Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale (2ème partie)

Publié le 6 Janvier 2015

THÈME 3 HISTOIRE : UN FOYER DE CONFLITS.

 

Chapitre 3: le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale (2ème partie).

 

 

II - UNE REGION CONVOITEE ET DIVISEE (1948-1979).

 

En quoi le proche et le Moyen-Orient deviennent-ils des enjeux pour les puissances extérieures entre 1948 et 1979? En quoi la Guerre Froide modifie-t-elle les équilibres et les rapports de force régionaux?

En quoi la création d'israël constitue-t-elle un facteur d'instabilité et de crise dans la région?

 

1. Une région au cœur de la Guerre Froide

 

a. Le Moyen-orient, un enjeu est-ouest:

 

Comme le reste du monde, le Moyen-orient devient l'enjeu de la rivalité entre les deux superpuissances de la Guerre Froide. Il s'agit pour elles d'y créer un réseau d'alliances et d'y défendre leurs intérêts politiques, économiques et militaires. Ainsi, dans le cadre de la politique de l'Endiguement définie par la Doctrine Truman (1947), les Etats-Unis se rapprochent de l'Arabie Saoudite (cf Pacte de Quincy), de la Turquie (qui intégre l'OTAN en 1952), de l'Irak, de l'Iran et du Pakistan (avec le Pacte de Bagdad signé en 1955 et dissout en 1979) ainsi que d'Israël qui devient un allié privilégié à partir des années 1960. De leur côté, les soviétiques soutiennent l'Egypte du colonel Nasser, la Syrie ou encore le Sud Yemen.

 

La situation géopolitique du monde en 1956

 

b. La crise de Suez (1956), témoin de la Guerre Froide et des convoitises que suscitent la région.

 

En 1956, la crise de Suez révèle l’importance stratégique du Proche et Moyen-Orient dans la fin des impérialismes européens et dans la Guerre Froide. Arrivé au pouvoir en 1952 en Egypte, Nasser développe un discours panarabiste, son principal souci étant de permettre à son pays de se sortir de l’influence occidental. Dans cette optique, le 26 juillet 1956, il nationalise le canal de Suez qui est alors exploité par des intérêts franco-britanniques. Cette décision sert de prétexte à la France et au Royaume-Uni pour intervenir en Egypte, tout en s’appuyant sur l’Etat d’Israël qui souhaite de son côté mener une « guerre préventive » contre un Etat voisin qui multiplie les gestes hostiles à son égard. Cette intervention militaire débute en octobre 1956 mais elle est immédiatement condamnée par l'ONU et les deux superpuissances qui imposent le retrait des troupes franco-britanniques. Cet épisode constitue une véritable victoire diplomatique pour Nasser, victoire qui sonne le glas de la présence des vieilles puissances coloniales européennes dans la région et qui entretient un temps le vieux rêve d'indépendance et d'unité du monde Arabe dont Nasser se définit dés lors comme le leader. Cette crise permet également à l'URSS et surtout aux Etats-Unis d'exposer leur puissance et leur intérêt pour une région hautement stratégique.

 

Nasser porté en triomphe (1956)

 

c. Le pétrole, un facteur d'indépendance pour les Etats de la région.

 

A partir des années 1960, certains Etats de la région profitent de la dépendance occidentale à l'égard du pétrole pour se réapproprier leurs ressources (via des nationalisations au détriment des majors occidentales qui contrôlaient jusqu'alors les prix de la ressource) et affirmer leur relative indépendance. En 1960, lors de la conférence de Bagdad, l'Irak, l'Iran, l'Arabie Saoudite et le Koweït (ainsi que le Venezuela) fondent l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) afin de pouvoir influer sur les cours de "l'or noir". C'est ainsi qu'en 1973, pendant la guerre du Kippour (cf II/2), les pays arabes de l'OPEP annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les Etats soutenant Israël (autrement dit principalement contre les Etats-Unis), ce qui a pour conséquence de faire exploser le prix du baril: c'est le 1er choc pétrolier. Dans un contexte de naissance du mouvement des non-alignés (dont se réclament d'ailleurs certains des membres de l'OPEP), cette organisation est ainsi l'une des rares à échapper en partie à la logique de la Guerre Froide.

 

2. Le conflit israélo-arabe de 1948 à 1978

 

a. La guerre civile et la première guerre israélo-arabe (1947-49).

 

Suite au plan de partage de l'ONU et à la création de l’Etat d’Israël, une guerre civile se déclenche dans l'ancienne Palestine britannique, faisant de nombreuses victimes de part et d’autre. Plus d’une centaine de villageois arabes sont par exemple massacrés par des milices juives à Deir Yassine en avril 1948. En représailles, 70 infirmières et médecins juifs sont tués. Pour sécuriser les implantations juives, les autorités sionistes ordonnent la destruction de villages arabes et l’expulsion de leurs habitants : c’est le plan Daleth. Israël organise aussi sa défense en tant qu’Etat avec la création d'une armée (FDI, surnommées Tsahal), officialisée en mai 1948 mais constituée dés 1947.

Cette guerre civile de 1947-48 sert de prélude à la 1ère guerre israélo-arabe. En effet, les Etats arabes de la région refusent la création d’Israël et attaquent le nouvel Etat le 15 mai 1948, le lendemain même de sa proclamation. Rapidement, les israéliens prennent le dessus sur la coalition arabe comprenant l'Egypte, l'Irak, la Jordanie, la Syrie et le Liban. Israël conquièrent une partie de l’Etat Arabe prévu par l'ONU tandis que la bande de Gaza revient à l’Egypte et la Cisjordanie à la Jordanie. Environ 800 000 palestiniens se réfugient à Gaza, en Cisjordanie et au Liban, chassés ou partis de leur plein gré. La paix est signée le 24 février 1949 (armistice de Rhodes), mais les tensions restent importantes entre Israël et ses voisins: le nouvel Etat et ses frontières ne sont pas reconnus par les Etats arabes. Le sort des milliers de réfugiés palestiniens n’est pas réglé par cet armistice.

 

Du plan de partage de l'ONU à la 1ère guerre israélo-arabe.

 

b. la guerre des six jours (juin 1967)

 

A la suite de la crise de Suez, le panarabisme se développe dans le monde Arabe: il triomphe dans l'Egypte de Nasser ainsi qu'en Syrie et en Irak avec la prise de pouvoir du parti BAAS (parti politique laïc fondé en 1947 à Damas, combinant socialisme arabe et nationalisme panarabe). Mais dans la réalité, les Etats arabes restent très divisés et trouvent un point de rassemblement dans la lutte contre Israël. En mai 1967, Nasser ferme le détroit de Tiran aux navires israéliens et procède à d'importants mouvements de troupes dans le Sinaï. En réaction Israël lance une "attaque préventive" contre l’Egypte, la Syrie et la Jordanie. Tsahal écrase les armées arabes en 6 jours. Israël occupe alors de nouveaux territoires : le plateau du Golan, la Cisjordanie et le désert du Sinaï. Le Conseil de sécurité de l’ONU vote la résolution 242 qui exige la restitution des territoires occupés par Israël et la reconnaissance de l’Etat d’Israël par ses voisins.

 

Les opérations militaires lors de la guerre des 6 jours (5 - 10 mai 1967)

 

c. La guerre du Kippour (1973)

 

Le 6 octobre 1973 (Jour de la fête juive du Grand Pardon, le Yom Kippour), les Egyptiens (dirigés depuis 1970 par Anouar el-Sadate) et les Syriens (emmenés par Hafez el-Assade) lancent une offensive simultanée dans le Sinaï et le Golan afin de récupérer les territoires perdus en 1967. Les Israéliens parviennent rapidement à repousser les assaillants. Ils arrivent même aux portes du Caire, mais les Soviétiques (qui soutiennent les Etats arabes), les Américains (qui soutiennent Israël) et L’ONU imposent un cessez-le-feu. La guerre se termine par un statu-quo le 25 octobre 1973.

 

Les opérations militaires lors de la guerre du Kippour (1973)

 

3. L'échec du panarabisme et la question des territoires occupés.

 

a. Les accords de Camp David et l'échec du panarabisme

 

Les accords de Camp David sont signés entre le président Egyptien Anouar El-Sadate et le 1er ministre Israélien Menahem Begin en septembre 1978, sous la médiation du président américain Jimmy Carter. Ils furent suivis de la signature du premier traité de paix entre Israël et un pays arabe : le traité de paix israélo-égyptien de 1979. En fait, les fondements de la paix ont été posés dés 1977, lorsque Sadate s'est rendu à la Knesset pour proposer une paix entre Israël et son pays. Ces accords permettent en tout cas de débloquer une situation qui n'avait pas évolué depuis 1973. Ils prévoient l'évacuation du Sinaï par Israël et le placement sous l’autorité palestinienne des territoires occupés ainsi que la reconnaissance de l'Etat hébreux par l'Egypte. C’est donc un grand pas pour la paix après 30 ans de conflits et, jusqu’à aujourd’hui, il n’y a d'ailleurs plus eu de guerres directes entre un Etat arabe et Israël. Begin et Sadate reçoivent le prix Nobel de la paix en 1978. Mais Sadate est rapidement accusé d'avoir trahi la cause arabe en abandonnant ses alliés de la région. L'Egypte est exclue de la ligue Arabe en 1979 et Sadate est assassiné en 1981 par des Islamistes. Le rêve du panarabisme s'éteint.

 

Sadate, Carter et Begin

 

b. La radicalisation du mouvement national palestinien.

 

Une des conséquences importantes de la guerre des Six-Jours est la radicalisation des mouvements palestiniens (les Palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie sont en effet placés sous un régime d’occupation israélien). En 1968, L'OLP ("Organisation de Libération de la Palestine", fondée en 1954) amende sa charte en mettant l'accent sur la libération totale de la palestine, le développement de la lutte armée et la destrcution d'Israël. Yasser Arafat, leader du Fatah ("mouvement de Libération de la Palestine" fondé en 1959 par Arafat) prend le contrôle de l’OLP  en 1969 met en oeuvre se programme tout en se séparant de la tutelle des Etats arabes. Ainsi en septembre 1970, le roi Hussein, qui souhaite apaiser ses relations avec Israël, chasse l’OLP de Jordanie qui se replie au Liban d'où elle poursuit sa lutte contre Israël. L’organisation met en place des formes d’action terroristes comme de détournements d’avion et des attentats, notamment ceux des Jeux Olympiques de Munich en 1972 où des membres de l'équipe olympique israélienne sont pris en otage par des membres de l'organisation "Septembre Noir" lié à l'OLP. 11 athlètes isréaliens y trouveront la mort, ainsi que 5 des 8 terroristes.

 

Terroriste à Munich, 1972

 

En représailles, Israël lance l'opération Colère de Dieu; il s'agit d'une traque menée par le Mossad (les services secrets israéliens) des membres survivants ainsi que des raids contre les camps de réfugiés et les villages situés à la frontière avec le Liban. Si les conflits entre Israël et ses voisins se terminent après les accords de Camp David, c'est désormais la "question palestinienne" qui occupe le devant de la scène.

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

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