Tensions autour des îles Spratleys en mer de Chine méridionale (Le Monde.fr/l'Obs.fr/RFI.fr)

Publié le 6 Avril 2016

Une fois encore, les thématiques du programme d'histoire et de géographie de Terminale se retrouvent au cœur de l'actualité. En inaugurant le 5 avril dernier un phare de 55 mètres sur l'île artificielle de Subi dans l'archipel des Spratleys, Pékin vient d'accroitre un peu plus encore les tensions existantes en mer de Chine méridionale.

Nous vous proposons ici de revenir sur les formes, les acteurs et les enjeux de ces tensions à travers quelques articles de presse parus entre mai 2013 et avril 2016.

 

Infrastructures chinoises construites sur l'Hughes Reef appartenant à l'archipel des Spratleys

 

"La Chine envoie 30 chalutiers dans les eaux disputées des îles Spratleys"

 

La Chine a envoyé sa plus importante flottille de pêche de l'année dans les eaux disputées de la mer de Chine du Sud, où les tensions sur les frontières maritimes sont fortes avec ses voisins, a annoncé mardi 7 mai (2013) la presse officielle

La flottille d'une trentaine de chalutiers de plus de 100 tonnes a quitté lundi le port de Danzhou, sur l'île méridionale de Hainan, pour aller jeter ses filets dans les eaux des îles Spratleys – les Nansha en chinois –, un archipel d'une centaine de petites îles revendiqué pour tout ou partie par le Vietnam et les Philippines principalement.

Pékin "fera tous les efforts nécessaires pour garantir la sécurité de la flottille", a souligné le directeur du département des océans et des pêcheries de Hainan, cité par le China Daily, Huang Wenhui, laissant ainsi entendre que les chalutiers seraient accompagnés d'escorteurs militaires.

La campagne de pêche doit durer quarante jours. La flottille, assistée d'un navire ravitailleur de 4 500 tonnes, a la même taille que celle lancée en juillet l'an dernier, la plus importante jamais envoyée dans les Spratleys, selon le journal. Taïwan, la Malaisie et Brunei revendiquent également la souveraineté sur des parties de l'archipel.

Lors d'un incident l'an dernier, vingt et un pêcheurs vietnamiens avaient été arrêtés par la marine chinoise, qui avait eu un échange meurtrier avec la marine vietnamienne en 1988. Les Philippines et le Vietnam accusent Pékin de menées agressives dans la région, y compris par le harcèlement de leurs pêcheurs. Ces dernières années, les budgets de forces navales des pays riverains de la mer de Chine du Sud ont été en constante augmentation.

Les eaux autour des Spratleys sont riches en ressources halieutiques et pourraient abriter d'importantes réserves de gaz et de pétrole. Selon le China Daily, les experts chinois estiment à 3,5 millions de tonnes ses réserves en poisson, dont moins de 3 % seulement seraient exploitées.

Le Monde.fr avec AFP, le 07/05/2013

 

Les revendications territoriales en mer de Chine méridionale

 

 

"Pékin avance ses pions en mer de Chine méridionale"

 

La Chine est en train de construire une piste d'atterrissage sur le récif de Fiery Cross (Yongshu en chinois), dans l'archipel disputé des Spratleys en mer de Chine méridionale. Cette information, rapportée le 20 novembre (2014) par la société d'études de défense britannique IHS Jane's Defence, peut paraître secondaire. C'est pourtant un épisode significatif de « l'expansionnisme chinois » dénoncé par les pays voisins, comme le Vietnam.

L'ensemble des îles, îlots et récifs de l'archipel des Spratleys, n'occupent qu'un territoire de 5 kilomètres carrés, dispersées sur une superficie de 410 000 kilomètres carrés. Pourtant, c'est une zone de vives tensions internationales. Une étude du Centre d'études supérieures de la marine française (CESM) souligne que ces îles « sont considérées comme un des points chauds du monde, une zone probable de conflit, (même si elles) sont peu connues du grand public. »

 

  • De quoi s'agit-il ?

Les travaux ont débuté il y a trois mois sur l'un des plus grands récifs des Spratleys. L'île mesure 3 kilomètres de long et 200 à 300 mètres de large, selon IHS Jane's Defence. « C'est le quatrième projet de ce genre lancé par la Chine dans les îles Spratleys au cours des douze à dix-huit derniers mois et c'est de loin le plus ambitieux », précise l'article, qui s'appuie sur des images satellites prises en août et en novembre. Les navires qui réalisent les opérations de dragage créent également « un port à l'est de la barrière de corail qui semble être assez grand pour recevoir des pétroliers et des grands navires militaires de surface ».

Pour la Chine, ce chantier « est complètement légitime et justifié », a assuré lundi 24 novembre le général Luo Yuan, de l'Armée populaire de libération, au quotidien Global Times. Pékin revendique en effet des droits historiques sur l'archipel des Spratleys, comme le détaille l'étude du CESM :

« La Chine prétend que des pêcheurs chinois fréquentent la mer de Chine du Sud depuis des époques aussi reculées que la période des Trois Royaumes (220-265). (...) Même si ces faits sont probables, force est de constater que la mer de Chine méridionale a été explorée tardivement car il a fallu attendre l'invention de la boussole et l'amélioration des techniques de navigation pour permettre aux navires des explorateurs de naviguer entre les récifs coralliens sans risquer de s'y briser ».

Difficile de dire qui a été le premier à s'aventurer dans cette zone. Car la Chine n'est pas seule à émettre des revendications sur les Spratleys. Taïwan, les Philippines, la Malaisie, Brunei et le Vietnam se disputent avec Pékin la souveraineté sur cet archipel.

 

  • Pourquoi de telles revendications ?

La Mer de Chine méridionale, voie de passage entre l'Asie orientale, l'océan Indien et l'Europe, est un axe stratégique pour le commerce mondial dont dépend beaucoup l'économie chinoise. La quasi-totalité (90 %) du commerce extérieur de la Chine et un tiers du commerce mondial traversent cette région.

Mais la possession par un État de territoires, même minuscules, justifie ses prérogatives sur une certaine étendue d'eaux territoriales et de Zone économique exclusive (ZEE). La Chine, qui dispose actuellement d'une ZEE de 880 000 km² convoite les 3,5 millions de km² de la mer de Chine méridionale. De plus, l'archipel des Spratleys dispose d'abondantes ressources naturelles : des réserves de guano évaluées à plusieurs millions de tonnes, des produits marins variés et d'importantes réserves d'hydrocarbures.

L'intérêt est enfin stratégique : « Ceci est particulièrement vrai pour la Chine. Il n'est que de constater comment la Chine augmente ses capacités sous-marines dans la région, notamment en créant une base de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) dans le port naval de Sanya, au sud de l'île de Hainan », explique le CESM.

 

La transformation du récif de Fiery Cross, dans l’archipel des Spratleys, vu par satellite le 17 avril 2015. Les autorités chinoises y ont notamment fait construire une piste d’atterrissage et un port. (Photo CSIS AMTI. AFP) (Libération.fr)

 

  • Faut-il s'en inquiéter ?

Le vaste complexe du récif de Yongshu « semble avoir été conçu pour forcer les autres parties à abandonner leurs revendications ou tout du moins à doter la Chine d'une position bien plus forte si des négociations devaient avoir lieu sur ces différends » territoriaux, juge IHS Jane's Defence, qui rappelle que « la Chine a déjà montré qu'elle était prête à dépenser sang et argent pour faire valoir ses revendications territoriales dans cette région. »

En 1988, un accrochage sérieux entre les marins vietnamiens et chinois a fait 70 victimes et causé la perte de trois bateaux vietnamiens, mais les positions chinoises aux Spratleys en sont sorties renforcées.

Un autre précédent est survenu dans un autre archipel, celui des Paracels, situé plus au nord. En 1974, profitant de la faiblesse du Sud-Vietnam, la Chine a envahi les îles du Croissant, au sud ouest de l'archipel, dans des combats qui ont fait 71 morts. L'année suivante, en protestation, Hanoï a occupé 7 des 37 îles de l'archipel des Spratleys.

 

  • La politique chinoise va-t-elle se poursuivre ?

Dans les Paracels, Pékin a aussi récemment construit une piste d'aviation sur une île que la Chine nomme Yongxing, qui est également revendiquée par Taïwan et par le Vietnam. Les tensions bilatérales ont fortement augmenté depuis l'annonce début mai 2014 par Pékin du déploiement d'une plate-forme de forage pétrolier en eau profonde dans l'archipel, un acte décrit par les États-Unis comme « provocateur ». D'importantes manifestations antichinoises ont eu lieu au Vietnam fin mai. Hanoï avait accusé un bateau chinois d'avoir fait couler des pêcheurs vietnamiens, retrouvés sains et saufs – un incident qui a ravivé les tensions.

Étant donné la supériorité qualitative et quantitative de la marine de guerre chinoise dans la région, avec notamment la mise en service d'un porte-avions, les autres États riverains auront de plus en plus de mal à faire valoir leurs droits.

Ces derniers sont tentés de renforcer leurs forces navales, notamment sous-marines, ce qui fait craindre une nouvelle « course aux armements ». Toutefois, leurs budgets militaires sont trop faibles pour contrer le mastodonte chinois, qui affiche 150 milliards de dollars de dépenses de défense.

Face à ce qu'ils considèrent comme une menace, certains pays riverains de la Chine demandent la protection d’États alliés, comme l'Inde pour le Vietnam ou les États-Unis pour les Philippines.

La consolidation des positions maritimes et la construction d'un réseau de bases navales s'inscrivent dans une stratégie à long terme de la Chine pour asseoir son influence internationale. Significativement, une autre information parue dans la presse sri-lankaise, le 19 novembre, indiquait que Pékin allait « mettre en place une base navale au Sri Lanka dans le cadre d'un plan de la Chine visant à établir 18 nouvelles bases navales dans la région de l'océan Indien. »

Édouard Pflimlin, Le Monde.fr, le 24/11/2014

 

Le premier porte avion chinois

 

 

"Pourquoi Obama bombe le torse en mer de Chine"

 

A la surprise générale, et au soulagement de beaucoup, Barack Obama a dépêché ce lundi un navire militaire, le Lassen, en Mer de Chine, à douze miles nautiques de l’une des îles Spratleys revendiquées par Pékin.

La zone est disputée non seulement par la Chine mais aussi par le Vietnam, la Malaisie, Brunei et les Philippines. Pourquoi le président américain engage-t-il maintenant ce bras de fer tant attendu avec la deuxième puissance du monde ?

  1. Cela fait plusieurs années que la Maison Blanche a déclaré que les intérêts majeurs des Etats-Unis se situaient désormais plus en Asie qu’en Europe. C’est vers cette région en pleine croissance économique, et où les tensions géopolitiques s'accumulent, que Barack Obama a commencé à redéployer ses forces armées et de renseignement. Il fallait bien qu’un jour ou l’autre ce "pivot" militaire tant annoncé devienne visible.

  2. La Mer de Chine est l’espace stratégique du 21e siècle. C’est là que transitent 30% du commerce mondial. Cette mer disputée entre plusieurs pays de la région est l’artère jugulaire de la Chine, sa principale voie d’accès vers les matières premières et les marchés du monde. Qui la contrôle, contrôle l’économie planétaire de demain.

  3. Pékin a commencé à s’installer sur plusieurs îles juridiquement situées dans les eaux internationales mais que les Chinois considèrent comme leurs. Récemment, ils ont installé une base avec une piste aérienne de trois kilomètres de long sur un bout de terre appelé "Fiery Cross Reef". C’est de cet îlot artificiel appartenant aux îles Spratleys que le Lassen s’est approché, afin de montrer à la Chine et au monde, que l’Amérique ne reconnait pas cette annexion de fait.

  4. Se faisant, Obama espère sans doute calmer les ardeurs militaristes du gouvernement japonais qui multiplie les déclarations belliqueuses et a décidé de se lancer dans une course aux armements très dangereuse.

    (...)

  5. Il est temps qu’Obama se montre déterminé sur la scène internationale. Dans les crises récentes, il est apparu faible et indécis. Particulièrement depuis l’offensive éclair de l’armée russe qui a pris même la CIA de cours. Il devait rassurer tous ses alliés de la région, très inquiets de la montée en puissance de la Chine, mais au-delà certains membres de l’Otan, déstabilisés par la réaction américaine, jugée par plusieurs comme très timide après à l’annexion de la Crimée.

  6. Il sait que l’armée chinoise n’est pas encore prête à affronter son homologue américaine, jusqu’à présent bien supérieure.

Vincent Jauvert, l'Obs.fr, le 27/10/2015

 

Un navire de la flotte Philippine lors d'un excercice en mer de Chine méridionale (2010)

 

 

"Philippines et États-Unis main dans la main en mer de Chine"

 

Quelque 10 000 militaires américains et philippins ont débuté ce dimanche 3 avril leurs exercices militaires annuels conjoints. Ces exercices ont lieu en partie en mer de Chine, à proximité d’îlots dont la Chine clame la souveraineté mais qui sont également revendiqués par les Philippines. Les Philippines entendent ainsi montrer qu’elles sont prêtes à faire valoir leurs revendications territoriales, avec le soutien des États-Unis.

 

Avec notre correspondant à Manille, Gabriel Kahn

Très faible sur le plan militaire en comparaison de leurs voisins, mais confronté aux revendications territoriales de la Chine sur plusieurs îlots que cette dernière revendique en mer de Chine, l’État philippin a renforcé ces dernières années ses alliances militaires avec les États-Unis, le Japon et l’Australie. Des pays auxquels Manille a acheté des navires de guerre et des avions de combats. Les Philippines ont également ouvert cinq bases militaires à l’armée américaine le mois dernier.

Les exercices militaires conjoints entre les Philippines et les États-Unis qui débutent ce lundi vont permettre aux Philippines de déployer ce nouveau matériel au côté de celui de l’armée américaine.

Les autorités des Philippines affirment que ces exercices militaires de grande ampleur ne visent pas la Chine. Néanmoins, ils auront lieu en partie sur l’île de Palawan, située à proximité des îles Spratleys, dont plusieurs ilots ont été bétonnés et militarisés ces derniers mois par la Chine.

Les armées américaine et philippine envisagent notamment de réaliser un débarquement fictif pour capturer une « zone occupée illégalement par les forces étrangères ». Un grand nombre de véhicules militaires américains et d'équipements lourds sont arrivés aux Philippines la semaine dernière. Cependant, l’ambassade des États-Unis à Manille n’a pas précisé si ces équipements étaient destinés à être définitivement entreposés dans les bases militaires récemment ouvertes à l’armée américaine aux Philippines.

RFI.fr, le 03/04/2016

 

 

Le tout nouveau phare chinois inauguré sur le récif de Subi

 

 

"Mer de Chine méridionale: un phare chinois de 55 mètres dans les Spratleys"

 

Mardi 5 avril 2016, Pékin a inauguré un phare de 55 mètres, sur l'île artificielle de Subi, dans l'archipel des Spratleys, revendiqué tout où partie par la Chine, mais aussi par Taïwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei. La technologie dont est équipé cet édifice permettrait de faire de la surveillance, dans cette mer de Chine méridionale de tous les conflits territoriaux, l'un des cœurs battants du commerce maritime international.

Pékin a terminé la construction d'un phare gigantesque sur le récif de Subi, un atoll corallien situé dans le nord des explosives îles Spratleys, et transformé progressivement par la Chine en île artificielle bien émergée à marée haute, au nez et à la barbe de ses rivaux régionaux également implantés dans l'archipel.

L'édifice, haut de 55 mètres, est équipé de technologies permettant de surveiller le passage des navires, selon l'agence de presse Chine nouvelle. La mise en fonctionnement du phare a été célébrée mardi 5 avril, en présence de responsables des Transports, toujours selon l'agence officielle chinoise.

Pour la République populaire de Chine, la structure est pacifique. « La Chine s'est engagée à fournir davantage d'équipements publics (permettant) de garantir la sécurité et la liberté de la navigation en mer de Chine méridionale. Ce que nous faisons va favoriser le commerce et le développement économique des pays riverains », considère Lu Kang, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Sur sept récifs et îlots disputés de l'archipel des îles Spratleys, dans le sud de la mer de Chine méridionale, la Chine a entrepris ces dernières années de gagner du terrain sur la mer pour y déployer ses activités humaines. Avec Fiery Cross ou encore Mischief, l'île artificielle de Subi est au cœur du dispositif et abrite, entre autres installations stratégiques - et donc potentiellement militaires - une piste d'atterissage.

L'an dernier, il avait été annoncé que Pékin entendait construire deux grands phares dans les environs, sur Johnson South, récif à proximité duquel a eu lieu une bataille meurtrière entre la Chine et le Vietnam en 1988, peu de temps après le retour des Chinois dans les Spratleys, mais aussi sur Cuarteron, qui a défrayé récemment la chronique, l'îlot étant suspecté d'abriter un radar haute fréquence.

La Chine revendique une souveraineté sans partage sur la quasi intégralité de la mer de Chine méridionale, par l'intermédiaire d'une carte peu précise de la sous-région surnommée la « ligne en neuf traits ». Outre le contrôle de carrefours maritimes à la fois commerciaux et stratégiques, vers le Moyen-Orient ou le Pacifique par exemple, sa politique actuelle dans les Spratleys, mais aussi dans les Paracels et sur Scarborough, vise à éteindre sa Zone économique exclusive (ZEE).

Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), que Pékin bafoue selon ses voisins en jouant sur la notion de « plateau continental » et en s'appuyant sur des considérations historiques qu'ils contestent, toute puissance dotée d'une côte bénéficie à tout le moins de droits exclusifs, concernant la pêche ou les hydrocarbures notamment, sur une étendue de 200 milles nautiques face à ces côtes.

Or, cela vaut pour les eaux entourant les îles, du moment qu'il s'agit bien d'îles, c'est-à-dire de positions qui émergent y compris à marée haute. La stratégie pékinoise dans la mer de Chine méridionale exacerbe les différends territoriaux entre la Chine et ses voisins, et ce jusqu'en Indonésie, alors que le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Taïwan font également valoir tout ou partie leurs revendications dans les Spratleys, pour des raisons X ou Y, sur des zones qui sont parfois les mêmes.

Igor Gauquelin, RFI.fr, le 06/04/2016

 

Les tensions autour de îles Spratleys

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #divers geo

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