIQUES DE LA MONDIALISATION

 

Chap. 2 : Les territoires de la mondialisation

 

Dubaï

 

Le processus de mondialisation contemporain redéfinit les rapports entre les territoires : par les interdépendances qu'il met en place, il renforce les solidarités spatiales mais accentue aussi les concurrences entre les différentes régions du globe.

Ce faisant, la mondialisation tend également à modifier l'organisation de l'espace mondial. En effet, les dynamiques spatiales à l’œuvre transforme profondément la géographie mondiale et ce à toute les échelles. Si les activités de production sont par exemple de plus en plus dispersées à la surface de la planète, les fonctions de commandement ont quant à elles plutôt tendance à se concentrer de plus en plus dans les CBD des grandes métropoles. La mondialisation hiérarchise et sélectionne ainsi les espaces en fonction de leurs avantages comparatifs respectifs.

On voit dés lors progressivement se constituer des centres, des périphéries et des marges, selon le degré de participation des différents territoires au processus de mondialisation et selon leurs fonctions/rôles dans celui-ci.

=> Comment s'organise l'espace mondial ? Quels en sont les centres, les périphéries, les marges ?

=> En quoi la mondialisation influence/modifie-t-elle l'organisation de l'espace mondial ?

=>Dans quelle mesure les logiques de la mondialisation aggravent-elles les inégalités territoriales ?

 

I - LES MÉTROPOLES : CENTRE DE COMMANDEMENT DE L'ESPACE MONDIALE.

 

1. Les métropoles : centre du pouvoir et interface majeure de l'espace mondial.

 

a. Les métropoles, espace de concentration des fonctions de commandement au rayonnement plus ou moins étendu.

 

Les métropoles (du grec mater, mère et polis, ville) sont des espaces urbains qui concentrent les populations, les richesses, les infrastructures de transport et de communication, les activités et les fonctions de commandement. Parmi ces fonctions métropolitaines, on trouve notamment :

  • des fonctions politiques : siège du gouvernement, assemblée, ministères (comme à Paris avec l’Élysée, Matignon, le palais Bourbon, le palais du Luxembourg, les ministères...), sièges d'organisations internationales (ONU à New York)...

  • des fonctions économiques : sièges sociaux des FTN, grandes entreprises du tertiaire supérieur et du quaternaire, banques d'affaire, bourses (la City à Londres, le Kabutocho à Tokyo)... Ces activités sont généralement concentrées dans les quartiers des affaires (CBD) dont l'architecture monumentale reflète la puissance et l'influence.

  • Des fonctions culturelles, de la formation (grandes écoles, universités...) à la diffusion (musées, théâtres, congrès/salons, patrimoine...)

 

Paris, une métropole mondiale

 

Ainsi, les métropoles qui concentrent ces fonctions de commandement exercent une influence sur des espaces plus ou moins vastes, de part leur notoriété et de part les effets des décisions qui y sont prises. Par exemple, le modèle urbanistique et architectural du CBD de Manhattan à NYC (buildings, verre et acier...) est copié dans toute les grandes métropoles de la planète; on voit ainsi se mettre en place un paysage mondialisé, uniformisé et standardisé, celui de la concentration de la richesse, de la puissance et de la centralité économique. Toutefois, chaque métropole cherche à se distinguer par le gigantisme de ses bâtiments et par l'originalité de leur forme (les plus grands architectes sont employés pour concevoir ces bâtiments) comme à Dubaï ou Shanghai, deux métropoles en pleine affirmation. De plus, les décision prises par les dirigeants d'une FMN (fermer ou ouvrir une usine à l'étranger par exemple) jouent sur le niveau de chômage du pays concerné.

 

Pudong, le CBD de Shanghai

 

Ainsi, il apparaît que toutes les métropoles n’ont pas le même rayonnement et la même influence. On peut dés lors établir une hiérarchie de celles-ci :

  • les métropoles d'influence régionale comme Sydney, Séoul, Istanbul ou encore Rome. Ces agglomérations exercent une influence décisive à l'échelle de leur pays et parfois sur une partie de leur continent.

  • Les métropoles de dimension continentale (une trentaine de villes) comme Dubaï, Barcelone, Los Angeles, Francfort, Hong Kong ou Chicago Elles concentrent des activités rares (cinéma à Los Angeles, finance à Francfort et à Shanghai) et exercent une influence continentale et parfois planétaire.

  • Les villes mondiales (les « global cities » définies par la sociologue et économiste Saskia Sassen) : stricto sensu, il n'en existe que 4 (NYC, Tokyo, Londres et Paris) et leur rayonnement est planétaire. Elles concentrent l'ensemble des fonctions urbaines les plus rares et les plus influentes dans les domaines politique, économique, scientifique et culturelle. De ce fait, elles sont des pôles de structuration de l'espace-monde et des pôles d'impulsion économique majeure. Elles sont ainsi des centres majeurs de l'espace mondial et des nœuds essentiels dans les réseau de communication à l'échelle du globe.

 

Les principales métropoles dans le monde (d'après S. Sassen)

 

b. Les métropoles, interfaces et nœuds des réseaux de communication.

 

En outre, les métropoles concentrent également les infrastructures de communication d'échelle nationale, régionale et internationale. Il s'agit donc d'espaces disposant d'une grande accessibilité, bien reliés au reste de la planète (en particulier aux autres métropoles). La métropole parisienne dispose par exemple de 2 aéroports internationaux (Orly et surtout Roissy-Charles de Gaulle, 2ème aéroport le plus fréquenté d'Europe - après celui d'Heathrow à Londres - et 8ème aéroport au monde), de plusieurs gares desservant le territoire national ainsi que différentes métropoles européennes (Bruxelles, Amsterdam, Barcelone, Berlin, Rome...), d'un débouché maritime via la Seine vers Rouen et le Havre, d'un réseau autoroutier relié aux réseaux des pays frontaliers et de plusieurs téléports (station terrienne de télécommunication par satellite).

Les métropoles jouent donc un rôle d'interface majeure et de nœud dans les réseaux de communication de dimension planétaire. Elles sont donc des hubs qui polarisent et redistribuent les flux. Dubaï est par exemple devenu un hub aéroportuaire essentiel dans les liaisons vers l'Asie et le Moyen-Orient ; son aéroport occupe aujourd'hui la 7ème place mondiale avec plus de 45 millions de passagers (alors qu'il n'en comptait que 10 millions il y a 10 ans) et fait office de plate-forme de correspondance pour la compagnie Emirate.

Aujourd'hui, on constate donc une accentuation de ce phénomène de concentration des hommes, des activités supérieures et des infrastructures de transport et de communication dans les métropoles sous l'effet du processus de mondialisation : c'est la métropolisation.

A l'inverse, les fonctions de production sont de plus en plus « rejetées » en périphérie des agglomérations (à proximité de gares, d'aéroports et/ou d'échangeurs autoroutiers) ou même délocalisées à l'étranger.

 

c. New York, métropole mondiale.

 

NYC est la métropole mondiale par excellence. 4ème agglomération de la planète (avec plus de 22 millions d'habitants), NYC concentre les fonctions décisionnelles rares, notamment dans les domaines économiques, financiers et culturels. Ainsi NYC et plus particulièrement le quartier de Manhattan, constituent un lieu de pouvoir/de puissance et donc de centralité et de commandement. On y trouve:

  • Des fonctions économiques supérieures :

    • la première place boursière mondiale (Wall Street avec le New York Stock Exchange et le NASDAQ),

    • les ¾ des sièges sociaux des FMN américaines (qui comptent parmi les plus puissantes de la planète).

  • Des activités du tertiaire supérieur et du quaternaire:

    • comme par exemple les agences de notations financières Moody's et Standard & Poor's

    • la Silicon Alley, située en plein cœur de Manhattan (quartier de Greenwich notamment). Il s'agit d'un technopôle, c'est à dire un espace concentrant des entreprises du secteur des hautes technologies (d'internet notamment), des médias (NBC, ABC, Wall Street journal) ou de la publicité ainsi que l'université de NY. La proximité entre ces activités crée des synergies bénéfiques à l'ensemble des acteurs.

  • Des fonctions politiques, en particulier avec le siège des Nations Unies (qui témoigne de la domination mondiale des États-Unis depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale)

  • Des fonctions culturelles avec des musées (MoMa, Metropolitan Museum of Art - aka The Met), des théatres et des salles de spectacle (Carnegie hall, Appolo Theater, Broadway et le music-hall...), des évènements d'envergure internationale (marathon de NY, Open de tennis de Flushing Meadow...)

  • D'un patrimoine historique avec par exemple la Statut de la Liberté et Ellis island

 

Tourisme NYC

 

  • D'activités de création artistique: NYC est par exemple est un haut lieu de la création musicale et le point d'origine de modes d'ampleur planétaire (le jazz à harlem dans les années 1950, la folk à Greenwich Village dans les années 1960, le punk dans les années 1970, le hip-hop dans le Bronx à partir des années 1980...). La métropole est aussi internationalement connue grâce au cinéma (Manhattan de Woody Allen) et à la télévision (avec par exemple les séries Friends ou NY Police Blues). Les taxis jaunes et le NYPD nous sont ainsi tout à fait familiers...

Le paysage urbain reflète la puissance mondiale de la métropole : New York est la seule ville américaine à posséder plusieurs quartiers des affaires (c'est dans le Financial District, au sud de Manhattan, que se trouve la bourse de Wall Street et les grandes banques ; Midtown, à côté de central park, concentre les sièges sociaux de grandes entreprises). Son architecture (la « ville debout ») constitue un modèle et est imitée partout dans le monde dés lors que l'on veut exposer sa puissance (gratte-ciel en verre et acier...). Cette architecture est donc le fruit et le symbole de la puissance et de la centralité économique de la ville.

 

NYC skyline

 

En outre, NYC est une interface majeure de l'espace mondiale. La métropole est en effet reliée au reste du territoire américain et à l'ensemble de la planète grâce à 3 aéroports internationaux (la Guardia, JFK, Newark), à un port de commerce (le 3ème de la façade atlantique du pays), à un téléport et à un réseau ferré et routier assez dense.

Enfin, New York est une ville cosmopolite où se mêlent des populations issues de différentes régions de la planète. La ville a connu une véritable explosion démographique à partir de la 2ème moitié du XIXème siècle en accueillant des millions de migrants européens (via Ellis Island, porte d'entrée du pays). La ville s'est ainsi structurée en espaces communautaires comme Little Italy, Little Odessa, Spanish Harlem... Aujourd'hui, le processus de mondialisation entraîne une redistribution des populations au sein de l'espace urbain new-yorkais : certains quartiers connaissent des problèmes de paupérisation (le Bronx ou le Queens) et à l'inverse, des quartier populaires comme Brooklin se gentrifient en voyant des populations jeunes, diplômées et relativement aisées s'y implanté. La mondialisation, en concentrant les richesses et les pouvoirs dans certains espaces et en repoussant le « reste » vers les périphéries, accroît les inégalités et la ségrégation socio-spatiale.

 

Ségrégation et gentrification à NYC

 

2. La concentration des activités dans les mégalopoles

 

Les grandes métropoles mondiales sont par ailleurs incluses dans des ensembles ensembles urbains plus vastes : les mégalopoles. C'est le géographe français Jean Gottman qui emploie pour la première fois ce terme en 1961 pour désigner pour désigner la région fortement urbanisée du nord-est des États-Unis (également "BosWash"). Pour lui, il s'agit d'un vaste espace urbanisé polynucléaire (c'est à dire formé de plusieurs agglomérations multimillionnaires dont les banlieues et couronnes périurbaines s'étendent tellement qu'elles finissent par se rejoindre) comprenant au moins une métropole mondiale. Cet ensemble urbain s'étale ainsi sur plus de 800 km du nord au sud, avec une population estimée à 70 millions d'habitants.

 

Schéma de la mégalopolis

 

Les différentes parties de cette immense conurbation sont connectées/reliées et donc intégrées entre elles par des voies de communications rapides et modernes : aéroports (l'avion est un mode de transport intérieur fréquemment utilisé aux États-Unis étant donné la superficie du pays), autoroutes et chemin de fer (l’Acela Express, ligne à grande vitesse, qui parcourt toute la mégalopole)

La richesse, la puissance et surtout l'influence mondiale de la mégalopolis résultent de l'extraordinaire concentration des activités et de fonctions de commandement d'échelle planétaire qui s'y opèrent. La Mégalopolis atlantique conjugue ainsi :

  • puissance décisionnelle politique à Washington surtout avec la Maison Blanche, le Congrès et le Pentagone mais aussi à NYC avec le siège de l'ONU.

  • puissance décisionnelle économique à New York principalement ; le siège du FMI est quant à lui implanté à Washington.

  • puissance en terme de capacité d'innovation grâce à la présence de prestigieuses universités (16 des 25 premières universités américaines), de centres de recherche et de pôles de haute technologie. C'est cette fois autour de Boston que ce concentre majoritairement ces fonctions : on y trouve notamment Harvard, le MIT et le technopôle de la Route 128.

  • puissance médiatique et culturelle: on trouve dans la mégalopole les sièges sociaux de plusieurs groupes de médias majeurs (ABC, NBC, CBS, New York Times, Washington Post) ainsi que des musées de renommée internationale.

La BosWash profite aussi de la proximité avec la « manufacturing belt », le centre industriel historique des États-Unis (Detroit pour l'automobile, Pittsburgh pour l'acier...). Si cette région, cœur économique du pays, a connu une crise dans les années 1970-80 (prenant ainsi le surnom de « rust belt »), elle connaît aujourd'hui un renouveau grâce à la reconversion et donc à la modernisation de ses activités.

 

la mégalopolis et son arrière-pays

 

=> Ainsi, les principaux centres urbains de la mégalopolis sont complémentaires les uns des autres et font de la région le cœur de la puissance économique américaine. Plus largement, son influence et son rayonnement s'exercent sur l'ensemble du globe et en font un centre décisionnel majeur (une « tête ») de l'espace mondial.

On compte aujourd'hui 3 mégalopole sur la planète : la mégalopole BosWash aux États-Unis, la dorsale européenne (de Londres à Milan en passant par la Northern Range et l'espace rhénan) et la mégalopole japonaise qui s'étire sur plus de 1000 Km de Tokyo à Fukuoka et rassemble plus de 105 millions d'habitants (sur les 130 millions de la population japonaise).

Toutefois, d'autres mégalopoles sont en formation, comme entre Los Angeles et San Francisco, au Brésil entre Rio de Janeiro et Sao Paulo ainsi que le long du littoral chinois (dans le delta de la rivière des perles, entre Canton et Hong Kong, voire dans la basse vallée du Yang Tse entre Nankin et Shanghai).

 

3. La constitution de l'Archipel Métropolitain/Mégalopolitain Mondial

 

Par ailleurs, les métropoles entretiennent des relations privilégiées /préférentielles entre elles, formant ainsi un véritable Archipel Métropolitain Mondial (AMM). Pour le géographe Olivier Dollfus, qui développa le concept à la fin des années 1990, l'AMM est « formé par l’ensemble des villes qui contribuent à la direction du monde ». S’y exerce la synergie entre les diverses formes du tertiaire supérieur et du quaternaire (recherches, innovations, activités de direction). L’AMM marque l’articulation entre villes appartenant à une même région (mégalopole) et entre grands pôles mondiaux. Les mégalopoles et les métropoles ont ainsi d’excellentes liaisons avec les autres « îles » de l'espace-monde et concentrent l’essentiel du trafic aérien et des flux de télécommunication (90 % des opérations financières s’y décident, 80 % des connaissances scientifiques s’y élaborent). L'AMM est une « création » de la deuxième partie du XXème siècle et l’un des symboles les plus forts de la globalisation liée à la concentration des activités d’innovation de et commandement dans les aires urbaines. Les métropoles sont donc en partie détachées de leur environnement proche (= déterritorialisées) : elles agissent à des milliers de kilomètres mais ne tiennent pas forcément compte du territoire où elles sont situées.

=> De manière plus synthétique, on peut donc définir l'AMM comme l'ensemble de villes et aires urbaines organisés en réseaux qui structurent et dirigent le monde.

 

AMM

 

=> Les métropoles (en particulier celles du Nord) et les mégalopoles exercent donc grande influence majeure à l’échelle mondiale : elles constituent des pôle de structuration de l'espace (elle l'organise) et d'impulsion économique. Elles sont les cœurs, les moteurs et le centres nerveux de l'espace mondial.

=> A la tête de multiple réseaux elle constituent par ailleurs des nœuds qui reçoivent et émettent, captent et redistribuent des flux de toute nature.

 

II – LES ESPACES PRIVILÉGIÉS DE LA MONDIALISATION : CONCURRENCE, COMPLÉMENTARITÉ, CONVOITISE ET SURVEILLANCE.

 

1. La triade au cœur de l'espace mondial.

 

La Triade (USA et Canada, Europe Occidentale, Japon et Corée du sud) constitue le centre de l'espace mondial. La triade concentre l'essentiel des fonctions de commandement politique, économique et culturelle d'échelle planétaire, la majeure partie de la richesse mondiale (65% pour seulement 14% de la population de la planète) et des capitaux (80%), la grande majorité des flux (plus de 70% du commerce mondial) ainsi que les sociétés les plus avancés sur le plan technologique (elle réalise plus de 85% de la recherche et de l’enseignement supérieur)

Cette concentration multiforme confère à la triade un rôle structurant sur l’espace mondial, qu'elle organise à son profit (cf logique des FMN)

Cette puissance actuelle est une puissance héritée. Elle découle de :

  • l’expansion commerciale de l’Europe dans le monde avec les Grandes Découvertes et la conquête des Amériques du XVIème siècle ;

  • de la croissance industrielle au XIXème depuis l’Europe, diffusée aux EU et au Japon fin XIXème et de l'expansion coloniale

  • de la domination des États-Unis tout au long du XXème siècle et de la diffusion du modèle social et économique nord américain (capitalisme et libéralisme)

Toutefois, la domination de la triade est aujourd'hui remise en cause par la montée en puissance de certains États bien intégrés à la mondialisation : NPIA, Chine, Inde, Brésil... On assiste en effet à une redistribution de la richesse au profit des pays émergents (le poids de la triade dans la richesse mondiale est ainsi passé de 80% en 1990 à 65% en 2010) et de plus en plus de FMN, acteur majeur de la mondialisation, sont issues de ces pays.

 

Triade et pays émergents

 

=> Ainsi, les dynamiques de la mondialisation semblent favoriser de plus en plus la multipolarité.

 

2. Les interfaces terrestres et maritimes, territoires privilégiés de l'espace mondial.

 

Les interfaces, en tant qu'espaces de mise en contact, sont au cœur du processus de mondialisation. Elles constituent des espaces d'activités et d'échanges majeurs. On distingue :

Les interfaces terrestres :

Les zones frontalières sont particulièrement actives et convoitées dans le cadre du processus de mondialisation (sauf les zones de tensions/conflits). Leur attractivité résulte de la grande proximité entre des espaces/populations différent(e)s et complémentaires. L'implantation le long des frontières permet de profiter à la fois des avantages offerts par un territoire spécifiques (coût de la main d’œuvre, fiscalité attrayante, pouvoir d'achat...) et de la proximité géographique avec de grands marché de consommation (baisse coût du transport entre zone de production et zone de commercialisation).

Quelques exemples d'interfaces terrestres particulièrement actives :

  • Le système des maquiladoras entre le Mexique et les États-Unis, emblématiques des logiques de la mondialisation ainsi que de l'organisation et du fonctionnement de l'espace mondial.

 

Le système des maquiladoras

 

  • Les espaces transfrontaliers de l'Union européenne (« euro-région »). Il s'agit d'espaces de coopération transfrontalière, fondés sur l'association des collectivités territoriales voisines ; il en existe aujourd'hui plus de 70 aujourd'hui. Leur objectif principal est d'approfondir l'intégration européenne en renforçant les coopérations transfrontalières. Elles financent ainsi le développement d'infrastructures de transport, la reconversion de certains espaces en crise... Elles jouent sur la complémentarités entre les différents espaces. On peut par exemple citer la région SaarLorLux, entre la France, l'Allemagne et le Luxembourg.

=> les complémentarités spatiales de ces régions les rendent particulièrement attractives.

 

Les interfaces maritimes.

Dans la mesure où 80% du commerce de marchandise s'effectuent par voie maritime, les interfaces maritimes sont particulièrement actives et attractives, au point d'assister à un phénomène de littoralisation (concentration croissante des hommes et des activités sur les littoraux). Ainsi, les régions littorales sont très bien intégrées à la mondialisation. Quelques exemples

  • les principales façades maritimes mondiales sont situées dans la triade (Northern Range, le long de la mégalopole BosWash, en Californie, en Asie du Sud Est, du japon à la Corée) mais aussi dans des pays émergents (Chine, Dubaï...). Elles concentrent l'essentiel des flux de marchandises.

    En Europe par exemple, la Northern Range court sur plus de 1000 km du Havre à Hambourg. Elle compte une quinzaine de ports importants, principalement des ports d'estuaire : Rotterdam (Meuse), Anvers (Escaut), Hambourg (Elbe), Rouen (Seine). Il s'agit donc de « ports en grappe » (range), qui entretiennent des relations de concurrence (pour capter les flux) et de complémentarités (feedering). Longtemps 1ère façade maritime mondiale, elle est aujourd'hui dépassée par les ports d'Asie du sud-est. Rotterdam reste toutefois le 3ème plus grand port au monde et Anvers le 16ème. La manche et la mer du nord (avant pays) constituent le passage maritime le plus fréquenté du monde (cf problèmes des marée noire!!). L'arrière pays (hinterland) est constitué par la mégalopole européenne (cœur de la richesse et de l'activité économique européenne) et est desservi par un formidable réseau de voies de communication (voie d'eau à grand gabarit, chemin de fer, autoroutes...). La Northern Range est ainsi directement reliée aux grandes régions industrielles et au foyer de population de l'UE. Le trafic y est exceptionnel ; c'est en effet par la Northern Range que passe plus d'1 milliard de tonnes de marchandises (plus de la moitié du trafic portuaire européen), 80% des importations de l'UE (produits manufacturés venus des États-Unis et d'Asie, hydrocarbure...), une large partie des exportations (production industrielle – allemande notamment -, céréale...).

 

Schéma de la northern Range

 

=> Les ports de la Northern Range constituent ainsi les synapses, les portes d'entrée et de sortie de l'économie de l'UE.

  • Les Zones Industrialo-Portuaires se multiplient : ces ZIP associent dans un même espace portuaire des infrastructures de transport (terminaux à conteneur mais aussi routes et voies ferrées vers l'hinterland), zones de stockage (pour les hydrocarbures, les matières 1ères...) et zones de production industrielle. Il s'agit donc à la fois d'espace d'activité mais aussi de plate-forme multimodale où s'opèrent les opérations de ruptures de charge.

ZIP de Rotterdam

 

Ces interfaces littorales, associées aux grandes métropoles, se développent et s’enrichissent parfois au détriment de l’hinterland . Ainsi, la mondialisation, en favorisant les espaces littoraux, peut accroître les inégalités/déséquilibres régionaux, comme c'est par exemple le cas en Chine où l'arrière pays est bien développé que le littoral.

 

3. Les espaces maritimes au cœur des enjeux géostratégiques.

 

Les mers et océans, qui représentent 71% de la surface de la planète (soit 360 millions de km²), sont des espaces convoités et surveillés pour plusieurs raisons.

  • les mers/océans sont tout d'abord d'immenses réservoirs de ressources : on y trouve par exemple ¼ des réserves de gaz et de pétrole de la planète et les exploitations offshore représentent 1/3 de la production mondiale (dans le golfe du Mexique, en Mer du nord, dans le golfe de Guinée, en mer Méditerranée ou encore en mer de Chine méridionale). On y trouve également des minerais divers et bien évidemment des ressources halieutiques (liées à la pêche), principalement dans les eaux froides, plus riches en plancton, comme dans l'Atlantique nord ou le long de la côte Pacifique en Amérique du sud (grâce au courant froid de Humbolt).

 

L'exploitation des hydrocarbures en offshore (le dessous des cartes)

 

  • Ils constituent en outre de vastes surfaces de déplacements et donc d'échanges (sorte d'interface gigantesque) : 80% du commerce mondial s'effectue par voie maritime ; le bassin des Caraïbes et celui de la Méditerranée sont par ailleurs les 1er espaces de croisière au monde. Les fonds marins sont en outre traversés par des milliers de km de gazoduc, oléoduc et autres câble de communication. Le commerce maritime mondial s'articule autour des seuils, c'est à dire des principaux points de passages (naturels ou artificiels) océaniques : les détroits ( Gibraltar, Ormuz, Malacca) et canaux (Suez, Panama...) sont ainsi des zones sensibles des routes maritimes en raison des risques de collisions liées à l'intensité du trafic mais aussi en raison des convoitises qu'ils suscitent pour leur contrôle (cf piraterie au large de la Somalie ou en Asie du sud-est).

 

Ports, routes et façades maritimes

 

Ainsi, les mers/océans sont des espaces extrêmement convoités. Cet immense et riche espace est régi depuis 1982 et la conférence de Montego Bay (Jamaïque) par la convention des Nations Unies sur le droit de la Mer (CNUDM) ratifiée par plus de 130 États. Cette convention définie différentes zones au sein des espaces maritimes :

  • les eaux territoriales : il s'agit des eaux sur lesquelles les États côtiers exercent entièrement leurs droit souverain (ils contrôlent le passage et sont « propriétaires » des ressources). Elles s'étendent jusqu'à 12 milles marins

  • les zones économiques exclusives (ZEE) : il s'agit de bande maritime s'étendant jusqu'à 200 milles marins (370km) dans laquelle l’État côtier bénéficie d'un droit exclusif d'exploration et d'usage des ressources mais ne peut pas empêcher la circulation ou le survol.

  • La haute mer libre : au delà du plateau continental, la haute mer est considérée comme un bien commun de l'humanité et son exploitation est interdite. Elle représente 60% de la surface océanique/marine de la planète

  • les détroits internationaux. Leur fonctionnement est le plus souvent réglé par des conventions spécifiques (comme celle de Montreux de 1936 concernant les détroits du Bosphore et des Dardanelles) mais la conférence de Montego Bay a réaffirmé un droit de passage en transit, sans entrave et pacifique, à tous les navires.

 

Le découpage des espaces maritimes selon la conférence de Montego Bay

 

Malgré tout, les tensions et conflits concernant l'appropriation et l'exploitation des espaces maritimes se multiplient. Ils concernent principalement la zone du plateau continental : 93 États ont demandé une extension de leur ZEE et certaines zones sont le lieu d'une forte concurrence : c'est par exemple le cas en mer de Chine méridionale où les îles Paracel et Spratley font l'objet d'un conflit entre les riverains (Chine, Taïwan, Philippines, Malaisie, Brunei, l'Indonésie, et Vietnam), pour des raisons à la fois pour des raisons nationalistes, économiques (des gisements de pétrole et de gaz s'y trouveraient) et stratégiques (elles se trouvent sur une route maritime fréquentée). (Cf aussi crise du canal du Suez en 1956).

Les espaces maritimes sont aussi des lieux de tensions en raison de la multiplication des actes de piraterie, notamment dans le golfe d'Aden et au large de la Somalie (où passe près de 20 000 navires par an) et à proximité du détroit de Malacca. La piraterie en Somalie a coûté au niveau mondial près de 7 milliards de dollars en 2011, dont plus de 2 milliards en opérations militaires

Rédigé par Team Histoire-Géo

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beaumont 19/11/2015 18:59

Bonsoir,
je suis intéressée par vos deux cartes des routes martimes et des ports qui sont très claires.
Pourriez-vous m'en indiquer la source?
Laury Beaumont

Team Histoire-Géo 21/11/2015 13:23

Bonjour. Je vous avoue utiliser des documents trouvés sur le net sans toujours en spécifier la source (ce qui n'est scientifiquement pas très rigoureux...). Il me semble que la carte des "ports, routes et façades maritimes" provient d'un annabac, mais pour le reste je ne peux malheureusement pas vous donner davantage de renseignement. Amicalement.

anonyme 12/12/2014 16:57

Poum poum poum poum