La Chine et le monde depuis 1949 (1ère partie)

Publié le 30 Septembre 2014

THÈME 3 HISTOIRE : PUISSANCES ET TENSIONS DANS LE MONDE DE LA FIN DE LA 1ÈRE GUERRE MONDIALE À NOS JOURS.

 

Chapitre 2 : la Chine et le monde depuis 1949 (1ère partie)

 

En 1973, Alain Peyrefitte publiait un ouvrage intitulé « Quand la Chine s'éveillera...le monde tremblera », ouvrage dans lequel il prédisait le développement économique et politique de "l'Empire du milieu". Son émergence politique et, surtout, économique actuelle lui donne raison. En 1949, au moment de la création de la République populaire de Chine par Mao Zedong, rien ne laissait pourtant présager un tel avenir.

Au milieu du XIXe siècle en effet, la Chine passe du statut de civilisation millénaire convaincue de sa supériorité à celui de pays sous tutelle. Ce « siècle de la honte » (1842-1949) débute par la multiplication des famines, des révoltes intérieures, des défaites militaires et des "traités inégaux" imposés à partir de 1842 (1ère guerre de l'opium) par les grandes puissances européennes, notamment par la Grande-Bretagne.

 

Affiche de propagande maoiste

 

Plus tard, de 1927 à 1949, la Guerre Civile entre le Parti nationaliste (Guomindang) et le Parti Communiste divise et dévaste le pays. L'invasion japonaise, à partir de 1931, et la Seconde Guerre mondiale finissent de ravager la Chine, même si celle-ci intègre le camp des vainqueurs en 1945. Si la principale puissance démographique mondiale retrouve sa stabilité politique intérieure à partir de 1949, la situation économique du pays est toujours désastreuse et son influence politique internationale mineure.

A l'aube du XXIe siècle, la Chine semble donc avoir retrouvé sa splendeur d'antan. Son dynamisme industriel et commercial (2ème PIB mondial depuis 2011), son poids démographique et ses ambitions militaires en font un des acteurs majeurs des relations internationales. Toujours en quête d'affirmation et de revanche, le pays s'impose progressivement face au Japon en Asie du sud-est et cherche également à accroître son influence à l'échelle du monde, surtout face aux États-Unis.

=> Dans quelle mesure la Chine a-t-elle réussi à s'imposer comme une des principales puissances mondiales actuelles ?

=> Par quelles voies politiques et économiques la Chine a-t-elle cherché à s'affirmer sur la scène internationale depuis 1949 ?

 

I – DE 1949 AU DÉBUT DES ANNÉES 1960 : LE RÉVEIL D’UNE PUISSANCE INSCRITE DANS LE BLOC SOVIÉTIQUE

 

1. Quelle(s) Chine(s) face au monde en 1949

 

La victoire des communistes et la naissance de la République populaire de Chine : une Chine officielle et une Chine "officieuse" :

Une fois le conflit mondial achevé, la guerre civile reprend entre le Guomindang (GMD) de Tchang Kaï-Chek et le Parti Communiste Chinois (PCC) de Mao Zedong. Si les premières batailles sont remportées par le GMD entre 1946 et 1947, celui-ci est refoulé par l'Armée de Libération Nationale (APL) à partir de l'automne 1947. En effet, malgré le soutien (modéré toutefois) des Américains, les violences qui accompagnent le retour du GMD et des grands propriétaires dans les régions reprises aux communistes poussent les paysans à se rapprocher de l'APL. Au début de l'année 1949, la Chine du nord est reprise et les nationalistes doivent se réfugier à Taïwan (2 millions de personnes). Le 1er octobre 1949 à Pékin, Mao Zedong proclame la naissance de la République populaire de Chine (RPC).

 

Mao proclame la naissance de la RPC le 1er octobre 1949 au balcon de la Cité Interdite à Pékin

 

Cependant, celle-ci n'est pas reconnue par la communauté internationale (sauf par l'URSS et ses alliés et...l'Inde) et c'est la République de Chine de Tchang Kaï-Chek installée à Taïwan qui représente le pays dans les organisations internationales (à l'ONU notamment où il dispose d'un droit de veto en tant que membre permanent du conseil de sécurité). En signe de protestation, les Soviétiques cessent de siéger dans cette institution (politique dite de la « chaise vide »), ce qui rendra par exemple possible l'intervention des Nations Unies en Corée en 1950. Seule la Grande-Bretagne reconnaît, après hésitations, la RPC car cela lui permet de garder la main sur Hong Kong (colonie britannique acquise après la signature du "traité inégal" de Nankin en 1842).

En 1949, il existe donc deux Chine(s), la Chine continentale communiste (forte de près de 600 millions d'habitants) et la Chine nationaliste soutenue par les États-Unis et réfugiée à Taïwan.

 

Un pays ruiné par la guerre civile et la présence japonaise (à titre informatif, mais vous devez passer vite sur ce point dans vos copies) :

La Chine sort exsangue de la 2ème Guerre mondiale. Cette situation catastrophique résulte de :

  • L'invasion japonaise et de l'implication de la Chine dans le conflit mondial. En effet, dès 1931, la Mandchourie est envahie et devient un État fantoche (le Mandchoukouo, dirigé par l'ancien empereur déchu Pu Yi) pillé par la puissance nippone. A partir de 1937, les Japonais s’attaquent à la Chine orientale : la capitale Nankin est mise a sac et près de 200 000 chinois sont massacrés (les estimations sont très variables). A partir de 1941, les Japonais mettent en œuvre la politique des « 3 Tout » : "Tue tout, brûle tout, pille tout », politique de la terre brûlée qui ravage le pays. Au total, plus de 3 millions de soldats chinois et 9 millions de civils perdent la vie. Des centaines de millions d'habitants sont également déplacés.

 

Massacre de Nankin, 1937

 

  • La Guerre Civile entre le GMD et le PCC. Le nombre de victimes de ce conflit dépasse les 6 millions. De nombreuses régions ont en outre été ravagées par la guerre et la violence des belligérants.

En 1949, le pays doit donc se reconstruire et a un impératif besoin d'aide extérieure.

 

L’achèvement de la « conquête » de l’espace chinois :

A partir de 1949, le pouvoir communiste s'attache tout d'abord à consolider les frontières du pays. Il annexe ainsi plusieurs régions parmi lesquelles :

  • Le Turkestan oriental, au nord-ouest du pays, qui est rattaché à la province du Xinjiang (« nouvelle frontière » en chinois) en 1949. Celle-ci devient une région autonome en 1955. Elle est peuplée majoritairement de Ouïghours, musulmans turcophones.

  • Le Tibet à la fin de l'année 1950. « L'accord en 17 points » ratifié en 1951 reconnaît la souveraineté de la Chine en contrepartie de l'engagement de celle-ci à ne remettre en cause ni la religion ni le gouvernement tibétain.

  • la Mongolie intérieure, qui est intégrée à la Chine dés 1947.

  • la rivalité avec Taïwan rebondit dans les années 1950 autour des îlots de Quemoy et Matsu revendiqués par les "deux Chine(s)".

Ces régions situées à la périphérie du territoire chinois sont peuplées par de nombreuses minorités ethniques, ce qui justifie leur autonomie politique au sein de la République Populaire de Chine. Toutefois, Pékin entame dès l'annexion de ces régions un processus de sinisation (diffusion des modes de vie de l'ethnie majoritaire Han et de la langue chinoise), notamment en y implantant des troupes et des populations Han. Ainsi, dans le Xinjiang, le nombre de Han est passé d'environ 200 000 à plus de 7 millions entre 1949 et le début du XXIe siècle. De même, le Dalaï-lama, chef spirituel et politique des Tibétains, est contraint à l’exil en Inde depuis 1959.

 

Régions et provinces autonomes en Chine

 

Toutefois, Mao ne parvient pas à mettre totalement fin à la présence étrangère en Chine. Hong Kong reste britannique, Macao portugaise et aucune opération militaire n'est tentée contre Taïwan, Mao ne voulant pas risquer une confrontation directe avec les États-Unis.

 

2. Le rapprochement avec l’URSS : une « amitié » nécessaire mais ambiguë

 

Une relative proximité idéologique :

La situation catastrophique du pays ainsi que les proximités idéologiques amènent la Chine maoïste à se rapprocher du puissant voisin soviétique.

En effet, la Chine et l'URSS se réclament tous deux de la doctrine marxiste-léniniste et mettent en œuvre une politique économique de type socialiste : contrôle et planification économique par  l’État, collectivisation des terres, développement de l'industrie lourde... Dans ce régime calqué sur le modèle soviétique, le PCC (parti unique) domine les institutions de l’État, contrôle l’armée et l’ensemble de la vie sociale ; il impose la censure politique comme la répression policière (les autorités ont largement recours aux camps de rééducation par le travail, les camps du « Laogai », équivalent du Goulag russe). Mao est l'homme fort du régime et un véritable culte du chef est mis en place.

De plus, dans le contexte de Guerre Froide et à l'instar de l'URSS, Mao désigne les États-Unis comme les ennemis principaux du régime, qu'il qualifiera, en 1956, de « tigre de papier ».

Toutefois, l'URSS stalinienne et la Chine maoïste, toutes deux totalitaires ne peuvent entretenir une véritable amitié. Les leaders se jalousent et leurs ambitions se contrecarrent. Dans un cadre de pensée totalitaire, il ne peut y avoir qu'UN leader.

 

Le besoin d’une assistance économique et militaire

Le leader chinois choisit ainsi de « pencher d'un seul coté » en rejoignant le camp soviétique, la situation économique catastrophique de son pays et le contexte de la Guerre Froide lui imposant de se rapprocher de l'URSS. En 1950, un "traité d'alliance, d’amitié et de secours mutuel" est signé entre les deux puissances. Il permet à la Chine d'obtenir le soutien politique de Moscou ainsi que son aide économique et technologique (les Soviétiques fournissent par exemple des équipements et des conseillers pour l'élaboration de la bombe nucléaire chinoise). Mao, pour qui officiellement « l'URSS d'aujourd'hui, c'est la Chine de demain », isole ainsi son pays de l'Occident et tourne le dos à l'ouverture internationale.

 

La Chine devient un élément fondamental de la politique soviétique en Asie.

Dans le cadre de la Guerre Froide et de ses conflits périphériques, la Chine intervient au nom du bloc de l'est, devenant ainsi le bras armé de l'URSS en Asie.

  • En 1950, la guerre de Corée éclate et la Chine envoie plus de 500 000 « volontaires » soutenir l'armée nord coréenne en déroute (offensive sur le fleuve Yalou). Le général McArthur propose alors de bombarder les villes chinoises avec l'arme atomique mais le président Truman refuse et le révoque. Zhou Enlai, le ministre des affaires étrangères chinois, mène les discussions de trêve et la Chine figure à la table des négociations de l'armistice de Pan Mun Jom en 1953.

 

Guerre de Corée (1950-53)

 

  • Les Chinois soutiennent également la lutte du Vietminh contre la France pendant la guerre d'Indochine et Zhou Enlaï est encore une fois un des grands artisans des accords de Genève de 1954.

 

3. L’essor d’une « voie chinoise » vers le socialisme susceptible de séduire le Tiers-monde

 

Mao refuse l’inféodation à Moscou et souhaite proposer un « modèle chinois »…

Certaines divergences idéologiques apparaissent toutefois assez rapidement entre l'URRS et la Chine. La doctrine marxiste-léniniste, considérée alors comme un dogme incontestable en URSS, repose sur l’action du prolétariat urbain, lequel n’existe pratiquement pas en Chine, pays encore largement rural et agricole. Mao rejette donc cette orientation et choisit de s’appuyer sur la paysannerie afin que son pays « marche sur ses deux jambes » (industrie et agriculture). Le modèle maoïste est ainsi fondé sur l'autonomie de communes révolutionnaires et de grandes opérations économiques et politiques. La Chine développe désormais une voie communiste indépendante.

Mao inaugure ainsi des expériences volontaristes (et violentes) qui se démarquent du modèle soviétique, comme par exemple avec la politique du « grand bond en avant » (1958-1961) qui devait stimuler en un temps record la production par la collectivisation agricole, l’élargissement des infrastructures industrielles et la réalisation de projets de travaux publics d’envergure. Les paysans sont mobilisés pour de grands travaux, des hauts fourneaux sont construits dans chaque commune, les repas sont pris en commun et les paysans jettent leurs casseroles pour fabriquer de l'acier (qui se révélera inutilisable). Mais les paysans ne peuvent plus travailler à leur récolte et la production agricole s'effondre. La Grande famine qui sévit entre 1958 et 1962 en conséquence de cette politique tue entre 20 et 30 millions de personnes. (sur 650 millions d'habitants). [Ce passage devra être réduit dans vos copies, comme tout élément de politique intérieure chinoise].

 

à destination des pays récemment décolonisés : Zhou Enlai à Bandung

La Chine, par l'intermédiaire de Zhou Enlai, est présente à la conférence de Bandung en 1955, conférence qui marque l'entrée sur la scène internationale des pays du Tiers-monde et qui pose les bases du « non alignement ». Enlai cherche à promouvoir la coopération culturelle et économique entre la Chine et les pays nouvellement indépendants : il présente ainsi la voie de développement auto-centré chinois comme un modèle de socialisme adapté à ces nouveaux États. Il plaide en outre pour la décolonisation du continent africain. Le rayonnement et l'influence de la Chine grandissent dans le monde et « l'Empire du milieu » devient progressivement un concurrent pour les États-Unis et l'Union soviétique dont il critique l'impérialisme et le néo-colonialisme. Bien que jamais officiellement colonisée, la Chine se définit donc comme un pays du Tiers-monde, modèle de développement et leader dans les luttes de libération.

 

Affiche de propagande chinoise pour la libération des peuples colonisés d'Afrique (fin 1960's)

 

En cherchant à s'imposer comme une véritable puissance régionale (re)naissante, la Chine va être amenée à se détacher de son allié soviétique, à se « libérer » de l'URSS.

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

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