L'Afrique: les défis du développement.

Publié le 30 Mai 2015

THEME 3: DYNAMIQUES DES GRANDES AIRES CONTINENTALES

 

Chapitre 3: l'Afrique : les défis du développement

 

 

=> Quels sont les atouts et les faiblesses du continent africain dans la compétition économique instaurée par le processus de mondialisation ?

=> Dans quelle mesure l'intégration à la mondialisation du continent africain peut-elle être considérée comme un facteur de développement ?

 

I – L'AFRIQUE : UN CONTINENT ENCORE MARQUÉ PAR LA PAUVRETÉ ET LE « SOUS-DÉVELOPPEMENT ».

 

1. Un continent encore peu développé...

 

  • L'ensemble des indicateurs mettent en évidence le « retard » de développement du continent africain. On peut en effet constater que :

 

- 33 des 48 Pays les Moins Avancés (PMA) de la planète y sont localisés (Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, République Centraficaine, R.D. Congo, Rwanda, Sao-Tomé-et-Principe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo, Zambie)

- L'espérance de vie est d'environ 55 ans (alors que la moyenne mondiale est de 68 ans). Les guerres, les problèmes alimentaires et plus globalement les conditions sanitaires sont responsables d'une forte mortalité, infantile notamment (78 pour mille en Afrique subsaharienne, soit le taux le plus élevé de la planète).

 

La mortalité des enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne

 

- Sur le milliard d'habitants que compte le continent, près de 400 millions sont considérés comme pauvres (c'est à dire vivant avec moins de 2 dollars par jour). C'est le continent où le revenu par habitant est le plus bas. Le PIB continental correspond à celui de la ville de Tokyo !!!

- Près de 25 millions d'individus sont infectés par le virus de sida (sur 35 millions de séropositifs dans le monde). Les conséquences sur les sociétés et sur l'économie de ce drame sanitaire sont énormes (raréfaction de la main d’œuvre...). Le paludisme, la « maladie du sommeil » ou plus récemment l'épidémie d'Ebola font également des ravages sur le continent.

- Près de 160 millions de personnes sont analphabètes.

 

  • Toutefois, les disparités en terme de niveau de développement sont très fortes. Deux groupes peuvent être distingués :

 

Les disparités de développement et de richesse en Afrique (IDH, 2008)

 

- L’ Afrique du nord (Maghreb et Machreck) et l'Afrique australe (en particulier l'Afrique du Sud qui représente environ 25% du PIB continental) sont les régions les plus riches et les plus développées.

- A l'inverse, les États du Sahel (Niger, Mali, Tchad), de la corne de l'Afrique (Érythrée, Somalie, Djibouti, Éthiopie) et d'Afrique centrale (Zambie, RDC, Rwanda, Burundi...) sont les moins développés.

 

  • L'appareil productif africain témoigne également du faible niveau de développement du continent :

 

- L'industrie est globalement très peu développée et l'essentiel de la richesse provient de l'exploitation de ressources naturelles. Seul les pays d'Afrique du nord et l'Afrique du Sud dispose d'une appareil industriel digne de ce nom.

- La productivité et les rendements agricoles sont encore faibles. Il s'agit bien souvent d'une agriculture vivrière peu mécanisée, peu irriguée et qui occupe une part importante de la population active (jusqu'à 80% au Rwanda ou au Burundi).

 

Agriculture vivrière/familiale en Afrique de l'ouest

 

- Le secteur informel pèse encore largement dans l'économie (ensemble des activités qui se réalisent en marge de la législation et qui échappent à la comptabilité nationale). Ces activités (artisanat, vendeur de rue, confection, restauration rapide...) occupent une part importante de la main d 'œuvre (jusqu'à 75% de la population active), notamment dans les espaces urbains. Elle permettent l'approvisionnement et la survie de millions de personnes.

 

Vendeur informel de pétrole au Bénin

 

2. ...qui fait face à de nombreux défis...

 

  • Le défi démographique :

 

- C'est le continent où la croissance démographique est la plus forte : la population y est passée de 220 millions d'individus en 1950 à 1 milliard aujourd'hui (elle pourrait atteindre 2 milliards en 2050). Cette croissance résulte d'une transition démographique brutale (forte et rapide), qui n'est d'ailleurs pas achevée dans les régions subsahariennes (le nombre d'enfants par femme au Niger est proche de 7!). A l'inverse, en Afrique du nord et en Afrique australe, les taux de croissance de la population sont relativement faibles.

 

Croissance démographique dans le monde (2005-2015)

 

- La population est ainsi particulièrement jeune : 40% des habitants d'Afrique subsaharienne ont moins de 15 ans (30% en Afrique du nord). Cette jeunesse constitue à la fois un atout (par son dynamisme) et une contrainte (par le coût qu'elle représente pour les États: éducation, santé, logement...).

- Cette forte croissance de la population impose aux États d'assurer l'accès aux soins, à l'éducation (si 80% des enfants du Gabon sont scolarisés, ils ne sont que 30% au Niger), au logement, à l'alimentation, au travail (55% des jeunes sont au chômage en Afrique subsaharienne, 40% en Afrique du nord) ...

 

  • Le défi urbain :

 

- La croissance urbaine est encore plus rapide que la croissance démographique. Le nombre de citadins est passé de 32 millions en 1950 à 415 millions aujourd'hui. Cette croissance profite aux principales agglomérations mais aujourd'hui aussi aux villes moyennes et petites. La transition urbaine (lorsque la population urbaine dépasse 50% de la population totale) devrait être achevée vers 2030.

- Les réseaux urbains sont toutefois encore souvent macrocéphaliques : Lomé au Togo (700.000 habitants) compte 10 fois plus d'habitants que la deuxième plus grande ville du pays. C'est aussi le cas au Nigeria (Lagos), au Kenya (Nairobi), en Somalie (Mogadiscio) ou en Éthiopie (Addis Abeba).

 

Taux d'urbanisation et principales agglomérations en Afrique

 

- En outre, certaines agglomérations peuvent être qualifiées de mégapoles comme Le Caire (17 millions d'habitants), Kinshasa (10 millions), Abidjan (5 millions) ou encore Lagos (la capitale économique du Nigeria, qui compte aujourd'hui 15 millions d'habitants, n'en avait que 50 000 en 1950!).

- Cette très forte croissance urbaine se traduit surtout par l'étalement urbain et l'importance des bidonvilles qui regroupent près de 60% de la population urbaine du continent. En République Centrafricaine, au Soudan ou au Tchad, c'est près de 90% de la population urbaine qui vit dans un bidonville. Nairobi (capitale du Kenya), qui a vu sa population passée de 120.000 habitants en 1950 à plus de 3 millions aujourd’hui, compte environ 200 bidonvilles (l'un d'eux, Kibéra, est considéré comme le plus gros bidonville d'Afrique et regroupe 700.000 habitants). La situation sanitaire dans les bidonvilles est le plus souvent déplorable et les maladies (notamment celles liées à l'insalubrité de l'eau) engendrent une forte mortalité (seule 30% de la population subsaharienne est raccordée à des installations sanitaires de base, contre 90% en Afrique du nord).

 

Le bidonville de Kibéra à Nairobi (Kenya)

 

=> Les États africains doivent donc répondre à des besoins toujours croissants de logements, d'aménagements des réseaux pour l'eau potable, les égouts, l'électricité (les coupures sont quotidiennes dans certaines régions) ou encore les transports (les rues sont encore souvent non bitumées). Toutefois, les conditions de vie restent généralement meilleures en ville qu'à la campagne.

 

  • Le défi alimentaire:

 

- L'insécurité alimentaire concerne encore tous les pays d'Afrique (situation des personnes qui n'ont pas un accès sûr à des denrées alimentaires en quantité suffisante pour garantir une croissance et un développement normal). Celle-ci se traduit par de la malnutrition (qui touche environ 230 millions de personnes, notamment en Afrique subsaharienne), des émeutes de la faim encore récurrentes (comme ce fut le cas en 2008 en Égypte, en Mauritanie ou au Sénégal à la suite de l'augmentation des cours des produits agricoles de base sur les marchés mondiaux et donc des prix à la consommation) ou encore des épisodes de crises alimentaires, notamment dans les régions en guerre.

 

Sous-alimentation et insecurité alimentaire  en Afrique

 

Cette insécurité, paradoxale dans des pays à l'économie encore largement agricole, résulte de différents facteurs :

- L'insuffisance de la production et des rendements agricoles. Les cultures destinées à l'exportation (cacao, haricot vert...) remplacent souvent les cultures vivrières destinées au marché national/local, au détriment de la population.

- La dépendance vis à vis de l'extérieur. Tous les États africains doivent importer des biens alimentaires (blé, lait, viande) pour nourrir leur population. Ainsi, lorsque les prix augmentent (ces prix sont fixés en bourse – comme dans celle de Chicago – et varient donc en fonction de l'offre et de la demande), une partie de la population n'a plus les moyens de s'acheter à manger.

- Les guerres qui déstabilisent les sociétés agraires : destruction des parcelles agricoles, pillages, déplacement de population (et donc abandon de surfaces cultivées)... Les dernières famines africaines sont majoritairement liées non pas directement à des phénomènes naturels (sécheresse...) mais à des conflits.

 

Conflits et crises alimentaires en Afrique dans les années 1990

 

=> Les États africains se doivent donc d'assurer la satisfaction des besoins alimentaires des populations, en augmentant les productions nationales et en améliorant l'accès aux denrées agricoles.

 

3. ...et à une forte instabilité politique.

 

  • Le continent africain est encore très marqué par la violence et l'instabilité politique.

 

- Les conflits armés (principalement intérieurs) sont fréquents (sud Soudan, Somalie, Kivu, RDC, Malin nord-est du Nigéria, Sahara...) et le continent détient le record d'interventions de maintien de la paix par l'ONU. La plupart de ces conflits sont motivés par l'appropriation des ressources naturelles ou des territoires ; dans ce cadre, les belligérants cherchent à obtenir le soutien des populations en instrumentalisant les divisions ethniques (comme au Rwanda en 1994, en Côte d'Ivoire à la suite des élections présidentielles en 2010 ou plus récemment au sud Soudan). En outre, la piraterie se développe (au large de la Somalie) et la production comme le trafic de drogues sont en plein essor. Enfin, des organisations terroristes islamistes comme AQMI (Al Qaïda Maghreb Islamique) ou Boko Haram ("livre interdit"!) au Nigéria constituent aujourd'hui des facteurs majeurs d'instabilité pour certains Etats et de terreur/souffrances pour les populations (assassinats, enlèvements, viols, institution de la charia...).

 

L'instabilité politique au Mali

 

Femmes enlevées par Boko Haram dans le nord-est du Nigéria

 

Le Nigéria, un Etat menacé.

 

- Le continent est également marqué par la corruption et le clientélisme politique. En effet, les élites au pouvoir ont encore souvent une attitude « prédatrice » vis à vis des richesses du pays en s'accaparant l'essentiel d'entre elles au détriment de la population. Depuis les indépendances des années 1960, nombreux régimes demeurent peu démocratiques et même autoritaires (Mobutu a par exemple été « président » du Congo de 1965 à 1997, Houphouet-Boigny est quant à lui resté de 1960 à 1993 à la tête de la Côte d'Ivoire!!)

- Cette instabilité géopolitique aggrave le sous-développement et la crise des services publiques. Les populations sont ainsi touchées par les affrontements, directement ou indirectement : pillage des ressources, destruction des infrastructures (transports, éducations...), déplacement de populations (l'Afrique compte le plus grand nombre de déplacés et de réfugiés – 11 millions de personnes sur les 37 millions dans le monde – comme entre le Burundi et la RDC où se multiplient les camps tenus par des ONG internationales), enrôlement des enfants (les tristement célèbres « enfants-soldats »), absence d'investissement (en terme d'infrastructure de santé ou d'éducation par exemple...). De plus, cette instabilité amène les États à consacrer une part conséquente de leur budget aux dépenses militaires, au détriment des dépenses servant à élever le niveau de développement (école, hôpitaux, transports...)

 

Camp de réfugiés au Soudan

 

- Toutefois, la démocratisation progresse sur le continent. C'est le cas en Afrique du Sud avec la fin du régime d'apartheid (1991) ou en Afrique du nord avec les « printemps arabes » qui ont mis fin à des régimes autoritaires (même si la démocratie est encore loin d'y avoir triomphée...).

 

=> L'instabilité politique demeure ainsi aujourd'hui un des principaux facteurs du faible niveau de développement continental  et un frein fondamental à l'intégration de l'Afrique au processus de mondialisation.

 

II – L'AFRIQUE : UNE MARGE EXTRAVERTIE DE L'ESPACE MONDIAL.

 

1. Un continent anciennement ouvert sur le monde mais toujours dominé.

 

  • Le continent africain est depuis longtemps ouvert au monde et aux échanges internationaux.

 

- La traite esclavagiste (européenne et arabe) et plus précisément le commerce triangulaire (XVIème siècle) correspondent à une première phase de la mondialisation. Cette période a d'ailleurs laissée sa marque sur le continent (dépeuplement de certaines régions intérieures, oppositions ethniques...).

 

La traite des africains

 

- La conquête du continent par les puissances européennes à la fin du XIXème siècle correspond à une seconde phase d'intégration à l'économie monde. Le continent a vu se développer son activité économique au profit des métropoles coloniales : mise en place de grandes cultures d'exportations, exploitation des richesses du sous-sol... Ainsi, depuis le XVème siècle environ, le continent africain est perçu comme un réservoir de ressources à exploiter au profit de puissances étrangères.

 

Affiche du PCF dénonçant l'exploitation des ressources par les puissances coloniales (1930)

 

- En outre, depuis la période des indépendances (1960), les États africains se sont largement endettés auprès des pays du nord et des grandes institutions internationales. Depuis les années 1980, nombre d'entre eux ont ainsi dû se soumettre à des plans d'ajustements structurels (PAS) imposés par le FMI et la Banque Mondiale. Ces plans obligent les États à réduire leurs dépenses et à privatiser de nombreux secteurs (santé, transport, énergie...), en échange de nouveaux prêts et/ou d'un rééchelonnement de leur dette. Les États africains se voient donc imposer le libéralisme comme mode de développement, le plus souvent au profit des pays du nord et de leur puissantes FTN. Les ONG internationales pallient souvent aux carences étatiques dans les domaines sociaux, sanitaires et environnementaux.

 

2. Un continent qui pèse peu dans la mondialisation.

 

  • Tout d'abord, il apparaît que l'Afrique pèse très peu dans la production mondiale et participe surtout très peu aux flux internationaux.

 

En effet, le continent ne représente que :

- 4% des échanges mondiaux (pour 1% de la production !!). Toutefois, de nombreux flux informels échappent aux statistiques : diamants, drogues, bois, armes, contrefaçons, cigarettes, prostituées... Le continent est ainsi avant tout celui de la « mondialisation sauvage », non régulée et non encadrée.

- Les flux intra-africains sont très réduits, les principaux partenaires commerciaux (acheteurs et vendeurs) étant les pays du nord et les pays émergents (Chine).

 

L'Afrique dans les échanges de marchandises (2008)

 

- 3% du stock mondial d'IDE. Jusqu'à récemment, le continent attirait encore peu les IDE des pays du nord, en raison notamment de l'insuffisance des infrastructures de transports, de l'absence de marché intérieur et de l'instabilité politique. Toutefois ces flux sont en augmentation, notamment en provenance de Chine.

 

Les IDE entrants en Afrique.

 

- Cependant, les mobilités humaines africaines sont assez intenses (20 millions d'individus sont concernés). Il s'agit essentiellement de migrations économiques et politiques en direction des pays du nord mais aussi et surtout à l'intérieur au continent (80% des migrants), le plus souvent vers le pays économiquement dynamiques (Afrique du Sud, Angola, Nigeria, Libye, Algérie). La carte de ces migrations varie au gré des crises et conflits qui marquent le continent.

 

Les migrations intérieures en Afrique

 

  • La faible intégration de l'Afrique à l'économie-monde résulte de plusieurs facteurs qui rendent peu attractif (voir parfois même répulsif) le continent :

 

- la pauvreté et donc l'absence de marché intérieur.

- L'instabilité politique, qui rend risqué les investissements (le « risque-pays » est élevé)

- l'insuffisance des moyens de transports. Les réseaux ferroviaires et routiers sont très incomplets et de nombreuses régions demeurent enclavées. Les ports à conteneur sont rares et d'envergure limitée (les principaux sont ceux du Cap, de Durban, Maputo, Port Saïd et Abidjan)

 

Un réseau de transport fragmenté  (Sources : Banque mondiale ; Vivien Foster et Cecilia Briceño-Garmendia, « Africa’s Infrastructure A Time for Transformation », Agence française de développement et Banque mondiale, 2010)

 

- la faible intégration régionale : il existe plusieurs organisations régionales à vocation économique (CEDEAO, communauté économique des États d'Afrique de l'ouest ; SADC, communauté de développement de l'Afrique australe ; CEEAC, communauté économique des États d'Afrique centrale...) mais aucune d'échelle continentale. Ces organisations sont peu actives en raison des problèmes de transports et surtout de la faible complémentarité économique des États concernés. Les frontières sont encore très présentes et les contrôles (sans parler des « bakchich ») ralentissent considérablement les échanges transfrontaliers.

 

Les organisations regionales en Afrique

 

  • En outre, l'Afrique ne compte pas de grand pôle de commandement.

 

Le continent n'accueille pas de grand centre de décision politique ou économique (à l'exception de la bourse de Johannesburg, 1ère place boursière africaine, 16ème mondiale) et les métropoles sont peu influentes, si ce n'est à l'échelle régionale (Johannesburg, Lagos, Le Caire, Abidjan).

 

Le CBD de Johannesburg

 

  • Enfin, il existe peu de grandes FMN africaines.

 

A quelques exceptions près (Sasol, géant sud-africain du secteur énergétique ou Orascom, groupe égyptien de télécommunication), les grandes entreprises africaines sont très rares. Les ressources du continent sont ainsi surtout exploités par des firmes issues des pays du nord ou des pays émergents (comme par exemple dans le domaine agro-alimentaire).

 

3. Une ouverture basée principalement sur l'exploitation des ressources naturelles

 

  • Les échanges commerciaux entre l'Afrique et le reste du monde sont peu diversifiés :

 

80% des exportations sont des matières premières agricoles, pétrolières et minérales. Il s'agit donc bien souvent « d'économie de rente », chaque État se spécialisant dans la production et l'exportation d'un ou deux biens comme :

- Le pétrole et le gaz qui fournissent une large part du PIB de l'Algérie, de la Libye, du Nigéria et de l'Angola.

- Les minerais : l'or (Ghana, Mali), les pierres précieuses (Sierra Leone, Afrique du Sud), le cuivre (Zambie), la bauxite (Guinée), le coltan, indispensable au téléphone portable et autres appareils électroniques (RDC) constituent la principale source de richesse des États qui les exploitent.

 

Les principaux exportateurs de matières premières en Afrique

 

- Le bois tropical, largement exploité par le Gabon et le Congo (en partie de manière illégale), ce qui entraîne la disparition progressive de la forêt tropicale et de son biotope

- L'agriculture de plantation: le café en Ethiopie, le thé et l'horticulture au Kenya (qui fournit par exemple l'essentiel des haricots verts frais consommés en France), les fruits, légumes et fleurs d'Afrique du Sud, le cacao en Côte d'Ivoire et au Ghana (respectivement 1er et 2ème producteurs mondiaux).

 

Plantation de thé au Kenya

 

  • Si ces ressources sont des atouts pour les pays producteurs, leur présence peut avoir des effets négatifs.

 

- Elles sont parfois à l'origine d'instabilité politique et de conflits, dans la mesure où leur contrôle assure des revenus très importants. Ce fut par exemple le cas du Biafra (région du sud du Nigeria riche en pétrole qui fit sécession en 1967 et ne fut rattachée au pays qu'après 3 ans de guerre) ou plus récemment au sud Soudan (région riche en hydrocarbures et en minerais divers) indépendant depuis 2011.

- L'exploitation de ces richesses accaparent les investissements au détriment des autres secteurs et empêche donc la diversification du tissu économique.

- La valeur des exportations dépend du cours des matières premières fixé dans les grandes bourses internationales (Chicago, Londres et NYC). Les revenus peuvent donc varier considérablement d'une année à l'autre et les pays producteurs sont largement dépendants de l'extérieur.

 

Variation des cours du café depuis 1990

 

=> Les richesses naturelles du continent peuvent ainsi apparaître comme une véritable « malédiction » dans la mesure où, au lieu de soutenir un processus de développement équitable, elle ne profite encore qu'à une minorité et sont source de conflits. L'expression du « scandale géologique » illustre ce paradoxe d'un continent d'une incroyable richesse qui reste le plus pauvre de la planète.

=> Le continent africain peut ainsi être qualifié de « marge extravertie » de la mondialisation. Pourtant largement tourné vers l'extérieur, il participe encore très peu au flux internationaux et reste globalement soumis et dépendant. Toutefois, depuis une petite décennie, l'Afrique connaît un décollage économique et devient de plus en plus attractive.

 

III – UN CONTINENT DE PLUS EN PLUS ATTRACTIF MAIS AU DÉVELOPPEMENT ENCORE SPATIALEMENT INÉGAL.

 

1. Un continent en forte croissance.

 

  • Depuis la décennie 2000, la forte demande des puissances émergentes (biens agricoles, minerais, hydrocarbures...) et les besoins en pétrole des États-Unis ont provoqué un retour à une croissance économique forte (6% par an en moyenne).

 

Ce sont bien évidemment les pays disposant d'une rente de situation (présence de minerais, d'énergie fossile..) et les pays spécialisés dans l'agriculture de plantation/d'exportation qui en tirent bénéfice (en plus de l'augmentation de la demande, ils profitent aussi de la hausse des cours des matières premières qui en découle). Le continent a par ailleurs été peu touché par la crise financière de 2008 (ce qui est logique en raison de sa faible intégration aux réseaux/flux financiers).

 

Croissance économique en Afrique (2013) (OCDE, le Figaro)

 

  • Le revenu par habitant a par conséquent augmenté

 

Une véritable classe moyenne est ainsi en train de naître; elle regroupe aujourd'hui environ ¼ de la population du continent et constitue un atout pour le développement, par les comportements consuméristes qu'elle adopte (identiques à ceux des populations des pays du nord).

 

  • Enfin, la révolution des télécommunications est en marche.

 

La progression de la téléphonie mobile a été foudroyante et a permis de compenser les lacunes des services publiques de communications. De nombreuses régions sont ainsi désenclavées et les flux d'informations sont en plein essor. Le Maghreb et l'Afrique du Sud concentrent toutefois encore la moitié des internautes africains (cf notion de "fracture munérique" à l'échelle du monde).

 

Le boom du téléphone mobile en Afrique

 

2. Un continent et des ressources de plus en plus convoités.

 

  • Le continent est aujourd'hui de plus en plus attractif 

 

Le continent africain est plus en plus convoité par les puissances du nord et encore davantage par les pays émergents. Les achats et les investissements se concentrent ainsi sur :

- Les ressources énergétiques (12% des réserves mondiales de pétrole) et minérales (80% des réserves de coltan, 1/3 des réserves minérales mondiales)

- Les terres cultivables (60% des réserves mondiales) qui sont achetées ou louées sur le long terme (« land grabbing »).

 

L'acquisition de terres arables en Afrique

 

- Les infrastructures de transports, qui sont de plus en plus privatisées au profit de grandes FTN. C'est par exemple le cas de Bolloré, implantées dans 35 pays, qui contrôle entièrement certains réseaux de transports (le chemin de fer, la manutention portuaire, les activités de transit, les navires) afin de mieux exploiter les richesses de l'intérieur continent (Bolloré est aussi présent dans l'agriculture de plantation et dans l'exploitation forestière).

 

Le système Bolloré en Afrique subsaharienne

 

  • Alors que l'emprise des anciennes métropoles coloniales décroît, la Chine, l'Inde, le Brésil et plus récemment la Turquie sont devenus des partenaires incontournables.

 

La Chine, présente dans une quarantaine de pays, est par exemple devenue le 1er partenaire commercial du continent : elle multiplie les investissements, notamment dans les terres cultivables (afin de répondre à la demande alimentaire croissante des chinois), développe des partenariats, conquiert des marchés (dans le BTP par exemple), fournit de l'aide au développement... L'empire du milieu est si présent en Afrique qu'on parle aujourd'hui d'une « Chinafrique ».

 

La présence chinoise en Afrique

 

  • Les pays d'Afrique du nord profitent de la proximité et des partenariats avec l'Union Européenne pour se développer.

 

Ils bénéficient ainsi d'accords commerciaux préférentiels et reçoivent des IDE (industrie de biens de consommation – textile, matériel électrique, automobile comme à Tanger avec Renault – services, tourisme...) qui soutiennent leur croissance et permettent une amélioration des conditions de vie.

 

3. Un développement et une puissance encore très inégales.

 

  • Les effets positifs de la mondialisation se font très inégalement sentir sur le territoire africain.

 

En effet, les « territoires gagnants » de la mondialisation prennent la forme de :

- noyaux ponctuels : zones minières, grandes plantations agricoles, villes portuaires...

- d'axes de développement, généralement nommé « corridor ». Ces-derniers sont devenus de véritables modèles d'aménagement et se multiplient sur l'ensemble du continent. C'est par exemple le cas du « corridor de Maputo », axe autoroutier et ferroviaire qui relie les régions industrielles du Gauteng (Afrique du Sud) au port de Maputo au Mozambique en passant par les régions minières et agricoles de l'est de l'Afrique du Sud.

 

Corridor de développement de Maputo (Mozambique)

 

  • A l'échelle des États, on peut distinguer :

 

- l'Afrique du Sud, membre des BRICS et puissance dominante du continent (cf cours sur la nation « arc-en-ciel »).

- Les Lions africains (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie, Maroc, Égypte, Angola), pôles les plus attractifs, les plus dynamiques et les moteurs de la croissance africaine (60% du PIB continental).

- Des pays intégrés aux flux internationaux mais spécialisés dans une ou deux productions et très dépendants de l'extérieur (Côte d'Ivoire, Kenya, Gabon notamment)

- Les PMA qui restent en marge de la mondialisation et du développement.

 

 

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours geo

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Developpement sur mesure 15/03/2017 14:55

Très de détails ce qui enrichi bien l'article