L'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France (2ème partie)

Publié le 15 Septembre 2017

THÈME 1 : LE RAPPORT DES SOCIETES A LEUR PASSE

 

Chapitre 1 : L'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France (suite et fin).

 

C - L'hégémonie du résistancialisme gaulliste et les "mémoires refoulées".

 

b. Les mémoires oubliées et refoulées.

 

C'est par exemple le cas de la "mémoire juive" qui, malgré la médiatisation de la découverte des camps d'extermination et du procès de Nuremberg, émerge très difficilement. Ce "grand silence" des années 50 témoigne du refoulement de cette mémoire, de sa volontaire occultation. D'une part, cette mémoire est gênante au niveau moral pour les gouvernements de l'époque qui veulent faire oublier Vichy et sa politique collaborationniste. D'autre part, elle est insupportable pour la majorité des français qui veulent avant tout "tourner la page" de la guerre et sont donc peu réceptifs à l’évocation de la souffrance des juifs. La spécificité de la Shoah est étouffée dans le souvenir global de la déportation, comme dans le film "nuit et brouillard" où le terme juif n'est utilisé qu'une seule fois. Simone Veil (rescapée d'Auschwitz) rapporte d'ailleurs que "on a témoigné mais personne n’a voulu nous entendre". De même, des ouvrages tels « Si c'est un homme » de Primo Levi (1947) ou « La nuit » d'Elie Wiesel (1955) ne rencontrent qu'un faible lectorat. Cet oubli s’illustre également bien lors de la démolition d’un lieu emblématique de la déportation des juifs de France et de la collaboration active des autorités françaises à celle-ci : le Vel d’Hiv, détruit en 1959, quasiment dans l’indifférence générale, alors que le 16 juillet 1942, la police française, suite à une rafle gigantesque, y regroupait 8 000 juifs de France dans l'attente de leur déportation vers les camps de la mort.

Cette "mémoire de la Shoah" renaît toutefois progressivement grâce à l'action des associations d'anciens déportés : ils financent des lieux de mémoire (la première pierre du mémorial du martyr juif inconnu est posée en 1953) et obtiennent des avancées législatives (loi sur l'imprescriptibilité des "crimes contre l'Humanité" votée en 1964). De plus, le procès d'Adolph Eichmann (responsable de l'organisation logistique de la "solution finale") en 1961 à Jérusalem, pendant lequel de nombreux témoins racontent l'horreur de la machine génocidaire nazi, permet également de mettre en lumière la spécificité de l'extermination des juifs jusque-là occultée.

 

A. Eichmann pendant son procès (1961)

 

D'autres mémoires, plus catégorielles, peinent également à se faire entendre : les anciens combattants et les prisonniers de guerre qui réclament la reconnaissance de leur engagement et de leurs souffrances, les réquisitionnés du STO qui demandent un statut de "déporté du travail" qu'ils n'obtiennent pas, les tziganes totalement oubliés...

 

La  "mémoire officielle", celle née du mythe résistancialiste gaulliste, est très largement dominante pendant cette période. Les enjeux politiques et sociétaux l'ont ainsi emporté sur la recherche de la vérité historique. Mais ce "temps de l'amnésie" ne va pas résister à l'arrivée de nouvelles générations  n'ayant pas connu la guerre et à l'ouverture des archives françaises et allemandes.

 

II - LE "TEMPS DES ARCHIVES" ET LE "RÉVEIL DES MÉMOIRES" (du début des années 1970 au milieu des années 1990).

 

Le début des années 1970 marque un nouveau contexte, plus propice à l'écriture de l'histoire du conflit : le général de Gaulle meurt en novembre 1970, le parti communiste entame son déclin, la génération du baby-boom d'après-guerre arrive à l'âge adulte et les archives nationales sont ouvertes, fournissant de nouvelles sources aux historiens. L'indispensable recul par rapport aux événements devient dés lors possible : le passé devient moins gênant, moins conflictuel, moins tabou. La "mémoire officielle" est de plus en plus contestée et l'histoire prend petit à petit le pas sur la mémoire.

 

A - La fin du mythe résistancialiste.

 

Le résistancialisme gaulliste, jusque là omniprésent et incontesté, est battu en brêche à partir du début des années 1970. L'analyse historique de Vichy est renouvelée et la collaboration française pendant l'occupation attestée. En 1971, le réalisateur Marcel Öphuls montre pour la 1ère fois l'ambiguïté de l'attitude des français dans le "chagrin et la pitié", documentaire où des témoins racontent leurs actes de collaboration ou leur sympathie pour les allemands. Le film est censuré jusqu'en 1981... Le renouveau historiographique est en partie dû à des historiens étrangers et en particulier à l'américain Robert Paxton auteur en 1973 de "la France de Vichy", ouvrage dans lequel il discrédite la thèse "du glaive et du bouclier" chère aux nostalgiques du maréchal et rappelle le soutien massif des français à Pétain jusqu'aux derniers jours du conflit (son travail s'appuie notamment sur l'étude des archives allemandes).

 

Couverture de l'ouvrage de Robert Paxton (1973)

 

Le succès de son livre change le regard des français sur leur passé et entraine un renouveau de la recherche historique qui s'oriente désormais davantage sur la collaboration que sur la résistance. Des historiens français s'engouffrent en effet dans la brèche ouverte par Paxton, surtout après l'ouverture des archives françaises en 1979 : J.P. Azema avec "De Munich à la Libération" (1979), H. Rousso avec "Le syndrome de Vichy" (1987), P. Péan et "Une jeunesse française" (1994), ouvrage consacré à la jeunesse de François Mitterrand qui retrace son parcours chaotique de Vichy à la Résistance,  ou encore "Vichy, un passé qui ne passe pas" (1994) de E. Conan & H. Rousso,  (1994), oeuvre de synthèse qui permet de tourner définitivement la page du "mythe résistancialiste".

Cette nouvelle lecture de la guerre, plus historique et moins mémorielle, est également véhiculée par le cinéma. En 1974, le film de Louis Malle "Lacombe Lucien" raconte l’engagement d’un jeune homme dans la milice; en 1982, "papy fait de la résistance" de Jean-marie Poiret démythifie avec humour la Résistance (https://www.youtube.com/watch?v=f6LXPevk42s)...

La justice participe également de cette évolution comme en 1991 avec l'inculpation pour "crime contre l'Humanité" de René Bousquet, chef de la police de Vichy et organisateur de la rafle du Vel d'Hiv', pourtant acquité par la Haute Cour de justice en 1949. Il est assassiné en 1993 avant la tenue de son procès. Paul Touvier, chef de la milice lyonnaise, est quant à lui le premier français condamné pour "crime contre l'Humanité" en 1994 (il meurt en prison deux ans plus tard).

 

Manifestation pendant le procès de Paul Touvier (1994)

 

Enfin, les programmes scolaires évoluent : tout en continuant à glorifier la Résistance, ils proposent une vision plus nuancée de la période de l'occupation en évoquant la collaboration des français et du régime de Vichy. L'histoire officielle et héroïque a fait son temps...

 

B - La lutte contre la complaisance, le négationnisme et le révisionnisme.

 

Dans les années 1970 on assiste également à une renaissance de la mémoire vichyste et à une mise en avant du négationnisme (parfois qualifié de révisionnisme):

- négationnisme : néologisme créé en 1987 par l'historien H. Rousso. Courant qui nie ou minimise le génocide des juifs commis par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

- révisionnisme : terme sans connotation particulière qui désigne une démarche critique consistant à réviser de manière rationnelle certaines opinions couramment admises en histoire. La notion de révisionnisme peut également désigner la remise en cause de certains aspects de l'histoire de la 2nde Guerre mondiale par la négation, la minimisation ou la contestation de certains éléments du génocide juif.

La plupart des historiens utilisent le terme de négationnisme, alors que les négationnistes se désignent eux-mêmes par le terme de « révisionniste ».

Quoiqu'il en soit, ces courants de "pensée" ainsi que la complaisance envers les acteurs de l'époque se manifestent de différentes manières. Quelques exemples:

- en 1971, la grâce accordée par le président Pompidou à Paul Touvier provoque un scandale dans l’opinion publique devant l’évocation d’un "passé qui ne passe plus". Accusé de complaisance envers Touvier, G. Pompidou s’explique en déclarant : « il faut oublier ces temps où les français ne s’aimaient pas ».

 

Affiche contre la grâce de P. Touvier et pour la traduction en justice des responsables nazis et collaborateurs.

 

- en 1972 est fondé le "Front National" par Jean-Marie le Pen. Parti d'extrême droite nationaliste et poujadiste, le FN se réclame entre autre de la "Révolution Nationale" mise en oeuvre par le régime de Vichy et ses membres sont proches des milieux négationnistes. Son président multiplia par ailleurs les déclarations provocantes (en 1987, il qualifie par exemple les chambres à gaz de "point de détail de la 2nde Guerre mondiale") ou les jeux de mots à l'humour douteux ("Merci M. Durafour crématoir" à l'adresse du responsable politique Michel Durafour)

- en octobre 1978, Louis Darquier de Pellepoix (ex-collaborateur du régime de Vichy) déclare dans une interview au magazine l'Express : « Je vais vous dire, moi, ce qui s'est exactement passé à Auschwitz. On a gazé. Oui, c'est vrai. Mais on a gazé les poux. ». Ces propos qui nient la réalité de la Shoah choquent profondément l'opinion publique.

- quelques universitaires remettent en cause l'existence des camps d'extermination et des chambres à gaz. C'est en particulier le cas de Robert Faurisson (négationniste proche des milieux antisémites) dont le journal le Monde publie en décembre 1978 une lettre intitulée "le problème des chambres à gaz ou la rumeur Auschwitz". L'ancien garde des sceaux Robert Badinter le qualifiera par la suite de "faussaire de l'Histoire".

En réaction à ces « assassins de la mémoire » selon l’expression de Pierre Vidal-Naquet, des historiens se mobilisent contre ces mensonges négationnistes ou cette mémoire vichyste. Henri Rousso, Annette Wieviorka ou encore Jean-Pierre Azéma réalisent de nombreux travaux qui renouvellent l’histoire de la Shoah et mettent en avant la politique anti-juive du régime de Vichy. De plus en 1990, la loi Gayssot condamne et réprime le négationnisme qui devient un délit.

 

C - Le "réveil des mémoires".

 

Avec la remise en cause du mythe résistancialiste ainsi qu'avec la montée des thèses négationnistes, on assiste dans les années 1970 à une résurgence forte de la "mémoire de la Shoah". Déja entamée au moment du procès d'A. Eichmann, celle-ci s'appuie sur les témoignages des rescapés qui se font de plus en plus entendre. Ce réveil de la mémoire est notamment mis en évidence avec le documentaire "Shoah" (1985) réalisé par Claude Lanzmann, oeuvre magistrale et monumentale (plus de 10h) qui met en évidence la singularité du crime nazi et la douleur des survivants. Selon A. Wieviorka (historienne française, spécialiste de la Shoah et de l'histoire des juifs au XXème siècle dont la thèse "Déportation et génocide - Entre la mémoire et l'oubli" est publiée en 1992) ce film consacre d'ailleurs « l’ère du témoin ».

 

Affiche du film Shoah de Claude Lanzmann

 

Cette résurgence est également liée à la parution de travaux d'historiens (par exemple "Vichy et les juifs" de R. Paxton & M. Marrus paru en 1981 ou encore "la destruction des juifs d'Europe" de R. Hillberg en 1988;), à la construction du mémorial de la déportation des juifs (1978) et à l'action de l’association des Fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF) créée en 1979 et présidée depuis par Serge et Beate Klarsfeld. Cette association essaye de faire valoir les droits des descendants des déportés juifs et de de traduire en justice les responsables français de la déportation. Les époux Klarsfeld utilisent la loi de 1964 sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité pour poursuivre et faire inculper des collaborateurs ayant eu des responsabilités dans la déportation des Juifs de France. Enfin, Klaus Barbie, surnommé le "boucher de Lyon", est extradé de Bolivie où il s'était réfugié et est condamné à la prison à perpétuité pour crime contre l'humanité lors d'un procès très médiatisé (1988).

 

Klaus Barbie (à droite) et son avocat Jacques Vergès.

 

A partir des années 1970, on assiste donc à la contestation du mythe résistancialiste par les historiens qui disposent de nouvelles sources et d'un contexte plus favorable pour écrire l'histoire de la 2nde Guerre mondiale en France. Cette rupture permet le "réveil des mémoires", celle des juifs et de la Shoah mais aussi celle des anciens combattants, des déportés du STO... Ainsi commence l'ère des "mémoires plurielles" et du "devoir de mémoire".

 

III - LE "TEMPS DU DEVOIR DE MEMOIRE" : DES FRANCAIS EN PAIX AVEC LEUR MEMOIRE ? (milieu des années 1990 - aujourd'hui)

 

Au fur et à mesure que l’on progresse dans le temps, les acteurs de cette période disparaissent et les responsables politiques reconnaissent de plus en plus officiellement le rôle de l’Etat français, à travers le régime de Vichy, dans la déportation des Juifs de France. Mais cela ne se fait pas sans certaines réticences ni sans susciter certaines polémiques.

 

A - Le temps de la reconnaissance officielle.

 

La reconnaissance officielle de la responsabilité de la France dans les crimes commis pendant la 2nde Guerre mondiale est longuement attendue. Ce n'est par exemple qu'à partir de 1992 que François Mitterrant cesse d'aller se recueillir sur la tombe de Pétain tous les 11 novembre. Il faut finalement attendre 1995 pour que Jacques Chirac reconnaisse officiellement la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des juifs (le 16 juillet 1995 lors de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv). Cette déclaration prend le contre pied de l'attitude de ses prédécesseurs qui refusaient de d'accorder à Vichy la moindre légitimité et donc de s'excuser au nom de la France (si François Mitterrand avait accepté en 1993 de faire du 16 juillet la journée nationale à la mémoire des victimes de persécutions racistes et antisémites, il n'avait pas pour autant reconnu le rôle de Vichy).

Ce discours du président Chirac permet enfin à la France de regarder son passé avec objectivité.  Dans la foulée de sa déclaration, ce sont les évêques de France qui confessent la responsabilité de l'Eglise (1997) puis la SNCF en 2010 qui reconnaît son rôle dans la mise en œuvre du génocide (la gare de Bobigny d'où partaient les trains pour Auschwitz est d'ailleurs transformée en lieu de mémoire).

 

B - Le devoir de mémoire.

 

Ce regard apaisé sur le passé facilite la "réconciliation des mémoires". Désormais, les actions des gouvernements ou des associations visent à assurer le "devoir de mémoire" (devoir moral d'entretenir le souvenir des souffrances subies dans le passé par certaines catégories de la population).

- la mémoire résistante se perpétue, entretenue et véhiculée par l’État au travers de commémorations, d'édifications de nouveaux lieux de mémoire (plateau des Glières depuis 2007) et également via l'école (Concours national de la Résistance). Le souvenir de la résistance est aussi entretenue par des associations qui témoignent auprès des jeunes générations et qui créent des lieux de mémoire (maquis du Vercors). Parallèlement, la diversité de la Résistance est mise en évidence, comme avec l'entrée au Panthéon décidée en 2014 par F. Hollance de 4 grandes figures qui en incarnent les diverses facettes : Geneviève Anthonioz-de-Gaulle, Germaine Tillion, Jean Zay et Pierre Brossolette.

- la mémoire de la Shoah demeure également forte et s'ancre dans la société : l’État organise de nouvelles commémorations et instaure de nouveaux lieux de mémoire (à Drancy, lieu du camp de transit pour les futurs déportés de la France occupée); les associations d'anciens déportés, de leurs enfants et de leurs petits-enfants favorisent également la perpétuation de cette mémoire. En 1995 est ainsi inauguré  le mémorial de la Shoah à Paris, lieu de mémoire, de recherche et d'enseignement sur le génocide.

 

Un gendarme français devant l'entrée du camp de Drancy pendant l'occupation

 

François Hollande inaugurant le mémorial de la Shoah à Drancy en 2012.

 

- la mémoire  des "malgré-nous" est réhabilitée. Ils sont reconnus comme "victimes du nazisme" en 2010 par Nicolas Sarkokzy qui déclara à cette occasion : "les malgré-nous ne furent pas des traitres".

- l'action des soldats venus des colonies, jusque là oubliés, est mise en lumière par la sortie du film "Indigènes" en 2006 et intègre la mémoire nationale. Les pensions des anciens combattants coloniaux sont ainsi revalorisées (ils ne touchaient auparavant que la moitié de la pension des soldat métropolitains!).

Si les souffrances des différents acteurs du conflit sont aujourd'hui reconnues dans leur diversité, certaines restent largement oubliées. C'est par exemple le cas des Tziganes qui réclament toujours de l’État une journée officielle d'hommage et de commémoration.

Ainsi depuis le milieu des années 1990 et la reconnaissance officielle du rôle de l'Etat français dans les crimes de la 2nde Guerre mondiale, le mythe résistancialiste est définitivement enterré et la pluralité des mémoires peut être entendue. Cette "réconciliation des mémoires" s'accompagne de la mise en oeuvre du devoir de mémoire et d'actions en justice qui suscitent parfois polémiques et débats.

 

C - Débats et polémiques autour de la mémoire de la 2nde Guerre mondiale.

 

Les rapports entre célébrations mémorielles et politique sont encore aujourd'hui sources de controverses. De nombreuses critiques se sont par exemple élevées en 2007 lorsque le président Sarkozy a décidé de faire lire la lettre du résistant communiste Guy Môquet dans tous les lycées de France. Ses détracteurs y voyaient une forme d'utilisation voir même d'instrumentalisation de l'histoire à des fins politiques et un retour à la glorification de la résistance sans nuance ni contextualisation (d'autant qu'au moment de son arrestation en 1940, les communistes n'étaient pas encore entrés officiellement dans la résistance en raison du pacte germano-soviétique).

 

Caricature de Plantu (le monde)

 

A l'inverse, d'autres critiques se font entendre sur la trop grande tendance à la repentance des autorités françaises, notamment de la part des milieux nationalistes qui insistent sur la nécessité de tourner la page et de protéger la grandeur du pays. Ils reprochent également d'avoir associé l'Allemagne à la mémoire de la guerre, comme ce fut le cas en 1975 lorsque V. Giscard d'Estaing supprima les commémorations de la victoire alliée du 8 mai (rétabli en 1981 par Miterrand) au nom de l'amitié franco-allemande.

Les débats portent aussi sur la place du droit dans les questions historiques. En 1990 est par exemple votée la loi Gayssot condamnant le négationnisme, loi parfois critiquée au nom de la liberté d'expression. En 2005, devant la multiplication des lois mémorielles, 650 historiens signent un appel pour dénoncer cette tendance au nom de l'indépendance des historiens et de la nécessaire neutralité de la discipline. De plus, ces lois entrainent une forme de "concurrence des mémoires" (lorsque les victimes se disputent les faveurs de la loi pour la reconnaissance de leurs souffrances) qui empêche d'avoir un regard véritablement apaisé sur cette période (les antisémites reprochent par exemple à la loi Gayssot de "favoriser" les juifs!!).

Les polémiques concernent enfin le rôle de la justice et en particulier les procès des anciens responsables de Vichy (comme Maurice Papon jugé en 1997), les historiens étant divisés sur cette question : certains considèrent que leur rôle est de témoigner et d'autres estiment que leur mission se limite à l'examen du passé sans interférer sur le présent.

 

Citation de l'historien Marc Ferro

 

=> Peut-on juger l'histoire? L'historien peut-il être juge? Le juge historien?

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

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