Etude de cas : le Sahara par les cartes (1ère partie).

Publié le 31 Mai 2015

THEME 3: DYNAMIQUES DES GRANDES AIRES CONTINENTALES

 

Etude de cas : le Sahara par les cartes : un espace riche, parcouru et convoité 

(1ère partie).

 

 

Aujourd'hui au premier plan de l'actualité internationale, le Sahara est tout sauf un désert délaissé. Ce vaste espace sec et aride (en Arabe, "Sahara" signifie d'ailleurs désert) est en effet au coeur d'enjeux économiques et politiques sources de tensions et de conflits. Lisière du monde musulman, interface entre Afrique subasaharienne et Afrique du nord, riche en ressources du sous-sol, cette région partagée entre 10 Etats attise les convoitises internes comme externes et forme la pointe occidentale de "l'arc de crise" mondial.

 

=> Quels sont les facteurs de crise au Sahara?

=> En quoi le Sahara constitue-t-il un espace stratégique et donc convoité?

 

I – UNE REGION CONTRAIGNANTE MAIS RICHE EN RESSOURCES DU SOUS-SOL: LE SAHARA, UN DESERT?

 

1. Un vaste espace désertique...

 

Le Sahara est une large bande désertique qui s'étend sur environ 8,5 km², de l'océan Atlantique à la mer Rouge (5 000 km) et du Sahel à l'Afrique du nord (2 000 km). Un puissant anticyclone y limite les précipitations à 100 mm/an au nord (limite méridionale de l'olivier) et 200 mm/an au sud (limite septentrionale du cram-cram); les zones les plus sèches reçoivent moins de 0,5 mm d'eau par an en moyenne et les températures peuvent atteindre les 50 degrés!

 

Les limites bioclimatiques de la zone saharienne

 

De vastes étendues planes (les regs) aux paysages banals et monotones forment l'essentiel du Sahara central. Ils sont séparés les uns des autres par des ensembles dunaires, les ergs (le sable ne couvrant que 20% de la surface du Sahara). On y trouve également d'immenses hauts plateaux (comme le tassili N'Ajjer au sud-est de l'Algérie) et quelques massifs montagneux, souvent d'origine volcanique, comme le Hoggar (Algérie), l'Aïr (Niger) ou le Tibesti (Tchad et Libye) dont le plus haut sommet (l'Emi Koussi) culmine à 3415 m d'altitude. Ces massifs, plus arrosés, ont longtemps constitué des espaces privilégiés d'implantation pour les populations sahariennes (le terme Tibesti signifie d'ailleurs "lieu où vivent les habitants des montagnes").

 

Principaux ergs et massifs montagneux du Sahara.

 

2. ...peu densément peuplé...

 

Le Sahara est aujourd'hui peuplé d'environ 7 millions d'habitants (surtout sur ses marges), pour une densité de population moyenne de moins d'un habitant/km².  L'espace saharien est partagé entre 4 principaux groupes de population: les Maures (Maroc,Mauritanie, Sénégal), les Touaregs (1.5 millions de personnes réparties entre 5 pays: Algérie, Libye, Niger, Mali et Burkina Faso), les Toubous (Tchad, Libye et Niger) et les Zaghawas (Soudan, Tchad, Libye).

 

Les peuples sahariens

 

Ces populations, traditionnellement nomades (pasteurs, commerçants), sont aujourd'hui largement sédentaires et urbaines (80% de la population). Elles se concentrent ainsi dans les oasis et surtout dans les villes qui ont émergé depuis quelques décennies du fait de l'explosion démographique, de la modernisation des moyens de transports, des activités commerciales et des actions des différents gouvernements pour sédentariser les populations sahariennes (comme la scolarisation obligatoire) et mieux contrôler leur territoire. Les principales villes sont  Nouakchott (capitale de la Mauritanie) Adrar, Agadès, Tamanrasset, Sebha, Djanet ou encore Koufra.

 

Les villes  du Sahara

 

Agadez (Niger)

 

Nouakchott (Mauritanie)

 

3. ...mais riche en ressources du sous-sol

 

Le sous-sol saharien est extrêment riche en ressources diverses. On y trouve tout d'abord des minerais: le Sahara occidental produit des phosphates, le Niger et le Mali de l'uranium, la Mauritanie du fer, le Maroc et le mali de l'or. Ces gisements générent des activités économiques et des rentes financières nécessaires à la mise en oeuvre de politiques de développement mais attisent aussi la convoitise des FTN des pays industrialisés comme celle des responsables politiques locaux et des groupes armées.

 

Les ressources du sous-sol saharien

 

De plus, le sous-sol du Sahara renferme d'importantes réserves de pétrole et de gaz, découverte dans les années 1950 par des géologues français, en particulier au Algérie (où les hydrocarbures représentent près de 90% des revenus liés aux exportations et 40% de son PIB), en Libye et dans une moindre mesure au Sahara occidental, au Tchad, en Mauritanie et au Niger. Ces gisements sont exploités par des sociétés nationales, comme en Libye (deuxième producteur de pétrole brut du continent après le Nigéria et plus grandes réserves d'Afrique, estimées à 46,4 milliards de barils) où l'industrie pétrolière est gérée par l'entreprise publique National Oil Corporation. Le pétrole libyen est de qualité, peu cher à produire et proche des centres de consommation; il  fournit 93 % des recettes du pays et 95 % de ses exportations (chiffres 2005) mais a surtout profité au dictateur Mouammar Kadhafi.

 

Les ressources dans le nord du Sahara

 

Exploitation pétrolière d'El Merk (Algérie)

 

Enfin, le sous-sol saharien abrite de vastes nappes aquifères (formation géologique poreuse et/ou fissurée et perméable qui peut stocker l'eau), constituées il y a plus de 10 000 ans lorsque le climat de la région était plus humide. Les aquifères du Sahara septentrional, qui occupent plus d'un million de km² principalement en l'Algérie et en Libye, recèlent environ 31 000 milliards de mètres cubes d'eau!

 

L'eau et ses enjeux au Sahara

 

L'exploitation de ces ressources constitue un enjeux majeur en terme de développement (usage domestique, agricole, touristique...) mais aussi d'environnement. En effet, l'eau de ces nappes permet d'alimenter les villes et les activités littorales (industrie, tourisme, agriculture) en la pompant puis en la dérivant, comme en Tunisie ou en Libye avec la création de la "grande rivière artifielle". Il s'agit d'un gigantesque aménagement hydraulique qui permet de pomper l'eau dans les nappes sahariennes (480 puits, entre 500 et 800 m de profondeur) et de la répartir sur le parcours d'une "rivière artificielle" (en réalité une canalisation souterraine géante) qui traverse le pays du nord au sud sur plus de 3 000 km. Des périmètres agricoles irrigués ont ainsi pu être développés en plein désert, comme dans la région de Koufra.

 

La grande rivière artificielle libyenne

 

Koufra: organisation spatiale et activités agricoles.

 

Image satellite des "cercles de Koufra": périmètres agricoles irrigués en plein désert

 

Toutefois,  ces nappes se rechargent très lentement et le niveau des eaux s'est abaissé de 25 à 50 mètres selon les endroits entre 1950 et 2000. De nombreuses sources naturelles, autour desquelles se sont développées des oasis traditionnelles, ont ainsi tendance à se tarir et la qualité des eaux et des sols se dégrade rapidement (salinisation/minéralisation des eaux).

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours geo, #étude de cas

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