Les Etats-Unis et le monde à travers les séries télévisées

Publié le 26 Janvier 2016

Le dossier du dernier numéro du magazine Carto consacré à la géopolitique des séries est l'occasion pour nous de revenir sur les relations entre « les États-Unis et le monde » à travers le prisme de ces « produits culturels ». Sous la forme du divertissement, les séries nous offrent des représentations du monde qui nous éclairent sur les fondements et les modalités de la politique étrangère États-Unis comme sur ses enjeux et ses limites. Nous vous proposons ici une synthèse non exhaustive de l'article rédigé par la journaliste Francesca Fattori ainsi que quelques approfondissements sur les aspects les plus liés au programme de terminale (ou du moins quelques exemples de la manière dont on peut relier des connaissances à un document, quel qu'il soit). Nous nous limiterons à la période 2001 - aujourd'hui et nous focaliserons sur les rapports entre la 1ère puissance mondiale et le Moyen-Orient.

 

Carte de la localisation des séries américaines (James Chapman)

 

Les séries télévisées, un élément majeur du soft power américain.

 

Il est une évidence que la puissance et le rayonnement des États-Unis reposent largement sur son soft power et plus spécifiquement sur son industrie cinématographique et médiatique. Depuis l'avènement d' Hollywood dans les années 1920 jusqu'aux réseaux télévisés mondiaux actuels, films et séries nous donnent à voir « l'american way of life » et ses valeurs. Ils mettent en scène la puissance de l'Amérique, ses mythes et ses héros, ses ambitions et ses succès comme parfois ses échecs et ses craintes.

 

Les principaux producteurs de films dans le monde (Philippe Rekacewicz, 2011)

 

Deuxième exportateur de séries dans le monde après la Turquie, les principales chaînes américaines (HBO, ABC, CBS, Fox, Showtime...) participent largement de l'influence culturelle des États-Unis. En avril 2015, HBO a par exemple diffusé simultanément le 1er épisode de la cinquième saison de Game of Thrones dans 173 pays ! La plate-forme d'abonnement Netflix lancée en 1997 compte quant à elle aujourd'hui plus de 65 millions d'abonnés et est présente dans plus de 40 pays. Les sites de téléchargement et de streaming illégaux contribuent également à la diffusion planétaire des séries made in USA. Ce sont ainsi près de 150 nouvelles séries qui sont lancées chaque année, séries dont les budgets de production ne cessent de croître pour en améliorer la qualité et gagner des marchés à l'exportation (plus de 100 millions de dollars pour les 20 premiers épisodes de Game of Thrones). Chaque nouvelle sortie, accompagnée de campagnes de promotion, constitue donc souvent un véritable événement mondial et attire des millions de téléspectateurs.

« Miroirs de notre vision du monde » pour le politologue et géopoliticien français Dominique Moïsi, les séries ne sont pas des produits mondialisés neutres. En proposant un regard proprement nord-américain sur les États-Unis et sur le monde, elles offrent des « clés de lecture » de la société contemporaine et de la géopolitique mondiale.

 

« Les États-Unis et le monde » dans les séries : une puissance menacée

 

Films et séries donnent en effet bien souvent à voir la représentation du monde propre aux américains ainsi que l'image d'eux et de leur pays qu'ils cherchent à renvoyer au monde. Les thèmes qui y sont développés témoignent d'une vision géopolitique singulière et fortement imprégnée des événements traumatisants vécus par le pays depuis 2001 et les attentats contre le World Trade Center. Le terrorisme et dans une moindre mesure la guerre constituent dés lors les sujets centraux de nombreuses productions (cf sélection à la fin).

De 24 Heures Chrono à Homeland, les États-Unis sont ainsi fréquemment présentés comme un pays vivant sous la menace permanente de puissances et de groupes hostiles et violents. Ces représentations font de l'islamisme radicale l'ennemi privilégié des américains (comme l'étaient les soviétiques du temps des films sur la Guerre Froide) et du Moyen-orient le centre de « l'axe du mal » cher à George W. Bush. Si la remise en cause de la domination américaine sur le monde est déjà ancienne (du général de Gaulle dans les années 1960 au mouvement altermondialiste Occupy en passant par la révolution iranienne de 1979), la mouvance islamiste semble aujourd'hui constituer une véritable obsession pour les producteurs de shows télévisés et donc aussi pour le grand public à qui sont destinées ces œuvres. Les différentes saisons de la série Homeland identifient par exemple clairement les adversaires de la nation : le Hezbollah chiite libanais, les Gardiens de la révolutions iraniens, Al-Qaïda ou encore les talibans d’Afghanistan.

 

Rue Hamra, Beyrouth : à gauche dans Homeland, à droite dans la réalité.

 

Ces représentations du Moyen-Orient, qui semblent davantage relever du fantasme que de la réalité (comme dans la récente série Tyrant où la musique orientale est omniprésente et les accents arabes caricaturaux...), ont d'ailleurs soulevé des protestations dans les pays concernés. La journaliste Francesca Fattori rappelle par exemple que le Liban, l'Iran et le Pakistan se sont plaints de l'image stéréotypée et réductrice de leur pays que renvoyait la série Homeland.

Ce thème récurrent témoigne de la profondeur du traumatisme et de la paranoïa d'une partie de la population américaine à la suite des attaques contre leurs pays. Cette paranoïa se manifeste aussi dans les scénarios par l'utilisation fréquente du thème de la menace intérieure : le converti traître à sa patrie dans Homeland, les taupes que doit débusquer Jack Bauer dans 24H, la cellule dormante dans Sleeper Cell...

La question centrale abordée par ces séries est donc celle de la sécurité de la mère patrie (« homeland » en anglais), question essentielle dans la définition de la politique extérieure du pays.

 

« Les États-Unis et le monde » dans les séries : une hyperpuissance au service de ses citoyens et de valeurs universelles.

 

Loin de prôner un hypothétique retour à l'isolationnisme, ces séries exaltent le plus souvent la puissance américaine, sa capacité à surmonter les crises et sa détermination à lutter contre ses ennemis. Elles mettent en exergue sa force de frappe militaire (Generation Kill), sa technologie de pointe (Intelligence), la pugnacité et le courage de ses agents (de l'increvable Jack Bauer à l’obsessionnelle Carrie Mathison) ainsi que la légitimité de leurs actions. Ces mises en scène au lourd parfum de patriotisme triomphant s'adressent tout d'abord au public américain composé dans la première décennie du XXIème siècle d'une majorité d'électeurs républicains (G. W. Bush est à la tête du pays de 2001 à 2009). Ces derniers ont longtemps soutenu la politique interventionniste et même unilatérale du président et de ses "faucons". Peut-être par souci du box-office, les séries ont donc tendance à "aller dans le sens" du public, en le rassurant sur la capacité de réaction de l'Etat, en glorifiant le héro ordinaire (Jack Bauer est à ce titre un américain moyen séparé de sa femme, en conflit avec sa fille et aliéné à son travail) ou encore en "justifiant" les interventions militaires décidées par les gouvernements (Afghanistan 2001, Irak 2003, Libye 2011, Syrie et Irak 2015) et la privation des libertés depuis le Patriot Act de 2001 (« Loi pour unir et renforcer l'Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme »).

 

Generation Kill

 

Mais ces séries s'adressent également à tous les téléspectateurs de la planète qu'il convient d'impressionner et peut-être même de fasciner par cette démonstration de force. En luttant contre les islamistes les plus radicaux et en abattant les pires despotes, les héros des séries américaines ne font pas que protéger leur patrie et leurs concitoyens. Leur combat s'inscrit souvent dans le cadre plus large du conflit manichéen entre le bien et le mal, comme du temps de la Guerre Froide. Nonbreuses formules des discours de G. W. Bush s'inscrivent dans cette forme de réthorique politique : "l'axe du mal", ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous", "c'est le combat de la civilisation"... Dans un monde présenté comme de plus en plus voué au chaos, les États-Unis suivent leur « Destinée Manifeste » et luttent pour des idéaux universels de justice, de paix et de démocratie (Bsuh à nouveau : "ce qui est en jeu n'est pas seulement la liberté de l'Amérique. C'est le combat du monde entier"), quitte à user de moyens critiquables.

La question de la torture des prisonniers (afin d'obtenir des informations permettant de débusquer les terroristes avant qu'ils n'agissent) revient par exemple fréquemment dans ses séries, notamment dans 24H où ces pratiques sont largement justifiées au nom de la sécurité intérieure et de l'imminence de la menace. Le problème de l'utilisation croissante des drones est également soulevé dans Homeland ; il faut rappeler à ce propos que B. Obama (prix Nobel de la paix en 2009) a autorisé 338 attaques de drones entre 2009 et 2014 contre seulement 48 pour G.W. Bush entre 2004 et 2009 ! La plupart du temps patriotique, les séries peuvent donc aussi être des espaces de critiques vis à vis de l'action du gouvernement et de ses agents ainsi que vis à vis des préjugés de la société américaine.

 

« Les États-Unis et le monde » dans les séries : la présentation des acteurs de la politique extérieure américaine

 

Enfin, ces séries nous renseignent aussi sur les différents acteurs qui participent à la définition et à la mise en œuvre de la politique extérieure états-unienne. Elles nous permettent ainsi de mieux appréhender l'influence et le rôle de ces protagonistes, leurs intérêts parfois divergents et leurs ambitions. On y voit fréquemment le président et son administration (24H, A la Maison Blanche), les membres du Congrès (plus rarement alors qu'ils jouent en réalité un rôle majeur : ils ont par exemple la possibilité de déclarer une guerre, de la financer et de suivre son avancement sans passer par le président), le Pentagone et l'armée (comme dans Generation Kill où l'on peut voir les incohérences stratégiques liées aux ambitions personnelles des membres de l'état-major), les différentes agences de surveillance et de lutte anti-terroriste, fictives (le Counter Terrorism Unit dans 24H) ou réelles (la CIA et son siège à Langley dans Homeland, le FBI dans Sleeper Cell), les lobbies (A la maison blanche), les journalistes/les médias et bien évidemment les citoyens/électeurs...

 

A la Maison Blanche

 

D'une manière générale, les scénarios s'organisent autour d'un personnage central, campé en héro totalement dévoué à son combat et à la cause de son pays, sauveur et défenseur de l'american way of life. Il personnifie une Amérique luttant de manière solitaire contre les « forces du mal », ce qui n'est pas sans rappeler l'unilatéralisme de George W. Bush au moment de la guerre en Irak de 2003. Bipolaire pendant la Guerre Froide, unipolaire du temps de l'hyperpuissance yankee (1991-2001), l'ordre mondial est désormais multipolaire ou même apolaire (c'est à dire sans véritable leader et en proie au désordre généralisé). Si la domination des États-Unis est contestée par des puissances émergentes (la Chine) ou réémergentes (la Russie), ses héros du petit écran incarnent de manière métaphorique le rôle qu'ont joué les États-Unis par le passé et celui qu'ils entendent encore jouer dans la géopolitique mondiale présente et future : un « gendarme du monde », gendarme un peu « cowboy » s'il en est! Ces héros nous incitent à penser que la paix dans le monde ne peut être assurée que par la puissance américaine, même si celle-ci est incomprise et bafoue la loi (comme le font fréquemment les héros des séries)

 

Sans vouloir vous inciter à abandonner vos cours et vos manuels pour vous coller devant un petit écran, voici une courte sélection de séries récentes, choisies tant pour leur qualité en terme de divertissement que par l'intérêt qu'elles présentent au regard du chapitre sur « les États-Unis et le monde ».

 

A la maison blanche (NBC, 1999 – 2006)

La série met en scène le quotidien du président des États-Unis (Martin Sheen) et de ses collaborateurs dans l'aile ouest de la Maison Blanche (the West Wing, le titre original). Elle s'intéresse donc au processus de décision du pouvoir exécutif : elle montre les différents interlocuteurs du président (dont les lobbies qui disposent d'une salle réservée à la Maison Blanche), le jeu des intérêts contradictoires, les enjeux en terme de politique intérieure et de diplomatie internationale... A ne pas manquer : le 1er épisode de la troisième saison (intitulé Isaac et Ismaël) écrit et tournée en 2 semaines juste après les attentats contre le World Trade Center, est un véritable cours sur l'islamisme et sur la politique des États-Unis au Moyen-Orient.

 

24 heures Chrono (Fox, 2001 - 2010)

Lancée deux mois après les attentats du World Trade Center, cette série d'action et d'espionnage relate les aventures de Jack Bauer (Kiefer Sutherland), membre de l'agence fictive du Counter Terrorism Unit basée à Los Angeles. La série, dont la réussite tient largement au ryhtme effréné du scénario et à ses rebondissements, montre une Amérique menacée par le monde extérieur (les terroriste viennent du Kosovo, du Moyen-Orient) mais aussi de l'intérieur (des “taupes” dans l'agence...). 24H reprend la figure du héro solitaire et « increvable », se sacrifiant pour son pays, tout en légitimant au passage l'utilisation de la torture pour la protection des citoyens...

 

Jack Bauer, héro de 24H

 

Sleeper Cell (Showtime, 2005 - 2006)

La série raconte l'enquête de Darwyn Al-Sayeed (Michael Ealy), un agent du FBI afro-américain et musulman infiltré dans une « cellule dormante » islamiste préparant un attentat sur le sol américain. Si la série s'évertue à nuancer la menace que représente l'Islam par le biais de son héro, elle joue dans le même temps sur la paranoïa de la menace intérieure et sur le danger du radicalisme islamiste.

 

Sleeper Cell

 

Generation kill (HBO, 2008) :

Cette mini-série de David Simon (créateur de The Wire, la meilleur série du monde) est inspirée du livre éponyme d'Ewan Wright, journaliste du magazine Rolling Stone, dans lequel il raconte son expérience au sein du corps des Marines des États-Unis lors de l'Opération « liberté irakienne » en 2003. La série suit ainsi le quotidien des soldats en mission, entre attente, ennui et déchaînement de violence. Elle dresse à travers eux le portrait d'une Amérique puissante et conquérante mais aussi inutilement violente, pleine de préjugés et parfois de doutes... A ne surtout pas manquer.

 

Generation Kill

 

Homeland (Showtime, 2011 - ) :

L'agent de la CIA Carrie Mathison (Claire Danes) est la seule persuadée que Nicholas Brody (Damian Lewis), un marine américain de retour au pays au terme de huit ans de détention dans les geôles d'Al-Qaïda, a été « retourné » par ces ravisseurs et représente un risque pour la sécurité nationale. Le Moyen-Orient, le terrorisme islamiste et la menace de l'ennemi intérieur sont encore une fois au cœur de cette série qui a d'ailleurs été fréquemment critiquée pour sa représentation parfois caricaturale d'un monde musulman violent et fanatisé. Toutefois, elle pointe a le mérite de pointer du doigt la question de l'utilisation massives des drones par l'administration Obama (à l'origine du retournement de Brody contre son pays). La série, qui a connu un énorme succès, est inspirée d'une autre série israélienne de grande qualité nommée Hatufim.

 

Carrie Mathison au Pakistan, Homeland

 

Intelligence (CBS, 2014) :

Gabriel Vaughn (Josh Holloway) est un agent du renseignement connecté à internet grâce à un ordinateur implanté dans son cerveau. Il accède ainsi à tous les fichiers et serveurs lui permettant de contribuer à la protection des États-Unis. Vaughn incarne la puissance et les bienfaits de la technologie mises au service de la justice et la maitrise de informatique et des réseaux de communication y est présentée comme un élément essentiel de la défense nationale.

 

Gabriel Vaughn de Intelligence

 

Game of Thrones (HBO, 2011 - 2016)

Inspiré des romans de médiéval fantasy de l'auteur britannique Georges R.R. Martin, Game of Thrones est une série éminemment géopolitique. A travers les alliances et les conflits entre les seigneurs de Westeros pour s'emparer du « Trône de Fer », l'intrigue renvoie à la complexité du monde actuel et au désordre qui naît de l'absence de puissance dominante. Elle présente un monde multipolaire (ou même apolaire) marqué par l'instabilité et le chaos. Elle décrit un monde où les alliances se nouent et se dénouent au gré des circonstances et des rapports de force, un monde dans lequel l'opposition entre le camp du bien et celui du mal ne permet plus de comprendre les dynamiques diplomatiques. Bref, un monde finalement assez proche du notre... Si les lectures géopolitiques de Game of Thrones sont multiples, celle proposée par le Washington Post est plutôt éclairante. Le journal entreprend en effet de transposer l'univers fantastique de la série au Moyen-Orient... Voilà le résultat :

 

Carte de Game of Thrones

 

  • Les Lannister : l’Arabie Saoudite. La maison la plus riche et la plus puissante de Westeros, les Lannister, sont faiseurs de roi. Ils agissent selon le principe “La famille d’abord”.

  • Maison Stark : les mouvements d’opposition qui ont accédé au pouvoir avant d’être renversés.

  • Maison Baratheon : les autocrates arabes. Ils régnaient avec les Lannister à cause de troubles récents, ils ont cherché à trouver de nouveaux alliés.

  • Maison Targaryen : les Etats-Unis. La dynastie Targaryen est venue de loin et trônait sur Westeros depuis des décennies. Leur puissance de feu largement supérieure était le garant de leur hégémonie.

  • Maison Greyjoy : la Turquie. Les Greyjoy nostalgiques de l’époque où ils régnaient sur des larges pans de Westeros.

  • Maison Martell : ils représentent l’Iran. Ils se voient comme distincts des autres grandes maisons de Westeros. D’une origine ethnique différente et fiers de l’être, leur haine des Lannister n’a d’égal que la haine des Tyrells.

  • Maison Tyrell : Israël. Ils s’enorgueillissent du royaume prospère qu’ils ont érigé dans Westeros et ont trouvé une cause commune avec les Lannister, en dépit de différences évidentes.

  • Les Sauvageons : ils représentent les islamistes installés au nord du Mur. Ils se définissent eux-mêmes comme le “peuple libre”, puisqu’ils refusent les règles du système.

  • Les marcheurs blancs : l’organisation Etat islamique. Leur tactique est terriblement efficace, ils recrutent en masse des membres, et s’il y a un débat pour savoir d’où ils viennent, tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont abominables.

  • Les gardiens de la nuit : ils représentent les Kurdes. Chargés de défendre Westeros de toute invasion venue du nord du Mur (celle des Sauvageons ou celle des Marcheurs blancs)

Une interprétation à prendre évidemment avec humour et beaucoup de recul...

 

Nous vous laissons à présent le soin de compléter cette liste.

Bonnes séries!

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #divers histoire

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