Le projet d'une Europe politique depuis le Congrès de La Haye (2ème partie)

Publié le 20 Janvier 2017

THEME 4 : LES ECHELLES DE GOUVERNEMENT DU MONDE

 

Chap.3 : Le projet d'une Europe politique depuis le Congrès de La Haye (1948)

(suite et fin)

 

 

 

II - 1957-1992 : L'EUROPE COMMUNAUTAIRE

 

  1. Un projet qui favorise une Europe économique : le traité de Rome et la création de la CEE.

 

La relance de l'idée européenne en 1954-1955 :

Au milieu des années 1950, la CECA est donc la seule institution européenne à fonctionner. Pour cette raison, la construction européenne tend à se faire sous l’égide des « marchands » soucieux d’établir un marché commun accélérant les échanges entre les six pays membres. En juin 1955, la conférence de Messine relance les discussions autour de ce projet. En 1956, la crise du canal de Suez sert de révélateur à des Européens encore convaincus de leur puissance ; l’échec du corps expéditionnaire franco-britannique montre la dépendance de ces deux puissances coloniales vis-à-vis des Etats-Unis. Seule une union renforcée pourrait permettre aux Européens de tenir tête au leader du « monde libre ».

Sous l'impulsion des "pères fondateurs" (notamment de Jean Monnet et des ministres belge Paul-Henri Spaak, luxembourgeois Joseph Bech et néerlandais Johan Willem Beyen), deux projets naissent, l'un suivant l'approche sectorielle (Euratom, défendue par Monnet) et l'autre suivant une approche d'intégration globale (le marché commun défendu par le Benelux). La signature du Traité de Rome le 25 mars 1957 par les 6 membres de la CECA donne naissance à la Communauté Economique Européenne (CEE) :

 

Signature du traité de Rome, 25 mars 1957

 

  • La CEE n’a pas le même fonctionnement supranational que la CECA. Le Parlement réuni à Strasbourg est composé de représentants des Parlements nationaux et n’a qu’un rôle consultatif ; le Conseil des ministres, organe exécutif, doit prendre ses décisions à l’unanimité. Ce cadre non contraignant permet aux différents Etats de conserver une marge de manœuvre. Sans réels pouvoirs budgétaires ou monétaires, la CEE se fixe pourtant dès le départ des ambitions réelles : tendre vers une union douanière entre ses membres et mettre en place des politiques communes. Le budget est géré par une troisième institution, la Commission, ne reposant sur aucune légitimité populaire. Pour faire respecter le droit communautaire naissant, une Cour de justice est instituée à Luxembourg. Le 1er janvier 1959, le Marché Commun est officiellement instauré, mais le pas le plus important est franchi le 1er juillet 1968 lorsque les barrières douanières entre les Six sont abolies et qu’un tarif douanier commun est adopté vis-à-vis de l’extérieur. Il s’agit de favoriser le commerce dans un esprit de coopération (système de la préférence communautaire).

 

La mise en oeuvre de politiques communes.

Avec la CEE, les 6 s'orientent vers le libéralisme interne, avec protectionnisme aux frontières de la communauté. Mais il ne s'agit pas que de créer une simple zone de libre-échange et libre circulation pour les hommes, les marchandises et les capitaux : il s'agit aussi de créer un espace de solidarité et de prospérité, nécessitant la mise en place de politiques commune. C'est le cas avec :

  • la création de la Communauté Européenne de l'Energie Atomique (Euratom) en 1958 qui vise à mettre en commun les avancées et la recherche dans le domaine du nucléaire civil.
  • la mise en oeuvre de la Politique Agricole Commune (PAC) à partir de 1962. Le Fonds Européen d'Orientation et de Garantie Agricole (FEOGA), créé en 1966, constitue le principal outil de financement de la PAC et absorbe 90% du budget de la CEE pour protéger les revenus des producteurs et engager une modernisation des structures agricoles.

 

Les principaux contributeurs et bénéficiaires de la PAC (2010)

 

Le projet politique passe au second plan, même s’il demeure dans les objectifs du traité de Rome puisqu’il prévoit une citoyenneté européenne. De même, tout pays candidat à l’entrée dans la CEE doit posséder un régime démocratique.

 

  1. Ralentissement du processus d'intégration européenne : la politique gaullienne des années 60.

 

La France est à l'origine du ralentissement de l'intégration.

Lorsqu'il arrive au pouvoir en 1958, le général de Gaulle accepte le traité de Rome car il comprend que la France a un intérêt économique à appartenir à la CEE. Toutefois, il reste partisan d'une "Europe des Etats" et refuse de transférer des parts de souveraineté à une autorité politique européenne. Pour lui, chaque Etat a son identité propre qu'il ne peut aliéner au profit d'une entité supranationale : il défend donc l’idée d’une « Europe des patries » fondée sur une simple coopération entre des nations souveraines. Les cinq autres membres de la CEE ne partagent pas cette vision : plus ouverts au fédéralisme, ils souhaitent progresser dans l’intégration communautaire et réclament que les décisions du Conseil européen des ministres ne se prennent plus à l’unanimité mais à la majorité pour éviter les blocages. De Gaulle va dés lors chercher à imposer sa vision des choses et va ainsi enrayer le processus d'intégration européenne :

  • Il propose une « Europe européenne » dans le domaine de la défense, en rejetant l'atlantisme. Il propose alors un projet d'union politique, le plan Fouchet en 1961, où par une simple coopération intergouvernementale on se mettrait d'accord sur une politique étrangère commune, indépendante des Etats-Unis. Le plan rejeté par les 5 autres membres favorables à l'atlantisme et à l'Europe fédérale.

  • Pour marquer son désaccord avec le projet fédéraliste, de Gaulle pratique la politique dite de « la chaise vide » (la France arrête de se rendre aux réunions du Conseil de ministres européens) de juin 1965 à janvier 1966, ce qui bloque le fonctionnement de la CEE . Il réussit son coup de pression : en 1966, les Six signent le compromis du Luxembourg, qui permet à la France de conserver un droit de veto au conseil des ministres si elle estime que ses intérêts nationaux sont en danger.

  • Il s'oppose aussi à l'élargissement : par deux fois, en 1963 et 1967, il met son veto à l'entrée du Royaume-Uni dans la CEE (qu'il considère comme le « cheval de Troie des Etats-Unis »).

 

Caricature de Lap dans Le Canard enchaîné, le 9 juillet 1965

 

De Gaulle est aussi le premier à privilégier le couple franco-allemand sur l’intégration européenne, notamment après l'échec du plan Fouchet. Il noue une relation forte avec le chancelier allemand Konrad Adenauer, médiatisée par des rencontres symboliques, comme celle de Reims en 1962 (cathédrale détruite pendant la première guerre mondiale, devenue le symbole des atrocités allemande de la guerre) et surtout par le traité de l'Elysée en 1963 qui prévoit une coopération dans de nombreux domaines (notamment les échanges scolaires et universitaires). La France et l'Allemagne jouent un rôle moteur dans la construction européenne. Depuis 1950, la relation particulière de ces deux grands pays semble être le gage de la stabilité de l'Europe et de l'avancée de la construction européenne

Le départ du général de Gaulle en 1969 permet de relancer la construction européenne.

 

  1. Les approfondissements, les années 70-80.

 

A l'initiative du président français G. Pompidou, le sommet européen de La Haye (décembre 1969) relance la construction européenne selon le triptyque "achèvement, élargissement, approfondissement" :

  • Les élargissements : Depuis 1945, le Royaume-Uni est resté à l’écart du processus de construction européenne. Attirés par le « grand large », les Anglais ont rejeté la CECA et la CEE, hostiles à toute forme de supranationalité. Par provocation autant que pour préserver ses intérêts commerciaux, le Royaume-Uni crée en 1959 l’Association Européenne de Libre-Echange (AELE) qui regroupe une "autre Europe", plus libérale, avec la Suède, la Norvège, la Finlande, l’Autriche, la Suisse et le Portugal. Mais les Anglais ne peuvent ignorer la relative mollesse de leur croissance dans la période des Trente Glorieuses, comparée à celle des Six. Dès 1961, le Premier Ministre conservateur MacMillan propose la candidature britannique assortie de conditions sur l’assouplissement des règles de la PAC et la possibilité de maintenir des liens avec le Commonwealth ; la candidature est réitérée en 1967 par le travailliste Harold Wilson. On sait que les appréhensions gaulliennes bloquent cette adhésion. Le changement présidentiel français de 1969 débloque les négociations. En 1973, après ratification du peuple français, le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark rejoignent la CEE (Europe des neuf). L'élargissement se poursuit également vers la Méditerranée avec la Grèce (1981) puis l'Espagne et le Portugal (1986) (Europe des 12). Pour ces 3 pays, qui sortent de décennies de régime dictatorial, l'entrée dans la CEE est la garantie de l'établissement solide d'un régime démocratique. Par ailleurs, les nouveaux entrants accusent tous un retard économique sur leurs devanciers ; il s’agit de pays encore ruraux, dépendant largement du tourisme pour leur croissance et proposant des salaires inférieurs à ceux des « anciens ». Pour la première fois depuis les débuts de la construction européenne, le Marché Commun doit gérer de fortes disparités économiques et les nouveaux venus absorbent une grande partie des aides régionales dans le cadre du Fond Européen de développement Régional (FEDER).

 

La CEE en 1986

 

  • Les approfondissements économiques : dans un contexte de crise économique (chocs pétroliers de 73-74 puis de 1979) les membres de la CEE renforcent leur union à travers l'approfondissement des politiques économiques communes. Dès mars 1972, les 6 pays fondateurs avaient réagi à la décision prise par Nixon l’année précédente de suspendre la convertibilité-or du dollar ; le « serpent monétaire » est créé pour stabiliser les monnaies européennes et éviter de trop grandes fluctuations des taux de change. En 1979, le système est modifié par la création du Système Monétaire Européen (SME) qui instaure une monnaie européenne, l’ECU (European Currency Unit), qui n’est pas en circulation mais a un cours légal duquel les monnaies européennes ne doivent pas s’éloigner de plus de 2,25%. Un attribut essentiel de la souveraineté nationale est ici remis en cause : la possibilité pour un Etat de fixer librement la valeur de sa monnaie. La PAC est également renforcée avec l'adoption d'un budget en 1979, tout comme le marché commun (dans le sens d'une union économique et monétaire).

 

Sur le plan de l’intégration politique, peu de progrès ont été effectués depuis 1957. En 1974, la création du Conseil européen constitue toutefois une avancée importante par l'amélioration du fonctionnement institutionnel qui va dans le sens de la coopération intergouvermentale Il remplace les sommets européens et s'avère être l'instance majeure de la Communauté, notamment grâce aux réunions régulières des chefs d'Etats et de gouvernements (4 fois par an). Ce Conseil décide de fournir une légitimité populaire à une autre institution européenne, le Parlement Européen, qui est élu au suffrage universel pour la première fois en 1979. Jusque là, l'Europe s'était faite sans consulter les peuples et cette réforme du parlement va dans le sens d'un approfondissement de l'Europe politique. Toutefois, les pouvoirs du Parlement sont encore très limités et le taux de participation à ces élections n’excède pas les 60%, signe du peu d’intérêt porté par les populations aux institutions européennes.

 

Le parlement européen de Bruxelles, surnommé le "caprice des dieux" dans la capitale belge!

 

Mais la crise économique des années 1980 rendent les projets politiques plus difficiles. En 1984 par exemple, sous l'impulsion de l'italien Altiero Spinelli, le Parlement européen vote une constitution européenne prévoyant la création d'une Union politique à finalité fédérale, mais elle est rejetée par les Parlements nationaux. Les Britanniques de leur côté souhaitent profiter du contexte pour renégocier leur participation à la CEE (diminution de leur contribution au budget, réforme de la PAC et diminution des subventions agricoles). Le Premier Ministre britannique, Margaret Thatcher réclame une équivalence entre la contribution de chaque pays au budget et le montant des aides dont il peut bénéficier dans le cadre de la CEE (« I want my money back » devient le leitmotiv de la « dame de fer »). La solidarité du Marché Commun est remise en cause par cette attitude.

Néanmoins, en 1986, sous l'impulsion de Jacques Delors (président de la Commission européenne) et du couple franco-allemand (Mitterrand/Kohl), l'Europe s'approfondit avec la signature de l’Acte Unique européen. Il prévoit la disparition des frontières physiques et instaure un Espace économique européen de 400 millions d’habitants/consommateurs au sein duquel les biens, les services et les travailleurs circulent librement. Cet achèvement du marché intérieur est fixé pour 1993. Il est aussi prévu d'étendre le vote à la majorité qualifiée et d'augmenter les compétences de la Commission et du Parlement européens.

 

Caricature de Plantu à l'occasion du Conseil européen de Copenhague de 1987 (le Monde)

 

Dans les années 1970-80, l'Europe s'élargit, mais, malgré la volonté de la Commission et du Parlement européen, elle peine à aller vers une entité plus fédérale et plus politique. Malgré tout, des décisions sont prises qui améliorent le fonctionnement des institutions et renforcent l'union économique et la coopération politique.

 

 

III - 1992-2016 : VERS L'ÉLARGISSEMENT ET L'APPROFONDISSEMENT DE L'INTÉGRATION ?

 

  1. L'union européenne : une union politique ?

 

Le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992, transforme la CEE en Union Européenne. Jacques Delors est l'artisan de ce traité qui met en place les bases d'une union politique, approfondit l'union économique et vise globalement à renforcer la puissance de l'Union. Le traité est soumis aux populations européennes par référendum (ce qui marque une réelle avancée démocratique) : sur les 12 pays membres, seul le Danemark rejette le traité; on procède alors à un 2e référendum où le « oui » l'emportent. En France, le référendum de septembre 1992 voit une courte victoire du « oui » (51,05%).

Le traité de Maastricht correspond à une étape majeur de l'approfondissement de la construction européenne :

  • Sur le plan économique : Il prévoit la réalisation d'une Union Economique et Monétaire (UEM) avec comme objectif pour 1999 la mise en place d'une monnaie unique gérée par la Banque Centrale Européenne (BCE), l'Euro. Pour ce faire, il fixe des critères de convergence : déficit public limité à 3% du PIB, endettement de l’Etat limité à 60%... Le Pacte de stabilité et de croissance est adopté contraignant les politiques économiques des différents Etats-membres. Ayant un cours officiel depuis 1999, l’euro entre en circulation en janvier 2002 et constitue un élément fondamental d’une identité européenne en construction. En 1995, les accords de Schengen entrent en application, supprimant les contrôles aux frontières entre les États membres.

 

Les principales institutions européennes

 

  • Sur la plan politique, le traité amène à la création d'une citoyenneté européenne : les citoyens européens disposent de droits comme le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales et européennes pour les résidents d'un Etat membre étranger, le droit de circuler, de séjourner, de travailler et d'étudier partout dans l'UE... Au niveau institutionnel, le Parlement gagne en pouvoirs et au conseil européen, le vote à la majorité qualifiée s'étend à de nouveaux domaines (immigration et asile, énergie espace...); les secteurs clé restent malgré tout soumis au vote à l'unanimité (affaires étrangères, défense, fiscalité, sécurité sociale).. Le traité institue enfin aussi des symboles comme le drapeau à 12 étoiles, l'hymne...

 

Le traité de Maastricht semble orienter l'Europe vers l'union politique, même si le système intergouvermental perdure. Après Maastricht, l'Europe politique piétine. En 2005, le projet de Constitution européenne qui permettrait d'aller plus loin dans l'intégration n'est pas ratifié par les parlements français et néerlandais. Néanmoins, en 2007, pour faire avancer l'Europe et sortir de l'impasse du « non » à la Constitution, les pays membres signent le traité de Lisbonne, qui reprend des éléments du projet de constitution. Ce traité renforce le rôle des parlements nationaux et européens et crée un droit d'initiative : les citoyens peuvent présenter des propositions législatives à la Commission.

 

  • Sur le plan diplomatique : Incapable de gérer le conflit en ex-Yougoslavie (1991-94), le traité prévoit la mise en place d'une politique étrangère commune : la Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC). Ce sont toutefois les Etats qui décident et non une structure politique proprement européenne, ce qui limite l'action et l'efficacité. Un haut représentant à la PESC, qui représente diplomatiquement l’UE, est nommé en 1999. La décision est aussi prise de créer une armée européenne, mais très réduite : l'Eurocorps (5 pays membres et jusqu'à 60 000 soldats), qui rencontre de nombreuses réticences.

 

Soldats de l'Eurocorps défilant sur les Champs-Elysées le 14 juillet 2003

 

  • Une coopération policière et judiciaire est également mise en place, pour répondre aux problèmes posés par la libre circulation des personnes. Cette coopération débouche notamment sur la création de l'agence Frontex en 2004 qui assure la sécurité des frontières extérieures de l'Union.

 

  1. L'UE et la question des élargissements.

 

La fin de la Guerre Froide permet de relancer le processus d’élargissement vers l'est. En 1990, la réunification allemande amène l'ex-RDA dans le giron de l'Europe. L'organisation européenne s'élargit en 1995 à d'anciens pays neutres en 1995 : Suède, Finlande, Autriche. L'effondrement du bloc soviétique en 1991 laisse les pays d'Europe de l'Est libres et indépendants. Ils se tournent majoritairement vers l'Ouest et souhaitent intégrer la communauté européenne. L'entrée des pays dits PECO (Pays Ex-COmmuniste et/ou Pays d'Europe Centrale et Orientale) se fait alors en 3 temps : en 2004 tout d'abord, avec 10 nouveaux pays (Lettonie, Lituanie, Estonie, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Pologne, Slovénie, Malte, Chypre), en 2007 avec la Bulgarie et la Roumanie et enfin en 2013 avec la Croatie. Face à cette demande massive d'intégration de pays issus du communisme, les responsables européens ont jugé nécessaire de fixer en 1993 des critères d'adhésion (dits « critères de Copenhague ») : être une démocratie respectueuse des droits de l'homme, avoir une économie de marché et avoir atteint un certain développement économique, respecter les critères de convergence (avoir moins de 3% de déficit du PIB...), rentrer dans le pacte de stabilité et de croissance, intégrer l’acquis communautaire (ensemble des lois et directives européennes rendues compatibles avec la législation nationale) et enfin adhérer au projet européen.

Depuis les années 1990, l'UE est ainsi passée de 12 à 28 Etats membres. Les principaux enjeux liés à ces élargissements sont ainsi :

  • Assurer la paix à l'intérieur du continent européen par l'établissement de régimes démocratiques (pour des pays qui sortent d'une longue période de dictature) et la multiplication des solidarités économiques.

  • Assurer le développement économique des nouveaux entrants (pour des pays au niveau de développement inférieur à ceux des Etats de l'ouest du continent et qui ont connu une profonde crise économique et sociale après 1989), tout en profitant de l'ouverture de nouveaux marchés.

  • Sur le plan géopolitique, il s'agit de détourner les PECO de la sphère d'influence russe (et aussi américaine dans une certaine mesure). On a ainsi fait entrer des pays qui n'avait pas rempli les critères de Copenhague, comme notamment la Bulgarie et la Roumanie.

Avec ces élargissements, le centre de gravité de l'UE s'est déplacé vers l'Allemagne et l'Est du continent.

 

La construction européenne de 1957 à 2014 : élargissements et pays candidats

 

L'élargissement de l'Union n'est toutefois pas encore achevé. Les candidats retenus sont la Macédoine, le Monténégro, la Serbie, l'Albanie, l'Islande et la Turquie. L'adhésion de cette dernière constitue d'ailleurs une question ancienne et toujours repoussée ( la Turquie a présenté sa demande d’association à la CEE dés 1959!). Malgré les progrès sur le plan politique et démocratique (abolition peine de mort, amélioration du sort de la minorité kurde), le refus de reconnaître le génocide arménien (1915) et l'Islam majoritaire posent toujours problème pour obtenir l'entrée dans l'UE. Pourtant, d'un point de vue économique et géopolitique, l'intégration de la Turquie présente de nombreux avantages : poids démographique, ouverture au monde musulman, garantie de stabilité de ce pays voisin du Moyen-Orient chaotique, ouverture sur les routes des hydrocarbures qui traversent le pays....

 

  1. Une construction européenne en panne?

 

60 ans après les débuts de la construction européenne, on peut affirmer que celle-ci a réussi à réconcilier la France et l'Allemagne, à pacifier le continent et à garantir la pérennité de la démocratie. En cela, elle est une réussite. Mais L’Union Européenne reste aujourd’hui confrontée à des nombreux défis politiques et économiques :

L'augmentation du risque de paralysie : comment se mettre d'accord à 28, notamment quand il faut prendre des décisions dans des domaines où le vote à l'unanimité prévaut ? L'élargissement a ainsi rendu nécessaire d'adapter les institutions européennes, en particulier en élargissant le vote à la majorité qualifiée.

 

Des défis politiques :

  • Les risques d'indépendance d’une région : S’ils prévoient la possibilité pour un pays de se retirer de l’Union, les traités en revanche ne prévoient rien dans le cas où une région se sépare d’un pays membre de l’Union. Le Comité des régions s’est penché sur la question et a rendu, en avril 2013, un avis consultatif dans lequel il suggère que, dans le cas hypothétique où une région obtiendrait son indépendance et souhaiterait rester dans l’UE, le nouveau pays ainsi créé devrait présenter sa candidature pour devenir membre de l’Union, à l’instar de tout autre État. La question pourrait un jour se poser pour l’Écosse (au Royaume-Uni), la Catalogne (en Espagne) ou encore la Flandre (en Belgique).

  • L’absence de sentiment d’appartenance de la part des citoyens. Alors que les citoyens sont de plus en plus concernés par les décisions européennes, que le Parlement est la seule institution élue directement par les peuples et que son pouvoir ne cesse de se renforcer, la participation électorale est de plus en plus faible : seuls 43% des électeurs de l’Union se sont rendus aux urnes pour les élections européennes de 2014 contre 62% en 1979. Ces élections se perdent souvent dans des débats de politique intérieure, les scrutins européens étant alors perçus comme une occasion d’évaluer le rapport de force politique entre deux élections nationales. À l’exception des débats sur la ratification des traités, l’Europe est souvent perçue comme un sujet lointain et ennuyeux. L'euroscepticisme (terme apparu dans les années 80 signifiant une attitude de méfiance envers l'efficacité de la construction) semble croissant, notamment en raison de la crise économique et des discours de nombreux représentants politiques nationaux ou locaux qui font de l'UE la responsable de tous les problèmes que connaissent les populations (comme avec le Front National qui ne cesse de critiquer et d'accuser l'UE). Ce manque de sentiment d'appartenance est renforcé par le déficit démocratique de certaines institutions comme la Commission Européenne dont les membres sont désignés et non pas élus par les citoyens.

 

L'euroscepticisme dans les Etats membres (2014)

 

  • Le cataclysme du « Brexit » : la sortie du Royaume-Uni de l'UE est un coup sévère porté au projet européen dans la mesure où ce départ a toute les chances d'en déclencher d'autres (et aussi parce que la City de Londres est la 1ère place financière européenne). D'ailleurs, on assiste aujourd'hui à une montée en puissance des partis anti-européen au sein des Etats membres, comme en France avec le Front National ou en Autriche avec le Parti de la Liberté. Ces partis, qui s'appuient sur l'euroscepticisme d'une partie de la population, prônent en conséquence un retour au protectionnisme, un abandon de l'Euro et plus largement un retour à une "Europe des Etats" qui retrouveraient dés lors leur entière souveraineté.

  • La difficile intégration politique. L'Europe construite est une Europe où prédomine la coopération intergouvernementale. En ce qui concerne les affaires étrangères, la fiscalité ou la sécurité sociale, les Etats conservent leur souveraineté. Les "Etats-Unis d'Europe" restent donc en grande partie à construire. En outre, si les traités d'Amsterdam (1997) et de Nice (2000) ont étendu le vote à la majorité qualifiée au sein des institutions européennes, les blocages restent nombreux dans une Union à 28, d'autant plus que les intérêts des Etats membres sont parfois divergents, comme on peut le remarquer en ce qui concerne la politique extérieure.

  • Le manque de représentativité et de visibilité de l'UE dans la politique extérieure. La guerre en Irak en 2003 a révélé la faiblesse diplomatique de l'Union ainsi que ses clivages internes : le Royaume-Uni a soutenu les Etats-Unis alors que la France et l'Allemagne s'opposèrent à l'intervention. Face cette absence de position commune, le traité de Lisbonne (2007) a cherché une remédiation avec la création d'un président du Conseil européen élu pour deux an et demi (le belge Herman Von Rompuy tout d’abord et depuis 2014 le polonais Donald Tusk) et d'un haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (la britannique Catherine Ashton de 2009 à 2014, et depuis Frederica Mogherini). La crise syrienne a de nouveau montrer la faible influence diplomatique de l'UE : une fois encore, aucune position commune n'a pu être adoptée et l'UE a laissé les mains libres à la Russie de Vladimir Poutine pour trouver une solution au conflit.

 

Des défis économiques et sociaux :

  • L'Union fonctionne à géométrie variable. Seuls 19 États membres ont adopté l'euro comme monnaie commune et seuls 22 font partie de l'espace Schengen. L'intégration économique est donc encore loin d'être achevée.

 

La "géométrie variable" de l'UE

 

  • L'union européenne fait face aux défis de la mondialisation. L'UE s'est affirmée comme un des principaux pôles de richesses et de commerce de la planète. Les échanges avec le reste du monde sont dynamiques et les barrières tarifaires et non tarifaires n'ont cessé de baisser vis-à-vis du reste du monde dans le cadre des négociations multilatérales où l'Union européenne représente l'ensemble des États de l'Union. Malgré tout, certaines régions du continent souffrent des effets de la désindustrialisation et de la concurrence étrangère. La crise de 2008 a ainsi témoigné à la fois de l'hétérogénéité des situations économiques au sein de l'UE (la Grèce et les pays méditerranéens ayant été les plus touchés) et de la fragilité du principe de solidarité, comme on a pu le constater avec les tensions entre l'Allemagne et la Grèce.

  • Construire une « Europe des travailleurs ». Si économiquement l'UE est un succès, les citoyens européens attendent une Union davantage sociale, qui fixerait un certain nombre de droits et harmoniserait la fiscalité ou les systèmes de protection sociale. L’euro censé apporté une solution au chômage est une monnaie qui s’est imposée au niveau international mais n’a pas entraîné un retour soutenu de la croissance. Les mouvements eurosceptiques se nourrissent largement de cette réalité et proposent "moins d'Europe" là où il en faudrait davantage!

 

Les partis anti-européens dans les Etats membres (2014)

 

Ainsi, le projet d’Europe politique a pris la forme d’une Union qui, pour être imparfaite, n’en reste pas moins une construction politique unique au monde, dont le poids dans la mondialisation reste important.

 

CONCLUSION

 

L’intégration européenne jusqu’aux années 1980 est essentiellement économique. Sa lente mise en place s’explique par le contexte international : un monde bipolaire dans lequel aucune place n’est faite pour un troisième pôle. Elle s’explique également par la volonté des Etats européens de maintenir coûte que coûte leur souveraineté et donc de rejeter le modèle fédéral. Ainsi, l’Europe occidentale, exsangue en 1945, est prospère depuis le milieu des années 1960 mais reste peu audible politiquement et diplomatiquement face aux deux Grands. Depuis 1989, l’UE s’est réunifiée politiquement et géographiquement. L’UE est devenue une construction plus ambitieuse mais elle est toujours en quête d’unité et de légitimité accrue en son sein et à l’extérieur face aux Etats-Unis, à la Russie et aux puissances émergentes.

Si la crise économique de 2008 a montré les limites de la solidarité entre les Etats membres, la crise syrienne a quant à elle cruellement révélé les limites politiques de l'UE. Celle-ci s'est montrée à la fois incapable de définir une politique commune concernant l'accueil des migrants  et inexistante sur le plan militaire et diplomatique.

 

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

Repost 0
Commenter cet article