La mondialisation en fonctionnement (1ère partie)

Publié le 8 Novembre 2014

THEME 2 : LES DYNAMIQUES DE LA MONDIALISATION

 

Chap. 1 : La mondialisation en fonctionnement

Depuis le milieu du XXème siècle, la planète semble de plus en plus "en mouvement" : les hommes, les marchandises, les capitaux, les informations circulent de plus en plus massivement et de plus en plus rapidement. Cette multiplication et cet accroissement des flux à l'échelle de la planète témoignent de l'approfondissement du processus de mondialisation défini comme la mise en relation généralisée et hiérarchisée des différentes parties du monde.

Ce processus entraîne aujourd'hui de profondes mutations des sociétés et de leur organisation, aussi bien en termes économique que social, culturel et géographique. La mondialisation contribue en effet largement à la mise en place d'une nouvelle organisation de l'espace mondial ainsi qu'à un bouleversement des modes de vie. Ce processus qui affecte les espaces comme les hommes contribue notamment à accroître l'interdépendance entre les territoires.

Dans l'étude de la mondialisation, il faut distinguer et prendre en compte :

  • Les flux : de toute nature/valeur/volume ; ils sont la matérialisation de ce rapprochement géographique et des interdépendances croissantes qui existent entre les différentes parties de la planète. Ils témoignent de la plus ou moins grande intégration des différentes régions du globe au processus de mondialisation ainsi que du rôle joué par chaque région dans l'organisation planétaire.

  • Les acteurs : ils s'agit de l'ensemble des individus, entreprises, organisations et autres intervenants qui contribuent à la mise en œuvre de la mondialisation et à l'organisation de l'espace mondial, et ce en fonction de leurs stratégies, de leurs intérêts et de leur puissance. Ils constituent les « têtes » et les « jambes » de l'espace mondial, les décideurs et les exécutants...

  • Les lieux et territoires : dans un monde de plus en plus interdépendant, chaque lieu/territoire joue un rôle spécifique en fonction de ses qualités/avantages. Les différentes parties de la planète entretiennent ainsi des relations hiérarchisées à la fois complémentaires et concurrentes.

Ainsi, il s'agit de mettre en évidence la nouvelle organisation de l'espace mondial née des logiques de la mondialisation. Autrement dit, il convient de distinguer des centres (ou pôles), des périphéries plus ou moins intégrées et des marges plus ou moins délaissées.

=> Le processus de mondialisation contribue-t-il à modifier l'organisation de l'espace mondial ?

=> L'organisation de l'espace mondial témoigne-t-elle des logiques de la mondialisation?

 

I – LA MONDIALISATION : UN PROCESSUS ÉVOLUTIF RÉORGANISANT EN PERMANENCE L'ESPACE MONDIAL.

 

1. La mondialisation, un processus ancien qui amène à la mise en place d'économies-mondes successives.

 

La processus de mondialisation est ancien; il s'inscrit dans le long terme. On peut en effet remonter à la diffusion de l'homme (homo sapiens sapiens) sur la planète comme première forme d'appropriation du monde, à la mise en place de vastes Empires durant l'Antiquité ou encore au commerce de la soie et des épices venues d'Asie qui a fait la richesse des cités-Etats italiennes au Moyen-âge. Toutefois, le phénomène se développe véritablement à partir des XVème et XVIème siècles. Deux étapes essentielles :

  • Les grandes explorations menées par les marins européens (pour le compte des couronnes espagnole et portugaise notamment mais aussi française et britannique). Celles-ci ont été rendues possibles par l'invention de la boussole, de l'astrolabe ou encore de la caravelle et ont amené à la découverte de nouvelles routes maritimes pour le commerce (détroit de Magellan, contournement de l'Afrique...) et de nouveaux territoires à exploiter (Amérique). Ainsi, on a pu constater la croissance des échanges commerciaux et le renforcement de l'interdépendance entre les différentes régions de la planète.

 

Les Grandes Découvertes (XV-XVIe siècles)

 

- La mise en place du commerce triangulaire est un exemple significatif de ce phénomène. L’Europe (le centre) organise le monde à son profit, faisant de certaines régions africaines des réservoirs de ressources (hommes/esclaves) et de l'Amérique un espace d'exploitation des richesses du sous-sol et de production agricole (or, argent, café, cacao, sucre, coton) (les périphéries). Les ports (interfaces) de Liverpool, ou Bordeaux, comme les couronnes britannique ou française, en tirent une grande richesse. Si cette étape de la mondialisation est avant tout économique, elle est aussi culturelle avec la diffusion du christianisme par les missionnaires en Amérique latine ou encore avec la diffusion de la culture protestante dans les colonies britanniques d'Amérique du nord.

 

Le commerce triangulaire

 

  • Le processus est encore accentué au XIXème siècle sous le double effet de l'industrialisation et de la colonisation européennes. La domination territoriale et économique des puissances européennes s'accentue encore, comme le prouve par exemple la mise en place de l'économie-monde britannique.

    En outre, cette période s'accompagne de la migration massive de populations européennes, notamment vers le Nouveau monde, diffusant ainsi la culture européenne sur le globe.

- En effet, à partir de Londres (centre financier et politique), de la région de Manchester (centre industriel) et de Liverpool (interface portuaire), la Grande-Bretagne domine et organise l'espace planétaire en fonction de ses intérêts, grâce notamment à sa supériorité technologique (science et industrie) et à sa puissance maritime (le bateau à vapeur révolutionnant les transports au long cours). Les Britanniques développent par exemple la culture du coton en Inde, ramènent les productions dans la métropole où elles sont transformées par l'industrie textile avant d'être réexportées partout dans le monde (80% de la production mondiale vers le milieu du XIXème siècle). En outre, ce système s'appuie sur la diffusion du capitalisme libéral (qui ouvre les frontières et permet l'exportation des produits anglais), ses grands théoriciens étant d'ailleurs britanniques (A. Smith, D. Ricardo...). La Grande-Bretagne est donc bien le centre polarisateur/directeur de l'espace monde et organise une DIT à son avantage (spécialisation de pays ou zones reposant sur leurs avantages comparatifs)

 

L'Empire britannique au XIXe siècle (1886)

L'économie-monde britannique au XIXe siècle

 

=> la mondialisation est donc un processus historique inscrit dans le long terme. Elle s'établit par étapes successives sous l'impulsion d'une puissance dominante et grâce à des progrès techniques facilitant la maîtrise de l'espace. L'espace mondial s'organise ainsi autour de centres successifs et de périphéries.

 

2. Un processus accentué depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale sous l'effet de la libéralisation croissante de l'économie et du progrès technique.

 

Après 1945 et surtout depuis 1991 et l'effondrement de l'URSS, le processus connaît une nouvelle accélération. En effet, sous l'impulsion des États-Unis, le modèle économique capitaliste et libéral se diffuse jusqu'à devenir aujourd'hui le modèle quasi-exclusif. Ainsi, le libre échange et la libre concurrence deviennent les paradigmes de l'économie-monde et même les derniers régimes communistes adoptent ce système, comme en témoigne le cas de la Chine (devenue le 1er exportateur mondial) et son « économie socialiste de marché ». Ce phénomène repose sur la libéralisation et la dérégulation croissantes de l'économie mondiale :

  • Les marchés financiers sont globalisés ; les capitaux circulent ainsi librement, sans entrave et sans taxe (les fameux 3D : dérégulation, décloisonnement, désintermédiation).

  • Les frontières jouent de moins en moins un rôle économique dans la mesure où les taxes douanières (considérées par les libéraux comme des entraves au commerce international) ont tendance à diminuer ou même à disparaître. La mise en place d'organisations régionales (ALENA, UE, ASEAN, Mercosur...) qui organisent la libre circulation des marchandises et d'organisations internationales (comme l'OMC dont l'objectif est d'harmoniser et d'abaisser les tarifs douaniers et qui compte 157 membres) accompagnent et accentuent ce phénomène. Entré en vigueur le 1er janvier 2010 après huit ans de négociations, l’accord de libre-échange entre la Chine et les six pays fondateurs de l'ASEAN (La Thaïlande, l’Indonésie, les Philippines, Brunei, Singapour et la Malaisie) prévoit par exemple la suppression de taxes douanières sur 7 000 produits et services (soit 90 % des échanges régionaux), ce qui donne naissance à la plus grande zone de libre-échange au monde.

 

Les organisations régionales dans le monde (2012)

 

=> La mondialisation est ainsi le résultat d’un processus d’extension du capitalisme et du libéralisme occidental dans le monde. Ce sont les besoins de ce capitalisme (matières 1ères, marchés de consommation...) qui ont, entre autres, progressivement amené à la mise en relation des espaces.

Par ailleurs, les progrès techniques dans les domaines des communications et des transports rendent possible la circulation accrue des hommes, des marchandises et des capitaux. En effet, les différentes innovations dans ces domaines permettent aux flux d'être à la fois plus nombreux, plus volumineux et plus rapides.

La révolution des conteneurs, entamée dans les années 1960, est emblématique de cette évolution. Il s'agit de « boites » caractérisées par :

- leur taille standard. Il en existe de 3 types : 10 pieds, 20 pieds et 40 pieds ; un EVP (équivalent 20 pieds) est l'unité de mesure des conteneurs standards = 2,6 mètres de haut sur 2,5 mètres de large et 6 mètres de long, ce qui représente environ 38,5 mètres cube) => mise en place d'une norme mondiale

- leur capacité de stockage. Ils sont en effet « empilables »et peuvent donc être facilement stockés, aussi bien sur les navires que dans les ports. Le porte conteneur Maersk Mc Kinney Møller (le plus grand existant avec 399 mètres de longueur) peut par exemple contenir plus de 18 000 conteneurs standards.

 

Le Maersk McKinney Moller

 

- leur maniabilité: ils sont facilement transportables et transbordables via des grues et des portiques dans les ports équipés, ce qui réduit le coût de la main d’œuvre et permet des ruptures de charge beaucoup plus rapides.

 

Port de Shanghai

 

- leur multimodalité, c'est à dire leur capacité à passer facilement d'un mode de transport à un autre (du bateau au camion et/ou au train). Cette multimodalité permet également des gains de temps et donc d'argent.

 

Rupture de charge

 

Ainsi, à travers l'exemple des conteneurs, les caractéristiques principales des innovations en termes de transport et de communication peuvent être définies comme :

  • l'augmentation de la vitesse des transports/communication : les trains à grande vitesse (TGV en Europe qui place Marseille à 3h30 de Paris et Bruxelles à 1h30, le Shinkansen qui dessert la mégalopole japonaise depuis les années 1960...) ou les avions. De même, la multimodalité s'opère de plus en plus rapidement grâce aux conteneurs, à une logistique efficace et à des contrôles de moins en moins fréquents (comme dans l'espace Schengen)

    Toutefois, les progrès les plus marquants ont eu lieu dans le secteur des communications avec les Nouvelles Technologies de l'Information et des Communications (NTIC) : fibre optique, satellite, internet, téléphone portable, i-tab... Les biens et les services immatériels (informations, capitaux, images, sons...) circulent ainsi de manière quasi-instantanée sur l'ensemble de la planète. Lorsqu'Internet arrive dans les foyers français au milieu des années 1990, on parle des "autoroutes de l'information".

  • la massification des transports ; l'évolution des moyens de transport est aussi marquée par une tendance au gigantisme : gros porteur (A380), supertanker (comme le "Knock Nevis", long de 460m et large de 69m), porte-conteneurs géants... Les énormes volumes transportés permettent de faire baisser les coûts du trajet.

 

Le Knock Nevis

 

  • La standardisation des modes de transports : en raison de l'augmentation des flux internationaux, les différents acteurs du commerce mondial tendent à harmoniser certaines normes : l'anglais est la langue internationale des pilotes, le dollar est la monnaie des échanges internationaux, les conteneurs sont tous radicalement les mêmes, l'écartement des rails est identique dans de nombreux pays d'Europe... Ce phénomène témoigne donc de la mise en place de normes mondiales dans le domaine des transports et plus largement de l'apparition d'un marché mondial unifié.

 

Toutefois, ces équipements (terminaux à conteneurs, internet...) sont inégalement présents à la surface de la planète comme en témoigne le classement des ports à conteneurs (Singapour, Shanghai, Hong Kong, Shenzhen, Yingkou, Pusan, Rotterdam, Dubaï... le premier port américain, Los Angeles Long Beach, n'est que 14ème et le premier port africain, Durban, n'arrive qu'en 43ème position) ou les disparités d'accès aux nouvelles technologies de la communication. Par exemple, les citoyens américains représentent près de 50% des internautes de la planète (pour moins de 5% de la population mondiale) alors que les habitants du continent africain (12% de la population mondiale) représentent moins de 5% des internautes !! Cette fracture numérique est ainsi révélatrice des inégalités de développement et de l'inégale participation au processus de mondialisation.

 

Ports et principales routes maritimes (2009)

La fracture numérique

 

=> Ainsi, les territoires et les hommes sont de plus en plus « proches » et donc de plus en plus interdépendants (c'est à dire à la fois plus complémentaires et plus concurrents). La planète est ainsi progressivement mise en réseau, réseau constitué de nœuds ou hubs (aéroports, métropoles, ports...) et de flux ou spokes.

 

3. Des dynamiques contestées.

 

Ce processus de mondialisation et les dynamiques qui l'accompagnent sont par ailleurs largement contestés. On a ainsi successivement parlé « d'antimondialisme » dans les années 1990 (mouvement opposé à la mondialisation et surtout au capitalisme), puis « d'altermondialisme » (mouvement qui conteste l'orientation libérale de la mondialisation et cherche à la réguler) et enfin de « démondialisation » (mouvement qui prône un retour au national, notamment en terme de production).

 

Affiche d'Occupy wall Street

 

Ces mouvements sont le plus souvent emmenés par des intellectuels (l'économiste Jacques Sapir, le géographe D. Harvey...), des syndicats, des associations et surtout des ONG qui font du lobbying auprès des pouvoirs politiques et cherchent à mobiliser l'opinion : Greenpeace (1971), ATTAC, Oxfam, Médecins du monde, les Indignés,Occupy Wall Street... Les thèmes abordés sont très variés : santé, éducation, droits de l'homme, environnement... Pour se faire entendre de l'opinion publique, ces ONG organisent des actions militantes, des campagnes d'informations/de sensibilisation (comme ATTAC sur la taxation financière ou Oxfam sur la dette des pays du Sud ou sur les paradis fiscaux, sur le travail des enfants) ainsi que de grands forums de discussion, le plus important étant le forum social de Porto Alegre au Brésil (en réponse au forum économique de Davos en Suisse) qui regroupe depuis 2001 plus de 60 000 personnes venant de plus de 120 pays tous les ans.

 

Les alternatives altermondialistes.

 

=> Ces organisations témoignent de l'émergence d'un embryon de société civile internationale et sont devenus des acteurs importants de la mondialisation, en contestant et/ou en s'opposant à la nature actuelle du processus. Le développement et la structuration de ces réseaux doivent d’ailleurs paradoxalement beaucoup à la mondialisation elle-même (NTIC, transports rapides, usage des médias et de la publicité).

Ces différents mouvements font ainsi un diagnostic assez similaire des effets de la mondialisation libérale et capitaliste.

  • aggravation des inégalités de richesse entre pays du nord et pays du sud (malgré l'émergence de certaines régions) mais aussi à l'intérieur des pays du nord où une partie de la population est paupérisée (25% de chômage en Espagne par exemple). Toutefois, la mondialisation a aussi entraîné le développement de certaines régions du monde (comme le littoral chinois)

  • coût environnemental important lié à la multiplication des flux, à l'industrialisation et à l'exploitation des ressources liées à nos modes de production. Toutefois, le processus de mondialisation a également permis la prise de conscience des enjeux environnementaux à l'échelle du globe (comme avec le protocole de Kyoto de 1997, entré en vigueur en 2005 et aujourd'hui ratifié par près de 170 pays)

  • aggravation des risques de crises systémiques liée à l'interdépendance croissante des territoires et à la domination du capitalisme financier.

  • Uniformisation culturelle et marchandisation du monde liées à l'influence croissante des FTN. Toutefois, la mondialisation a également tendance à renforcer l'échelle locale en la désenclavant, c'est à dire en la connectant au mondial mais parfois aussi en attisant des formes de repli identitaire.

 

Si ces mouvements n'ont pas de réponse/discours unique, il s'accordent tous sur l'idée « qu'un autre monde est possible » et sur quelques grands principes : taxation des flux financiers, économie solidaire/équitable, développement durable, microcrédit (lancé en 1976 par le bangladais Muhammad Yunus et qui concerne aujourd'hui 190 millions de personnes dans le monde)... Soucieuse de leur image, des firmes cherchent à témoigner de leur efforts dans les domaines du social et de l'environnemental (comme Danone qui vend des yaourts à très bas prix en Inde pour lutter contre malnutrition).

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours geo

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