1929, le crack des krachs (lesechos.fr)

Publié le 17 Septembre 2021

Vous trouverez ci-dessous un article du journal économique "Les échos" qui revient en détail sur les mécanisme de la crise de la crise de 1929.

Bonne lecture

 

Le jeudi 24 octobre 1929, le Black Thursday, la bourse de New York s’effondre. Le krach marque l’entrée des États-Unis, puis du reste du monde, dans la Grande Dépression

 

1929, le crack des krachs (lesechos.fr, 2007)

 

L'histoire économique est un éternel recommencement. A la Bourse, les crises ont invariablement ponctué les grands épisodes d'euphorie spéculative. Et ce depuis la bulle des mers du Sud de 1720, qui coûta 20.000 livres à Isaac Newton et lui fit réaliser, amer, qu'il pouvait « prévoir le mouvement des corps célestes mais pas la folie des gens ». Pourtant, seul le grand krach de 1929 s'est réellement fait une place dans la mémoire collective. Sans doute parce qu'il déclencha la plus terrible crise économique des temps modernes, et joua un rôle dans l'engrenage qui mena à la montée du fascisme et à la Seconde Guerre mondiale. Retour sur les circonstances de cet événement.

Les années 1920 sont une décennie de prospérité sans précédent pour les États-Unis. L'essor du crédit et les nouvelles méthodes de production ouvrent la voie à la consommation de masse. Mais aussi à la hausse, souvent rapide, des cours de Bourse. A Wall Street, la valeur totale des actions des sociétés cotées, qui peuvent être achetées à crédit avec une simple avance de 10 %, bondit de 250 % de 1925 à 1928. Quant aux crédits bancaires, leur encours est multiplié par 12 entre 1924 et octobre 1929.

Au printemps 1929, la Réserve fédérale envisage de relever les taux d'intérêt pour éviter la surchauffe, ce qui provoque un reflux temporaire du marché. Mais cette sortie est dénoncée comme un acte de sabotage de la prospérité. Le président de la future Citibank monte au front. Bravache, il s'engage à prêter autant d'argent qu'il en faudra pour contrebalancer d'éventuelles mesures restrictives de la Fed, et ce, dit-il, dans le but d'« éviter toute crise dangereuse pour le marché ». Qu'à cela ne tienne, celui-ci repart de plus belle à la hausse. Au point de gagner en trois mois plus qu'il n'a gagné sur toute l'année 1928. On spécule allègrement, quitte à limiter sa consommation, et à s'endetter lourdement pour profiter de l'effet de levier. Car tant que l'appréciation des cours est supérieure au taux d'intérêt débiteur _ de l'ordre de 7 à 12 % par an _, l'opération apparaît rentable. Même si elle consiste à échanger un tiens contre deux tu l'auras. La dynamique haussière des cours nourrit les anticipations de hausse, qui motivent les achats d'actions, lesquels alimentent la hausse. Le diable se mord la queue. L'indice Dow Jones, alors composé de 30 valeurs industrielles, est progressivement déconnecté de l'économie réelle. Où la surproduction et le surendettement s'aggravent, mettant à mal les profits des firmes, que la valeur des actions est pourtant censée refléter.

 

Baisse
Mais les investisseurs ne veulent rien entendre. Considéré comme l'économiste le plus lu du XXe siècle, John Kenneth Galbraith rapporte dans sa « Brève Histoire de l'euphorie financière » une anecdote édifiante : en septembre 1929, le scientifique Roger Babson anticipe le krach, précisant même que le Dow Jones va chuter de 60 à 80 %. Mais comme toutes les Cassandre, Babson voit ses prédictions balayées d'un revers de main par l'establishment. A commencer par le célèbre professeur Irving Fisher, de l'université de Yale, pionnier de la confection des indices et lui-même gros spéculateur, qui affirme le 17 octobre : « Les cours des actions ont atteint ce qui semble être un plateau perpétuellement élevé. »

Mais en fait de hauts plateaux, c'est bien vers l'abîme que se dirige Wall Street. L'épuisement progressif du stock d'imprudents prêts à acheter des actions à des prix délirants provoque le ralentissement des cours. De nombreux spéculateurs jugent le moment opportun pour réaliser des prises de bénéfice. Il y a bientôt plus de vendeurs que d'acheteurs. Le Dow Jones se met à baisser. Et plus il s'éloigne de son sommet, atteint le 3 septembre, plus la situation sur le marché se dégrade. Jusqu'au 24 octobre.

 

Wall Street, salle des marchés au moment du krach de 1929

 

Panique
Ce fameux « jeudi noir », dès le matin, on ne peut plus vendre qu'à vil prix. La panique se répand, la rumeur se déchaîne. Onze spéculateurs se seraient déjà suicidés. Bientôt tout le monde veut vendre, à n'importe quel prix. Les cinq plus grandes banques, soucieuses d'éviter la contagion, se réunissent d'urgence dans les bureaux de JP Morgan & Co et publient une déclaration qui rassure un peu les marchés. Puis à 13 h 30, Richard Whitney, courtier pour JP Morgan et vice-président de Wall Street, s'approche du tumulte de la corbeille. La foule se fait silencieuse. On s'attend à ce qu'il annonce la fermeture de la Bourse. Mais fort du soutien des grands financiers, il place au contraire un ordre d'achat d'un gros bloc de titres US Steel, à un prix nettement supérieur au cours. Puis répète l'opération sur une douzaine de titres importants. Craignant de manquer ce qui pourrait être un nouvel envol de la Bourse, les investisseurs se remettent à acheter, et les cours se redressent. Au total, près de 13 millions de titres ont changé de mains, alors que le record précédent est de 8 millions. Le Dow Jones limite ses pertes de la journée à 2,1 %. Il reste ensuite stable en fin de semaine. Mais le lundi 28, les pertes cumulées de la semaine précédente déclenchent de nombreux « appels de marge » : les agents de Bourse enjoignent les détenteurs d'actions achetées à crédit à apporter du liquide pour « couvrir » leurs positions, faute de quoi celles-ci seront « liquidées », et leurs actions vendues à n'importe quel prix. Les spéculateurs imprudents défaillent les uns après les autres. Les liquidations de portefeuilles transforment la dynamique baissière en tourbillon. L'effet de levier joue à plein, mais cette fois en sens inverse. Plus rien ni personne ne peut enrayer la chute, qui atteint 13 % à la clôture. Puis encore 12 % le lendemain, dans un volume ahurissant de 16 millions de titres. De 381 points début septembre, le Dow Jones chute à 199 le 13 novembre. En dépit de reprises marginales, celui-ci continuera à d'effondrer jusqu'à l'été 1932, où il touchera le fond à 41 points.

Parmi les cracks de la finance qui se sont illustrés à cette occasion, on retrouve notamment un certain Joseph Kennedy, père du futur président des Etats-Unis, qui participa au gonflement de la bulle mais eut le flair de se retirer tôt du jeu. Mais à jouer avec le feu, beaucoup d'autres se sont brûlé les doigts. Ainsi ce holding créé en 1928 et rapidement introduit en Bourse, les fonds levés servant exclusivement à « chevaucher le taureau », en clair, à engranger des gains en jouant la hausse. La Goldman Sachs Trading Corporation, c'est son nom, a vu son action, émise à 104 dollars, monter à 222,50 dollars en quelques mois, avant de retomber à 1,75 dollar en 1932. Une dérouillée qui n'a pas empêché « la Firme », c'est son surnom, de devenir l'une des plus prestigieuses banques d'investissement de la planète. A croire qu'à la Bourse comme aux jeux Olympiques, l'important, c'est de participer...

Benjamin Jullien, lesechos.fr, le17.08.2007

 

Source : https://www.lesechos.fr/2007/08/1929-le-crack-des-krachs-1075674

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #Histoire monde

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