Pérou : le nouveau "dragon" d'Amérique latine? (Carto magazine)

Publié le 12 Mars 2017

L'excellent magazine Carto a mis en ligne sur le site "Aerion24news" un article et une carte consacrés au Pérou. L'auteur y met en évidence les fondements et les limites du dynamisme économique de ce "dragon" andin qui, depuis les années 1980, a choisi la voie de la mondialisation libérale pour assurer son développement.

Bonne lecture.

 

"Richesses naturelles et enjeux économiques du Pérou", par Laura Margueritte, in Carto n°37, 2014

 

"Le Pérou est-il le nouveau « dragon » latino-américain ? Le pays est devenu un pôle de stabilité qui tranche avec les géants de la région, comme le Brésil et le Venezuela, touchés par des crises politiques et économiques majeures. Il bénéficie en effet d’une croissance annuelle de 5,5 à 3,3 % entre 2002 et 2015, selon la Banque mondiale. Elle repose sur les industries halieutique et touristique, mais surtout sur l’extraction minière : le Pérou était le troisième producteur mondial de cuivre et le septième d’or en 2015. Ce secteur, dominé par des compagnies internationales, représente 15 % du PIB et 60 % des exportations.

À partir de 1980, le pays, soumis à une inflation de 2 000 %, prend la voie de la dérégulation et des privatisations massives sous la présidence d’Alberto Fujimori, fils d’immigrés japonais. Un chemin repris par ses successeurs, Alan -García (2006-2011) et Ollanta Humala (2011-2016). Ce dernier, ancien militaire connu pour être à l’origine d’un putsch raté contre Fujimori en octobre 2000, a d’abord suscité les espoirs de la gauche en incarnant l’un des leaders du mouvement « ethnocacériste », défendant la reconquête du pouvoir par les populations non blanches. Si la baisse du taux de pauvreté, passé de 54,8 % en 2001 à 22,7 % en 2014, selon les Nations unies, s’est poursuivie sous son mandat, il a rapidement renoncé à ses projets de nationalisation en concentrant les efforts pour favoriser l’économie de marché.

 

Evolution du PIB du Pérou 2002-2010

 

Les deux finalistes de l’élection présidentielle de juin 2016 ont revendiqué une continuité avec cette politique économique libérale, tout en s’opposant sur l’héritage politique d’Alberto Fujimori. Pedro Pablo Kuczynski, issu des milieux d’affaires américains, a réussi à réunir autour de sa candidature les opposants à la famille Fujimori, y compris la représentante de gauche, Verónika Mendoza, du Frente Amplio. Car, au Pérou, le nom de Fujimori renvoie pour beaucoup à l’autogolpe, coup d’État mené par le président contre le Parlement en 1992, et aux exactions commises par les militaires sous son régime ainsi qu’aux pratiques de corruption, qui lui ont valu d’être destitué en 2000 et d’être condamné à vingt-cinq ans de prison en 2009. (...)

Pedro Pablo Kuczynski aura à gérer les importants conflits sociaux qui ont émergé à la suite du soutien étatique à l’activité des compagnies minières internationales. À la différence des voisins bolivien et équatorien, il n’existe pas de mouvement indigène de premier plan au Pérou, alors que 30 à 45 % de la population s’identifie comme descendant des Précolombiens. Mais les groupes d’opposition unissant habitants, ONG de protection de l’environnement et syndicats de gauche se sont renforcés sous Ollanta -Humala contre l’expropriation de zones minières, notamment dans le cadre du projet de la plus grande mine d’or du sous-continent, à Conga, en 2011-2012, finalement abandonné. Durant son mandat, la répression policière a entraîné la mort d’au moins 70 manifestants.

 

Enfant vendeur de rue au Pérou

 

La stabilité actuelle pourrait n’être que temporaire. L’État subit la baisse des prix des matières premières. Le cours du cuivre a ainsi chuté de près de 50 % entre le printemps 2012 et l’été 2016, menaçant la bonne santé économique du pays. Le Pérou, premier producteur mondial de cocaïne, doit également faire face au narcotrafic, une industrie évaluée à 1,5 % du PIB. Plus récemment, la recrudescence d’attaques de groupes armés se réclamant du Sentier lumineux remet en question la mort de la guérilla.

Le pays est aussi confronté à la persistance de l’économie informelle, qui emploie environ 70 % des travailleurs péruviens, vue comme une limitation de la souveraineté de l’État. L’encadrement des « mineurs informels », qui dominent les petites et moyennes exploitations, apparaît ainsi comme l’un des enjeux majeurs de la « révolution sociale » promise par Pedro Pablo -Kuczynski."

 

Source : http://areion24.news/2017/02/21/perou-nouveau-dragon-damerique-latine/

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #Amérique

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