Le traité de l’Élysée à 55 ans! (touteleurope.eu - vidéo INA)

Publié le 25 Janvier 2018

A l'occasion des 55ème anniversaire du traité de l’Élysée signé entre la France et l'Allemagne (22 janvier 1963), nous vous proposons quelques articles pour mieux comprendre cette étape marquante de la construction européenne.

Bonne lecture.

 

Signature du traité de l’Élysée le 22 janvier 1963 par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle

 

 

QU'EST-CE QUE LE TRAITÉ DE L'ELYSÉE ?

 

« Le 22 janvier 1963 le général de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer signent le traité de l'Elysée. Après le conflit meurtrier de la Seconde Guerre mondiale, cet événement marque la réconciliation entre les deux pays et consolide le rôle moteur du couple franco-allemand dans la construction européenne.

 

Pourquoi un traité entre la France et l'Allemagne ?

Le retour au pouvoir de Charles de Gaulle en mai 1958 inquiète la République fédérale d'Allemagne (RFA). Fervent défenseur de l'indépendance nationale, le général s'était prononcé contre la Communauté européenne du charbon et de l'acier et contre la Communauté européenne de défense. Les 14 et 15 juillet 1958, il accueille cependant Konrad Adenauer à son domicile de la Boisserie, à Colombey-les-Deux-Eglises. Une rencontre qui lui permet de rassurer le chancelier allemand quant à ses intentions de respecter les traités européens signés par la France.

L'un et l'autre partagent, par ailleurs, une même vision d'ensemble de la construction européenne : une union politique des Six avec une coopération en matière d'économie, de défense, de politique étrangère et de culture. Celle-ci permettrait aux Européens de l'Ouest de gagner en indépendance vis-à-vis des Etats-Unis et de peser pour obtenir une révision de l'Alliance atlantique. Toutefois, ils se distinguent dans la vive opposition du premier à une organisation fédéraliste de l'Europe, et le refus du second d'entrer en conflit avec son allié américain.

D'autres visites vont suivre, la plus marquante étant celle du 2 au 8 juillet 1962 en France. Celle-ci permet d'approfondir la relation entre les deux dirigeants et se conclut par une messe symbolique à la cathédrale de Reims. A la fin du séjour, alors que le plan Fouchet a été refusé par les Six malgré le soutien de la RFA, le général de Gaulle propose un rapprochement franco-allemand reprenant largement cet accord, que le chancelier accepte. S'ensuit un important voyage du président français en Allemagne du 4 au 9 septembre 1962.

Le chancelier Adenauer et le général de Gaulle cherchent alors à graver dans le marbre la réconciliation franco-allemande et instaurer une amitié durable entre les deux peuples. Par ailleurs, la France souhaite éloigner la RFA des Etats-Unis et du Royaume-Uni, afin d'asseoir la politique française en Europe. Du côté allemand, l'un des objectifs est au contraire d'approfondir l'intégration atlantique en servant d'intermédiaire entre Français et Américains. Par ailleurs, le chancelier veut aussi pousser les Etats-Unis à réassurer la défense de l'Europe, particulièrement dans le domaine nucléaire.

Malgré les différends qui peuvent apparaître entre Bonn et Paris sur les questions de politique étrangère, Konrad Adenauer propose à Charles de Gaulle, le 16 janvier 1963, de signer un traité franco-allemand. Ce qui sera fait 6 jours plus tard.

 

De Gaulle et Adenauer

 

Que contient le traité de l'Elysée ?

Le traité de l'Elysée est signé le 22 janvier 1963 au palais de l'Elysée par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Cet accord organise les relations interétatiques afin d'approfondir la coopération entre la France et l'Allemagne. C'est en particulier la défense, les affaires étrangères, l'éducation et la jeunesse qui sont visés.

D'un point de vue institutionnel, le traité dispose que les deux chefs de l'Etat et de gouvernement se rencontrent au moins deux fois par an. Les ministres des Affaires étrangères doivent se réunir au moins trois fois par an, tandis que leurs hauts fonctionnaires doivent organiser des réunions mensuelles, alternativement à Bonn et à Paris. Des rencontres doivent avoir lieu en matière de défense, d'éducation et de jeunesse, avec notamment la présence des ministres compétents. Enfin, une commission interministérielle est créée dans chaque pays afin de suivre les différentes coopérations.

Les deux Etats doivent se consulter sur les questions de politique étrangère, dans le but de parvenir à des positions communes. Les deux pays annoncent aussi vouloir coopérer sur les questions d'aide au développement, avec une coordination des politiques et la mise en place d'initiatives communes.

Dans le domaine de la défense, le traité cherche un rapprochement stratégique et tactique au travers du développement de conceptions communes. Par ailleurs, des échanges de personnel militaire et l'élaboration de projets d'armement doivent être mis en place.

Concernant l'éducation et à la jeunesse, le traité pousse les deux pays à prendre des mesures pour favoriser l'apprentissage de l'allemand et du français. D'autre part, les deux parties doivent accélérer la mise en place de dispositions de reconnaissance des études et des diplômes, mais aussi développer la collaboration en matière de recherche. Enfin, le traité instaure la création d'un organisme franco-allemand de la jeunesse (OFAJ) pour développer et promouvoir les échanges entre les deux pays.

 

L'évolution des relations franco-allemandes (source : Radio France)

 

Quel impact sur les relations franco-allemandes ?

Immédiatement après la signature du traité de l'Elysée, les relations franco-allemandes vont se tendre de nouveau. Le Bundestag vote le 8 mai 1963 un préambule au traité, réaffirmant l'importance pour l'Allemagne de l'alliance transatlantique et sa volonté que le Royaume-Uni adhère aux communautés européennes.

Ce texte irrite en France, qui comptait sur le traité pour concrétiser l'idée gaullienne d'une Europe émancipée de son partenaire d'outre-Atlantique. Contraint de démissionner le 13 octobre 1963, Konrad Adenauer est par ailleurs remplacé par Ludwig Erhard, un atlantiste convaincu. La France n'est alors pas en reste pour froisser son voisin allemand, comme lorsque Charles de Gaulle décide de reconnaître la République populaire de Chine en 1964, sans avoir consulté l'Allemagne au préalable comme le prévoyait le traité de l'Elysée pour toute décision importante de politique étrangère.

Kurt Georg Kiesinger lui succède le 1er décembre 1966, et entretient de meilleures relations avec Paris. Malgré les crises et difficultés qu'ont connu la France et l'Allemagne sous la présidence de de Gaulle, et l'absence de concrétisation des dispositions du traité en matière de politique étrangère et de défense, le traité a connu certaines réussites.

Tout d'abord les dirigeants des deux pays, comme stipulé dans le traité, n'ont jamais cessé de se rencontrer régulièrement, et les échanges de fonctionnaires se sont maintenus. Sur les questions d'éducation, l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) lancé le 5 juillet 1963, a joué un important rôle dans le rapprochement de part et d'autre du Rhin, en développant les échanges de jeunes des deux pays. Finalement, le plus grand succès de l'accord est d'avoir suscité cette idée d'amitié franco-allemande au sein des deux peuples, qui s'est traduite par une multiplication des initiatives provenant de la société civile.»

Source : https://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce-que-le-traite-de-l-elysee.html

 

 

 

ANNIVERSAIRE DU TRAITÉ DE L’ÉLYSÉE : 5 RÉALISATIONS MAJEURES DU COUPLE FRANCO-ALLEMAND

 

Baromètre de la relation France Allemagne spécial Jeunes. Source : Berlinmag - septembre 2012

 

L'OFAJ, une organisation pour unir la jeunesse

Première émanation du traité de l'Elysée, l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) est créé dès juillet 1963 afin de rapprocher jeunes Français et Allemands. Derrière le projet se trouve l'idée que la réconciliation et l'approfondissement de la relation passe aussi par la société civile. L'OFAJ permet ainsi à des jeunes de 3 à 30 ans de participer à des échanges des deux côtés du Rhin dans les domaines scolaire, professionnel ou associatif. Vivre une expérience physique dans l'autre pays devant favoriser la "compréhension mutuelle entre les peuples".

L'OFAJ n'organise pas lui-même les rencontres, mais apporte un soutien financier et opérationnel aux structures compétentes. Pendant les dix premières années de son existence, l'organisme connaît une activité intense, et permet à près de 300 000 jeunes d'explorer la culture de l'autre pays. Si elle a depuis connu une baisse de son financement, ce sont tout de même 8,2 millions de jeunes qui ont participé aux échanges depuis 1963.

La compréhension mutuelle passe également par la langue. L'OFAJ finance ainsi des programmes et met à disposition des outils pédagogiques pour faciliter l'enseignement et l'apprentissage des deux langues. Malgré ces efforts, l'attrait pour la langue du voisin est en baisse dans chacun des pays : dans le secondaire en 2012, seuls 14,4% des jeunes Français avaient choisi d'apprendre l'allemand. En Allemagne, le chiffre de jeunes apprenant le français se situait autour de 20%.

 

Airbus, une coopération industrielle pour peser sur la scène mondiale

La coopération franco-allemande en matière industrielle a souvent achoppé sur les intérêts nationaux. Exception majeure : la création d'Airbus, également soutenue par d'autres pays européens.

En 1965, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni lancent des discussions sur la création d'un consortium, avec pour finalité la création d'une entreprise de transport aérien à l'échelle européenne. En 1969, Londres abandonne le projet, tandis que l'Allemagne et la France approfondissent leur coopération. Airbus Industrie est lancé en 1970 sous la forme d'un groupement d'intérêt économique (GIE), financé à 50% par les entreprises françaises d'aéronautique et 50% par les allemandes. Celles-ci sont rejointes en 1971 par l'Espagne, puis de nouveau par le Royaume-Uni en 1979.

En 2000, tous les partenaires à l'exception du Britannique BAE Systems fusionnent pour créer l'European Aeronautic Defence and Space company (EADS), qui détient à 80% Airbus. La période est florissante : entre 2002 et 2011, l'avionneur devance même son concurrent américain Boeing. La relation interne n'est pourtant pas sans heurts : c'est une direction bicéphale franco-allemande qui dirige le groupe. Entre 2000 et 2007, le système de partage du pouvoir est à la source de nombreuses tensions, et est finalement abandonnée en 2007 avec la nomination de Louis Gallois. L'actuel patron du groupe Airbus est l'Allemand Thomas Enders.

 

Airbus, une production européenne

 

La brigade franco-allemande, prémices de l'Europe de la défense

Avant la fin des années 1980, les divergences des dirigeants français et allemand sur la question nucléaire et sur l'OTAN rendaient difficilement concevable la perspective d'une entente dans le domaine stratégique.

En 1987, une nouvelle impulsion est donnée par Helmut Kohl et François Mitterrand. Bonn et Paris prennent conscience de leurs objectifs communs, et accélèrent la coopération dans le domaine militaire : un Conseil de sécurité franco-allemand est créé, suivi de la brigade franco-allemande en 1989. Composée de bataillons français, allemands et mixtes, elle intervient pour la première fois en Bosnie en 2002-2003 puis en Afghanistan en 2004-2005. La brigade compte dans ses rangs 6 000 hommes et femmes, et sa dernière intervention remonte à 2015, au Mali. L'initiative a surtout contribué à la création de l'Eurocorps en 1992, un corps européen qui devait permettre une plus grande indépendance vis-à-vis de l'OTAN.  

Basée sur un fonctionnement unique en Europe, la brigade présente toutefois des limites.  En 2015, des parlementaires français regrettaient que les soldats communiquent maintenant en anglais, et non plus en allemand et français comme c'était le cas lors de sa création. Ils relevaient également les disparités matérielles entre Français et Allemands, et la sous-utilisation de la brigade, pourtant un symbole important de la réconciliation.

 

Arte, une télévision pour rapprocher les peuples

Le 30 mai 1992 à 20h, la même image s'affiche simultanément sur les écrans des téléspectateurs français et allemands. C'est celle d'une grande soirée culturelle à l'opéra de Strasbourg, qui marque le lancement de la chaîne franco-allemande Arte. Le projet initié par Helmut Kohl et François Mitterrand est ambitieux : utiliser la télévision et des émissions culturelles pour "favoriser la compréhension et le rapprochement entre les peuples".

De nombreux obstacles se dressaient pourtant devant la création d'une chaîne binationale. La première est la structure totalement différente de l'audiovisuel dans les deux pays. Alors qu'il est centralisé en France, il est du ressort des Länder en Allemagne. Il faut ainsi l'accord des onze ministres-présidents des régions d'Allemagne de l'Ouest pour signer le traité qui établit les fondements de la chaîne en 1990. Le groupe est fondé un an plus tard, en 1991, établissant le siège à Strasbourg ainsi qu'un pôle propre à chaque pays, à Baden-Baden et Paris. 

L'autre difficulté est celle de la programmation, alors que la compétition audiovisuelle dans les deux pays est rude. Comment attirer devant les mêmes programmes deux peuples fondamentalement différents ? Depuis la création de la chaîne, les chiffres d'audience sont en constante augmentation, mais restent modestes. En Allemagne, Arte était crédité de 1% de la part d'audience en 2016. En parallèle du côté français, elle connaissait la plus haute audience de son histoire avec 2,3% des parts.

 

La brigade franco-allemande lors défilé du 14 juillet 1989

 

L'intégration européenne, le cœur de la relation franco-allemande

La construction de l'Union européenne est une raison d'être du tandem franco-allemand, ce qui ne signifie pas pour autant que les deux pays partagent une vision parfaitement identique. Au contraire, c'est souvent au travers de compromis et de négociations parfois musclées entre les deux pays que se sont construites les institutions européennes.

Le partenariat est fragile à ses débuts, et la concordance de vues, sur le plan institutionnel, ne se renforce véritablement qu'en décembre 1974 avec le tandem formé par Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt. Le président français, plutôt partisan d'une Europe des Etats, obtient du chancelier allemand la création du Conseil européen, qui réunit les dirigeants européens. En échange, Paris concède l'élection du Parlement européen au suffrage universel. Quatre ans plus tard, en 1978, les deux dirigeants lancent le Système économique européen (SME), visant à renforcer la stabilité des monnaies européennes. En 1972, alors qu'ils étaient tous deux ministre des Finances, MM. Giscard d'Estaing et Schmidt avaient déjà mis sur pied le Serpent monétaire européen, ancêtre du SME.

Les relations s'approfondissent encore avec le couple François Mitterrand-Helmut Kohl. Sous l'impulsion des deux pays, l'Acte unique européen est signé en 1986, prévoyant un marché unique sans frontières intérieures. En 1990, les deux dirigeants signent également une lettre commune pour accélérer l'intégration européenne. Vingt mois plus tard, en 1992, le traité sur l'Union européenne est signé à Maastricht.

Du traité de Lisbonne à la résolution de la crise grecque, les négociations franco-allemandes ont depuis lors continué à façonner le visage de l'Union européenne. En 2010, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont réaffirmé leur volonté de travailler main dans la main en adoptant l'agenda 2020, définissant les objectifs de coopérations pour les années à venir. Et les premiers mois de la relation entre Emmanuel Macron et Angela Merkel confirment cette importance historique du moteur franco-allemande pour l'Europe.

Source : https://www.touteleurope.eu/actualite/anniversaire-du-traite-de-l-elysee-5-realisations-majeures-du-couple-franco-allemand.html

 

 

Traité de l’Élisée, la réconciliation franco-allemande (INA.fr)

 

 

Signature du traité de l’Élisée (1963, INA.fr)

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #Histoire Europe, #vidéo

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