Corrigé : Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne des lendemains de la Seconde Guerre mondiale à nos jours (sujet n°2 bac 2017 ES-L)

Publié le 21 Juin 2017

Voici une proposition de corrigé pour le deuxième sujet de composition d'histoire (série ES-L) portant sur l'Allemagne.

Bonnes vacances à tous!

 


 

I – L’évolution divergente des mouvements de gauche dans deux Allemagne antagonistes (1945 – début des années 1970)


 

1. L’Allemagne et les mouvements ouvriers divisés par la Guerre Froide (1945 – 1949)


 

- Conférences de Yalta et de Potsdam (février et août 1945) : création des 4 zones d’occupation en Allemagne et à Berlin

- Renaissance du SPD et du KPD dans toutes les zones d’occupation (1945)

- Fusion forcée entre le SPD et le KPD dans la zone soviétique : naissance de la SED (Parti Socialiste Unifié d’Allemagne) en avril 1946

- 1ère crise de Berlin (juin 1948- mai 1949)

- Division de l’Allemagne : naissance de la RFA à l’ouest (mai 1949) et de la RDA à l’est (octobre 1949)


 

2. Le communisme d’État en RDA : la dictature de la SED


 

- La RDA se transforme en une "Démocratie Populaire" dont le fonctionnement politique est calqué sur celui de l'URSS : la SED devient le parti unique et son secrétaire général le dirigeant du pays (Walter Ulbricht jusqu'en 1971 puis Erich Honecker).

- La SED met en place une « société socialiste » : suppression de la propriété privée, nationalisation des industries, des banques, des assurances, planification de l'économie...

- Le pouvoir cherche aussi à encadrer totalement la population, en particulier les ouvriers : création d’un syndicat unique (la FDGB, contrôlée par la SED), interdiction de la grève (1961), création de la "Jeunesse Libre Allemande" pour les 14-25 ans (Freie Deutsche Jugend), mise en place d’institutions sociales et culturelles (crèches, soins médicaux gratuits, centres de vacances, bibliothèques...).

- La propagande, la censure et la surveillance (notamment par la Stasi qui emploie plus de 90 000 personnes sans compter les informateurs) sont omniprésentes afin de compléter l’encadrement et l’endoctrinement de la population.

- Dans ce contexte, la contestation prend de multiples formes, de la fuite vers l'ouest aux grèves et aux insurrections (comme en juin 1953 où le mouvement de contestation ouvrier est violemment réprimé par l’Armée Rouge)


 

3. Le mouvement ouvrier en RFA : une opposition croissante au communisme pendant la Guerre Froide.


 

- Dans le contexte de Guerre Froide, le KPD perd rapidement son influence. Il est interdit en 1956 puis de nouveau autorisé en 1968 mais ne constitue plus qu'une force politique très réduite.

- Battu lors des élections au Bundestag de 1949 par la CDU (Konrad Adenauer devient chancelier jusqu'en 1963), le SPD devient officiellement un parti réformiste lors du congrès de Bad Godesberg en 1959 ; il reconnaît ainsi que l'optique révolutionnaire est inadaptée aux réalités de la société allemande et renonce dés lors à toute référence marxiste dans son programme.

- En 1960, le SPD accepte l'intégration de la RFA à l'ouest et adhère à l'économie de marché et à la propriété privée. Ce consensus autour de l'économie sociale de marché tient bien évidemment à l'influence des États-Unis et aux contexte particulier de la Guerre Froide (l'Allemagne étant au cœur de celle-ci) mais surtout à la réussite économique du pays (le fameux « miracle allemand » des 30 Glorieuses).

- Le syndicalisme ouest-allemand est puissant. Le DGB (confédération allemande des syndicats créée en 1949) dispose d'importants moyens financiers et compte près de 7 millions de membres en 1970. Résolument réformiste, il défend l'idée d'une cogestion qui accorde aux salariés un droit de regard sur les décisions de l'entreprise (en leur accordant par exemple des sièges dans les conseils d'administration) et en favorisant la conciliation. Ce système est institué par la loi d'octobre 1952.


 

II – Des mouvements de gauche puissants et influents mais de plus en plus contestés (début des années 1970 – 1990)


 

1. Le SPD en RFA : de l'arrivée au pouvoir à "l’usure du pouvoir".


 

- le SPD est au pouvoir pendant les années 1970 : Willy Brandt est chancelier de 1969 à 1974 ; Helmut Schmidt lui succède jusqu’en 1982.

- D'importantes réformes sont entreprises dans l'esprit de la sociale démocratie : extension de la cogestion et des droits des travailleurs dans les entreprises, renforcement des aides publiques et de la protection sociale, libéralisation des mœurs (droit de vote abaissé à 18 ans en 1972, loi sur l'avortement en 1974)...

- Pendant la période de crise économique (1973-1982), H. Schmidt cherche à combattre les effets de la crise tout en préservant les acquis sociaux.

- En terme de politique internationale, Willy Brandt initie le rapprochement avec la RDA (Ostpolitik) qui débouche sur la signature du « traité fondamental de reconnaissance mutuelle » entre la RFA et la RDA en décembre 1972. La RDA intègre alors l'ONU et la RFA n'est plus la seule représentante de l'Allemagne au niveau international.

- Toutefois le SPD doit affronter la montée de différentes formes de contestation : menace terroriste de la Fraction Armée Rouge (RAF) dont l’objectif est de détruire le système capitaliste du pays (cf enlèvement et assassinat de Hanns-Martin Schleyer, président du patronat, en 1977) ; apparition du parti écologiste « Die Grünen » au milieu des années 1970 (il entre au gouvernement dés 1979).

- Vieillissant, le SPD perd le pouvoir en 1982 au profit d'une coalition formée entre la CDU et les libéraux (Helmut Kohl devient chancelier)


 

2. Crise et contestations en RDA : vers la fin de la SED.


 

- La réalité de la société est-allemande est loin de l'idéal défini par le parti. Les inégalités se développent : les ouvriers sont obligés de se ravitailler dans les magasins d’États (mal et peu achalandés) alors que les cadres du parti bénéficient de nombreux avantages (scolarisation, accès aux biens de consommation occidentaux...).

- Le niveau de vie, bien qu'en augmentation dans les années 1970 et au-dessus de celui des autres Démocraties Populaires, reste largement inférieur à celui de la RFA. A partir des années 1980, le pays s'enfonce dans la crise économique.

- A partir de 1986, la "perestroïka" de M. Gorbatchev (à laquelle le gouvernement de la RDA s'oppose) alimente l'opposition de l’Église, des intellectuels et des ouvriers.

- Dans ce contexte, la contestation contre le régime prend de l’ampleur, comme on peut le voir avec les « manifestations du lundi » à Leipzig (entre octobre et novembre 1989) qui réunissent des milliers de personnes réclamant liberté et démocratie.

- Les manifestations pacifiques se diffusent dans toute l'Allemagne jusqu'au 9 novembre et la chute du mur.


 

III – La gauche allemande depuis la réunification (1990 – aujourd’hui)


 

1. La réunification (3 octobre 1990) bouleverse la vie politique et la gauche allemande

 

- En RDA, dés la chute du mur, des élections libres sont organisées. La SED perd son statu de parti unique et devient le PDS (parti du socialisme démocratique). Le syndicat unique, la FDGB, s'auto-dissout.

- Le SPD (et le syndicat DGB) et les autres partis ouest-allemand (CDU...) s'implantent dans l'ex-RDA.

-L'Allemagne est réunifiée le 3 octobre 1990 (Berlin redevient la capitale). Lors des premières élections régionales dans les nouveaux Länder de l'est, la CDU s'impose. Helmut Khol devient le 1er chancelier de l'Allemagne réunifiée suite aux élections législatives de décembre 1990


 

2. L’échec de la "3ème voie" de Gerhardt Schröder.


 

- Le SPD ne revient au pouvoir qu'en 1998 avec Gerhardt Schröder dans le cadre d'une coalition avec les Verts (die Grünen).

- Les réformes libérales menées dans le cadre de « l'agenda 2010 » par G. Schröder (libéralisation du marché du travail - réforme Hartz - , réforme des retraites, diminution des dépenses de l’État...) suscitent de fortes oppositions au sein du SPD, de la part des syndicats et entraînent d’importants mouvements sociaux.

- Schröder quitte la chancellerie en 2005 mais le SPD reste au pouvoir au sein d’une grande coalition menée par Angela Merkel (CDU)

- Le SPD réaffirme ses positions centristes (libérales) mais cette stratégie mène le parti à un défaite électorale historique en 2009 (il perd plus d'un tiers de ses élus).


 

3. Le renouveau du paysage politique et syndicale allemand.


 

- Un nouveau parti, die Linke ("la gauche"), composé des déçus du SPD, du PDS et des communistes de l'ex-RDA, voit le jour en 2007. Il développe un discours anti-libéral.

- Par ailleurs, même si le niveau de syndicalisation est en baisse dans les années 1990, il reste supérieur à celui des pays voisins (environ 30% de taux de syndicalisation contre 9% en France) et de nombreuses grèves sont menés entre 2005 et 2009.

- Depuis les élections de 2013, le SPD participe à nouveau à une grande coalition avec la CDU/CSU d'Angela Merkel et obtient des portefeuilles ministériels ainsi que l'introduction d'une salaire minimum en Allemagne.

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #Corrigé, #cours histoire

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