L'Asie du sud et de l'est: les défis de la population et de la croissance (1ère partie)

Publié le 3 Mai 2015

 

THEME 3: DYNAMIQUES DES GRANDES AIRES CONTINENTALES

 

Chap.1: l'Asie du sud et de l'est, les défis de la population et de la croissance.

 

Shanghai, vitrine de la modernité et de la puissance chinoise: le CBD de Pudong et le fleuve Yangzi

 

Les jeux olympiques de 2008 organisés à Pékin (Beijing) ont témoigné du retour de la Chine sur le devant de la scène internationale, ainsi que de l'exceptionnel dynamisme du pays. « L'empire du milieu » y a fait étalage de sa modernité, de sa puissance et de ses ambitions. Le cas de la Chine, géant démographique et économique, ne doit cependant pas occulter les profondes transformations connues par l'ensemble du continent asiatique.

En effet, depuis plusieurs décennies l'Asie du sud et de l'est connaît une croissance économique sans précédent et s'impose comme un pôle majeur de l'espace mondial. Le continent s'est industrialisé, participe aujourd'hui largement aux grands flux internationaux et accueille de nouveaux centres de commandement de rayonnement planétaire. Les enjeux liés à cette croissance économique sont multiples et plus ou moins prégnants selon les pays considérés : réduction des inégalités sociales et socio-spatiales, maîtrise de la croissance urbaine et plus globalement de la démographie, préservation de l'environnement et des ressources, limitation des tensions régionales...

 

Les pays d'Asie du sud et de l'est (en jaune)

 

=> Quelles sont les caractéristiques de la croissance économique et les enjeux en terme de développement concernant l'Asie du sud et de l'est au début du XXIème siècle ?

 

I – LES DÉFIS DE LA POPULATION ET DE L'URBANISATION.

 

1. Un foyer de population majeur aux dynamiques démographiques contrastées.

 

L' Asie, 1er foyer de population de la planète. L’ Asie du sud et de l'est constitue le 1er foyer de peuplement de la planète avec près de 4 milliards d'individus sur un territoire de 27 millions de km², ce qui représente 55% de la population mondiale pour 20% des terres émergées. On distingue 3 grands ensembles de peuplement:

  • L'Asie du sud qui compte près de 1,7 milliard d'habitants, avec l'Inde (1.25 milliard), le Pakistan (188 millions) et le Bangladesh (152 millions)
  • L'Asie du sud-est avec plus de 600 millions d'habitants notamment en Indonésie (252 millions), aux Philippines (100 millions) et au Vietnam (90 millions)
  • L'Asie de l'est (1.6 milliard d'habitants) autour de la Chine (1,35 milliard) et du japon (127 millions)

L'Asie est ainsi le continent des géants démographiques. Les deux États les plus peuplés de la planète sont asiatiques, la Chine et l'Inde représentant plus du 1/3 de la population mondiale.

 

Les foyers de peuplement dans le monde (2010)

 

Ce poids démographique s'explique largement par :

  • l'ancienneté de l'implantation humaine dans la région et la mise en valeur précoce des territoires par l'agriculture, en particulier par la riziculture.

  • La transition démographique brutale connue par les pays du continent dans la 2ème moitié du XXème siècle.

Des régimes démographiques contrastés liés aux contrastes de développement. La croissance démographique est aujourd'hui encore assez forte, le continent devant voir sa population augmenter de 600 millions d'habitants d'ici à 2040. Toutefois, cette croissance est très inégale selon les régions. Globalement, ces contrastes recoupent les inégalités de développement. Ainsi :

  • Les pays les plus développés ont largement achevé leur transition démographique et voient aujourd'hui leur population vieillir. C'est en particulier le cas au Japon où la natalité est très faible et n'assure pas le renouvellement des générations. Les plus de 75 ans y représentent près de 25% de la population et le pays compte plus de 40 000 centenaires. Depuis 2009, la population a même diminué.
  • Les pays les moins avancés sont encore au début de leur transition démographique. C'est le cas du Laos où la démographie reste vigoureuse (près de 2% d'accroissement naturel annuel) malgré une mortalité infantile élevée ( 60/mille, 25 fois supérieure à celle du Japon). Les femmes ont ainsi en moyenne plus de 3 enfants.

  • La Chine constitue un cas à part en raison de la politique de « l'enfant unique » menée à partir de 1979 sous Deng Xiaoping. Cette politique autoritaire et coercitive de contrôle des naissances a permis au pays de baisser sa fécondité et de maîtriser sa croissance démographique de manière très rapide.

  • L’ Inde a misé depuis les années 1960 sur l'éducation des familles (des femmes en particulier) dans le cadre de campagnes d'informations et de la mise en place du planning familial. Le pays se trouve aujourd'hui dans une position intermédiaire, avec encore 2,7 enfants/femme (contre près de 5 il y a seulement vingt ans) et près de 20 millions d'habitants supplémentaires tous les ans. Vers 2035, l'Union Indienne sera l’État le plus peuplé de la planète.

 

Transitions et régimes démographiques en Asie du sud et de l'est

 

Le déficit féminin de l'Asie. Enfin, une des particularités de l'Asie en terme démographique est le déficit de femme. Sur la planète, la norme biologique (environ 105 garçons pour 100 filles) s’applique avec une régularité remarquable, sauf en Asie où il manque près de 100 millions de femmes. Ainsi, en Chine, l’excédent de garçons à la naissance est de 12% au-dessus de la norme et de 6% en Inde. En Corée du Sud, au milieu de la décennie 1990, on dénombrait 115 garçons pour 100 filles !

Les raisons sont à la fois politiques, économiques, sociales, culturelles et religieuses. D'une manière générale, les sociétés asiatiques qui s’illustrent par un déficit de naissances féminines ont en commun une forte préférence pour les fils, préférence exacerbée par la baisse récente du nombre d’enfants. Ainsi, les familles ont de plus en plus fréquemment recours aux avortements sélectifs (l’amélioration du niveau de développement facilitant ce type de pratique) et les mauvais traitements ou négligences sur les filles se multiplient (les garçons sont prioritaires pour les soins, l'alimentation etc., ce qui entraîne une surmortalité féminine). En plus d'être inacceptable pour les femmes, ce phénomène met en danger l'avenir démographique du continent.

=> La population constitue un atout pour les États du continent : elle fournit une main d’œuvre abondante et bon marché, parfois dynamique et entreprenante, souvent assez "soumise". Cette population tend aussi à constituer un vaste marché de consommation.

=> Mais cette masse humaine représente surtout un formidable défi pour les États asiatiques : ils leur faut la nourrir, la soigner, la loger, l'éduquer, l'employer, la protéger...

 

2. Une population dense mais inégalement répartie.

 

Si l'Asie du sud et de l'est constitue un "monde plein" où les densités de population sont très élevées (140 hab/km², soit près du triple de la moyenne mondiale), la répartition de la population y est très inégale.

La concentration de la population dans les plaines littorales.

  • Les régions littorales sont bien plus peuplées que les régions intérieures, comme en Chine ou au Japon (où 50% de la population vit sur 2% du territoire). Cette répartition n'est cependant pas spécifique à l'Asie, le phénomène de littoralisation étant commun à l'ensemble de la planète. La présence de plaine fertile pour l'agriculture et aujourd'hui le rôle d'interface joué par les littoraux dans le cadre de la mondialisation expliquent largement ce phénomène.

  • A une échelle plus fine, les plaines alluviales et les deltas (Gange en Asie du sud, Mekong en Asie du sud-est) sont des espaces de très forte concentration humaine. Le Bangladesh par exemple, pays largement deltaïque, a des densités rurales dépassant les 1000 hab/km². L'ancienneté de la maîtrise de l'eau (notamment pour la riziculture) explique en grande partie ce tropisme pour les zones humides.

  • A l'inverse les régions montagneuses sont plus délaissées et affichent des densités bien plus faibles (30 hab/km² en moyenne au Laos). Au delà des contraintes pédologiques et topographiques qu'imposent les espaces montagnards, ces zones sont culturellement perçues comme répulsives: lieu de l'altérité et de la nature sauvage (le Yeti au Tibet), des esprits (cf les dessins animés du japonais Miyazaki) ou des Dieux (le mont Meru en Inde, considéré comme le pilier de l'univers), l'homme ne semble pas y avoir sa place.

  • Enfin, certains territoires sont quasiment vides d'homme, comme sur les hauts plateaux tibétains, dans les déserts de Thar en Inde ou de Gobi en Chine et en Mongolie (où la densité de population est inférieure à 2 hab/km²).

 

Les densités de population en Asie du sud et de l'est.

 

=> Le peuplement actuel du continent asiatique témoigne à la fois d'une longue implantation humaine et de l'inscription actuelle des États asiatiques dans le processus de mondialisation.

 

3. Les défis de la transition urbaine.

 

Une transition urbaine massive et brutale. L' Asie est entrée dans sa transition urbaine (processus par lequel une population majoritairement rurale devient majoritairement urbaine). Le taux moyen d'urbanisation est de 40% mais on note encore une fois de fortes disparités d'un pays à l'autre. Ainsi, si la Corée du sud (80%), la Malaisie (75%) et le Japon (70%) sont très urbanisés, l'Inde (30%), le Sri Lanka, le Laos, le Népal ou le Cambodge sont encore très largement ruraux.

Les taux de croissance urbaine sont élevés, notamment dans les pays les plus ruraux (près de 5% par an au Laos par exemple) et le rattrapage est en cours. Depuis les années 1960, la population urbaine du continent a été multipliée par 5 pour atteindre aujourd'hui 1,5 milliards (soit 43% des urbains dans le monde). L'exode rurale est massif et chaque année ce sont près de 40 millions de nouveaux citadins qui participent à la croissance des villes asiatiques.

 

L'urbanisation en Asie du sud et de l'est

 

Un continent de mégapoles. Cette transition urbaine s’effectue principalement au profit des plus grandes agglomérations. Le continent compte désormais ainsi :

  • la plus grande agglomération de la planète, Tokyo où vivent près de 40 millions d'individus.

  • 8 des 10 plus grandes agglomérations du globe (Tokyo, Jakarta, Séoul, Karachi, Manille, Shanghai, Bombay, Pekin)

  • plus de 30 agglomérations de plus de 5 millions d’habitants.

Le continent a donc vu se développer de véritables mégapoles (vaste agglomération dépassant les 10 millions d'habitants), qui structurent l'espace asiatique et exercent une influence plus ou moins étendue. On distingue ainsi :

  • Des métropoles d'influence mondiale : Tokyo et la mégalopole Tokyo-Osaka-Nagoya. Elle s'étend sur plus de 1000 km, regroupe 100 millions d'habitants, pèse pour 80% de la richesse nationale et constitue un des grands centres de l'espace mondiale (à l'instar de la BosWash et de la dorsale européenne). Parmi les métropoles les plus puissantes, il faut également citer Séoul (22 millions d’habitants, soit plus de 40% de la population sud-coréenne, 50% du RNB du pays et 80% des sièges de sociétés coréennes), Singapour, plate-forme financière et commerciale située sur le détroit de Malacca ou encore Hong Kong, une des principales places financières asiatiques intégrées à la zone industrielle du delta de la rivière des perles.

 

Singapour: le port à conteneurs et en arrière plan le CBD

 

  • Des métropoles en devenir comme Djakarta, Mumbaï ou Shanghai qui sont en passe de s'imposer comme des pôles majeurs de l'espace mondial. La capitale économique chinoise connaît par exemple un développement exceptionnel dans tous les secteurs : c'est la 1ère région industrielle du pays, le premier ports mondial, un centre financier de plus en plus influent... Le nouveau quartier des affaires de Pudong témoigne du dynamisme et de la puissance de la ville. En Inde, Bangalore a axé son développement sur les nouvelles technologies et est devenue un pôle d'innovation d'échelle mondiale; de nombreuses entreprises étrangères y ont implanté des centres de recherche ou des unités de service (Google, Microsoft, Amazon, Adobe, Axa...).

 

Bangalore, la "Silicon Valley indienne" 

 

  • Des mégapoles avec peu d'influence : Calcutta, Karachi ou Dacca, véritables monstres urbains où les problèmes d'aménagements sont immenses. La croissance extrêmement rapide de ces agglomérations et l'incapacité financière et technique des autorités locales ont ainsi provoqué l'apparition de bidonvilles gigantesques (30% de la population de Dacca), la congestion des voies de communication, la pollution des airs et des eaux ou encore le développement d'activités informelles. En outre, ces mégapoles sont marquées par une forte ségrégation socio-spatiale, opposant notamment des quartiers fermés où se regroupent les populations aisées et les classes moyennes en pleine ascension sociale, aux bidonvilles gonflant tous les jours avec l'arrivée de nouveaux migrants ruraux (cf étude de cas sur Mumbai)

 

Bidonville à Dacca

 

=> La croissance de ces mégapoles (d'ailleurs souvent situées sur les littoraux) témoigne des bouleversements économiques et démographiques connus par la région depuis plusieurs décennies.

=> Espace de production (ZIP...), d'échange (ports...) et de commandement (CBD), les métropoles asiatiques sont le reflet du rôle de plus en plus central que jouent nombre de pays asiatiques dans le processus de mondialisation.

=> Les espaces urbains représentent également des défis majeurs pour les autorités qui se doivent de répondre aux besoins des populations et d'assurer le fonctionnement des agglomérations.

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours geo

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