Les mots de la mondialisation - Vocabulaire (1ère partie)

Publié le 5 Décembre 2016

Pour compléter les cours de géographie, nous vous proposons ici un lexique approfondi des termes et notions essentiels de la mondialisation, autant outil d'apprentissage et de révision que de compréhension des logiques et dynamiques spatiales contemporaines.

 

 

Acteurs spatiaux :

La géographie est une science sociale qui s'intéresse à la production de l'espace et à son organisation. Elle se doit donc également de prendre en compte les comportements spatiaux et les stratégies de ceux qui produisent et organisent cet espace, autrement dit les « acteurs ». Parmi eux, on peut distinguer : les individus et les groupes humains, les différentes organisations (ONG...), les entreprises (en particulier les FMN) et les institutions (collectivité territoriale, État, ONU...).

Attention, il y a souvent confusion entre « territoires » et « acteurs » ; ainsi, les pôles de la Triade ou les métropoles sont des « territoires » où sont concentrés de nombreux « acteurs » influents (sièges sociaux des FMN, pouvoir gouvernement, universités et centres de recherche, populations riches et qualifiées...).

 

Altermondialisme :

Ensemble des mouvements issus de la société civile qui contestent l'orientation libérale de la mondialisation et cherchent à la réguler pour en limiter les effets dommageables. A l'origine qualifiés « d'antimondialiste », ces mouvements plutôt hétérogènes dans leurs formes (ONG, associations, syndicats...) et dans leurs thèmes de mobilisation (santé, finance, écologie, éducation, droit de l'homme...) établissent un diagnostic assez similaire de la mondialisation actuelle (comme facteur d'accroissement des inégalités, d'injustices sociales et de dégradations environnementales) et s'accordent tous sur l'idée « qu'un autre monde est possible » (ou plus récemment que « d'autres mondes sont possibles »). ATTAC, Oxfam ou Greenpeace sont parmi les ONG les plus célèbres et les plus influentes.

 

Archipel Métropolitain (ou Mégapolitain) Mondial (AMM) :

Concept développé par le géographe Olivier Dollfus à la fin des années 1990 qui désigne un ensemble de métropoles séparées dans l'espace (comme des « îles ») mais qui entretiennent entre elles des relations intenses (trafic aérien, de flux de télécommunication, flux financiers...). Les mégalopoles et les métropoles qui forment l'AMM concentrent des fonctions urbaines rares (fonction de commandements économiques et politiques, universités et centres de recherches, musées...) et contribuent donc à « la direction du monde ». Elles regroupent également des infrastructures de transport et de communication, ce qui en fait des « noeuds » structurant le réseau urbain mondial et polarisant les flux.

 

Schéma d'une interface maritime

 

Arrière-pays/hinterland :

Les ports sont inséparables de leur arrière-pays respectif. Cet « hinterland » (terme allemand utilisé par les géographes) désigne au sens réduit la zone continentale directement liée au port (bassin d'emploi, entreprises...) et au sens large l'ensemble des espaces reliés au port par des réseaux de transport. L'arrière-pays correspond donc de l'aire d'attraction et de desserte continentale d'un port.

La dorsale européenne constitue par exemple l'arrière-pays de la Northern Range, ce qui explique le dynamisme et l'importance de cette façade maritime.

 

Avant-pays/Foreland :

Un port est aussi dépendant d'un avant-pays (« Foreland » en anglais), c'est-à-dire de l'espace situé outre-mer. L'avant-pays désigne l'ensemble des pays desservis par un port ainsi que l'espace maritime structuré par des routes océaniques, duquel arrive les flux de marchandises ou de personnes et par lequel se font les exportations.

 

Brain drain :

« Fuite des cerveaux » ou « drainage des cerveaux ». Départ de leur pays d'origine des individus hautement qualifiés pour travailler dans d’autres pays où les conditions de travail et de salaire sont plus intéressantes. Les Etats-Unis constituent le principal pôle d'accueil de cette main d'oeuvre (en particulier la Californie).

 

Manhattan, la skyline

 

Central Business District (CBD) :

Expression anglo-saxonne qui désigne le « quartier des affaires » des grandes métropoles. On y trouve notamment les fonctions économiques de commandement (siège sociaux) et de financement (banques, bourses, assurances...). Inspirée des villes américaines (en particulier de New York), l'architecture verticale et moderne des CBD (l'ensemble des gratte-ciels formant la « skyline ») témoigne du prix élevé des terrains (qui poussent à construire en hauteur) et plus symboliquement de la puissance des entreprises ou des institutions qui y sont installées.

La diffusion de ce modèle architectural et urbanistique à l'ensemble de la planète reflète tout à la fois l'effet uniformisant de la mondialisation sur les paysages et la compétition qu'elle induit entre les principaux centres urbains par la mise en scène de leur réussite et de leur singularité (cf la tour Burj Khalifa à Dubaï...).

Les CBD constituent donc des « hyper-centres » de l'espace-monde, à la fois interdépendants et concurrents.

 

Centre/périphérie/marge :

Ces trois termes ne renvoient pas à une localisation géographique mais à un modèle explicatif d'une relation hiérarchique entre des espaces qui entretiennent des relations inégales : ceux qui dominent et ceux qui subissent. Cette manière d'envisager l'espace renvoie évidemment à la géographie mais aussi à l'histoire, en particulier à Fernand Braudel et à son concept « d'économie-monde ». Dans le cadre de notre chapitre, la qualification des territoires en tant que « centres », « périphéries » ou « marges » reflètent leur niveau de participation au processus de mondialisation et le rôle qu'ils occupent dans l'organisation et le fonctionnement de l'espace-monde.

Les « centres » sont au cœur des principaux flux matériels et immatériels, concentrent les fonctions de commandement comme les acteurs majeurs de la mondialisation et organisent de ce fait l'espace mondial. Les « périphéries » participent également aux flux mais restent plus ou moins dominées par les centres. Les « marges » quant à elles regroupent les territoires isolés, répulsifs et donc largement exclus de la mondialisation.

Schématiquement, on peut distinguer : les pôles de la Triades qui forment les centres, les pays émergents qui constituent les périphéries dynamiques (qui concurrencent de plus en plus les centres traditionnels), les pays-ateliers qui peuvent être qualifiés de « périphéries dominées » et les Pays les Moins Avancés qui forment les marges.

 

Les aires de civilisation selon Huntington, Lacoste et Chaliand

 

Civilisation/aire de civilisation :

Une civilisation désigne l'ensemble des caractères culturels, linguistiques et matériels communs à une société ou à un groupe de sociétés et construit sur le long terme. Le monde actuel se découperait ainsi en plusieurs grandes « aires de civilisation », aux contours en réalité plutôt flous et contestables (celles définies par les chercheurs Y. Lacoste et S. Huntington différent par exemple fortement l'une de l'autre).

En outre, la mondialisation, en tant que facteur d'uniformisation des pratiques sociales (alimentation, codes vestimentaires...) et des paysages (urbanisation, culture intensive...), tend à rendre encore plus incertaine la délimitation et la définition de ces aires civilisationnelles.

 

Commerce équitable :

Forme de commerce dont l'objectif est de réduire les inégalités de revenu entre producteurs, intermédiaires et distributeurs, au profit des petits producteurs (souvent issus des pays du sud, comme par exemple dans le cas du commerce du café). À cette ambition économique et sociale s'ajoutent souvent des préoccupations éthiques, sociales et environnementales. Le commerce équitable est promu par les mouvements altermondialistes qui y voient un moyen de réguler les marchés et de limiter la domination des grandes firmes sur les petits producteurs indépendants.

 

Répartition des revenus dans le commerce équitable

 

Conteneur/conteneurisation :

Le conteneur (« container » en anglais) est une boite métallique apparue dans les années 1960 de dimensions standardisées (il en existe de 3 types : 10 pieds, 20 pieds et 40 pieds) utilisée pour le transport de marchandises. Les conteneurs sont ainsi facilement maniables et empilables, ce qui réduit le coût et le temps de transbordement. Surtout, ils peuvent passer facilement d'un mode de transport à un autre : transportés en mer sur des navires spécialisés (les porte-conteneurs), ils sont déchargés dans des terminaux spécialement équipés de grues, de portiques et d'aires de stockage de grande superficie avant d'être rechargés sur des trains ou des camions. Cette « révolution du conteneur » est un des facteurs essentiels de l'explosion des flux de marchandises.

La conteneurisation correspond à la généralisation des conteneurs pour le transport de marchandises dans le monde.

 

Délocalisation industrielle :

Pour une entreprise, la délocalisation consiste à déplacer une unité de production du territoire national vers une région ou un pays qui permet d'obtenir des avantages compétitifs : main-d'oeuvre moins chère ou plus qualifiée, proximité d'un marché émergent, meilleure disponibilité d'une matière première... Les délocalisations concernent aussi bien la production de biens manufacturés que la production de services (comme les centres d'appel).

Le phénomène de délocalisation s'inscrit dans le mouvement d'élargissement géographique de l'espace de production (rendu possible par les progrès des transports/communications et la libéralisation du commerce international) et de mise en concurrence des territoires à l'échelle du globe.

Si les délocalisations bénéficient économiquement à certaines régions et permettent l'émergence de nouveaux espaces productifs (par exemple le nord du Mexique ou la Chine littorale), elles ont aussi entrainé une crise économique et sociale dans les régions de départ des activités. Le déclin du cœur industriel traditionnel des Etats-Unis, situé au nord-est du pays autour des villes Detroit et Pittsburgh, auparavant surnommé la « Manufacturing Belt » et désormais qualifié de « Rust Belt », en est la parfaite illustration.

 

Délocalisations et implantations d'entreprises françaises dans les nouveaux membres de l'UE (2004)

 

Déréglementation/dérégulation :

La déréglementation consiste à supprimer ou à alléger les règles et les normes établies par les pouvoirs publics dans certains secteurs économiques afin d'accroître la capacité d'initiative des entreprises et de simplifier leur gestion.

La dérégulation consiste quant à elle à supprimer les outils et les agents de régulation d’un secteur économique ou bien à libérer davantage les prix dans le but d'encourager la concurrence et l'innovation.

Entamées dans les années 1980 aux Etats-Unis avant de s'étendre au reste du monde, ces mesures (néo-) libérales ont largement contribué à l'explosion des flux, en particulier dans le domaine de la finance (la fameuse théorie des 3D). Elles sont aussi très critiquées, notamment par les groupes altermondialistes, pour leurs conséquences sociales et économiques parfois désastreuses (comme avec la crise financière de 2008).

 

Désenclavement :

Les régions enclavées sont des régions mal (ou pas) reliées à l'extérieur, notamment en raison de l'absence d'accès direct à la mer. Le désenclavement consiste donc à les rattacher aux réseaux de communication et par conséquent à les sortir de leur isolement en les rendant plus accessibles. Aujourd'hui, les territoires enclavés (comme la Bolivie ou la Mongolie) sont largement exclus du processus de mondialisation dans la mesure où elles ne peuvent que très difficilement participer aux flux internationaux (rappelons que plus de 80% des échanges s'effectuent par voie maritime).

 

La diaspora libanaise dans le monde (2007)

 

Diaspora :

Dispersion d'une communauté à travers le monde. Leurs membres continuent d'entretenir des liens entre eux et avec leur région d'origine, par la création d'association, le maintien de pratiques traditionnelles (fêtes, alimentation...) et par le développement des échanges avec la région de départ (flux financiers, flux de marchandises...). Les diasporas constituent donc des acteurs importants du processus de mondialisation, tant du point de vue économique que culturel. Les principales sont aujourd'hui les diaporas chinoise (environ 35 millions d'individus) et indienne (20 millions).

 

Division Internationale du Travail (DIT)/Division Internationale des Processus Productifs (DIPP) :

Spécialisation des différents pays de la planète dans un type d'activité économique où chacun dispose d'un avantage comparatif. Schématiquement, les pôles de la Triade se spécialisent ainsi dans les fonctions de commandement, de financement, d'innovation et de production à haute valeur ajoutée (profitant du haut niveau de qualification de leur main d'oeuvre, de la qualité de leurs infrastructures de recherche ou encore de la proximité des grands centres financiers), alors que les pays-ateliers se chargent des activités de production de matières premières et de biens à faible valeur ajoutée (grâce à leurs main-d'oeuvre peu couteuse, leur fiscalité favorable etc.).

La DIPP est une forme d'approfondissement de la DIT dans la mesure où désormais plusieurs pays participent aux différentes étapes de fabrication d'un produit. Les multiples composants sont ensuite assemblés dans un lieu unique avant d'être exportés vers les marchés de consommation.

Les FMN, en dissociant géographiquement leurs activités de direction et de production (ce qui a été rendu possible par l'ouverture progressive des frontières et l'amélioration des moyens de communication/transport), sont à l'origine de la mise en place de cette DIT/DIPP et donc de l'explosion des flux internationaux qui l'accompagne. De leur côté, les Etats cherchent à attirer les IDE en rendant leur territoire plus attractif (développement des infrastructures de transports, amélioration du niveau de qualification de la population, politiques fiscales et salariales avantageuses pour les entreprises...).

La DIT et la DIPP témoignent ainsi de la logique centre/périphérie qui commande à l'organisation de l'espace mondial : très sélectives, elles privilégient certaines régions et en marginalisent d'autres.

 

La DIPP de l'Airbus A380

 

Firme Multinationale (FMN) ou Transnationale (FTN) :

Entreprise dont le siège social est le plus souvent localisé dans son pays d'origine et qui est implantée dans plusieurs pays grâce aux filiales dont elle détient tout ou partie du capital. Les plus grandes de ces entreprises, majoritairement issues des pôles de la Triade, sont des acteurs majeurs de l'économie mondiale, employant des milliers de personnes et réalisant des chiffres d'affaire de plusieurs dizaines de milliards de dollars (en 2013, le groupe Ikéa possédait ainsi 345 magasins dans 42 pays pour un chiffre d'affaire de plus de 10 milliards d'euros!).

Ces firmes transforment l'espace mondial et les sociétés qui y vivent. Tout d'abord, elles participent à la diffusion de modèles de consommation plus ou moins uniformisés et modifient de ce fait les habitudes culturelles des populations (cf Coca-Cola, McDO...). Surtout, par leurs stratégies productives et marchandes, elles sélectionnent les territoires à l'échelle du globe, les mettant à la fois en concurrence et en complémentarité. Acteurs majeurs de la mondialisation, elles participent ainsi largement à la mise en place de la DIT/DIPP et à l'explosion des flux internationaux (IDE, échanges de matières premières et de composants, flux d'information...).

 

le poids des FMN dans l'emploi salarié en France (2010)

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours geo, #vocabulaire, #mondialisation

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