T1 - Chapitre 1 : l'impact de la crise de 1929 et les déséquilibres économiques et sociaux. (2ème partie)

Publié le 5 Septembre 2021

Chapitre 1 : l'impact de la crise de 1929 : déséquilibres économiques et sociaux. (2ème partie)

 

II - RÉSOUDRE UNE CRISE MONDIALE.

 

Affiche électorale pour F.D. Roosevelt (1932)

 

=> Quelles politiques les États mettent-ils en œuvre afin de sortir de la crise ?

 

A - L’échec des politiques traditionnelles.

 

1. Le libéralisme en question.

 

En 1929, la pensée économique libérale dominante préconise la non-intervention des États. Le « marché » doit s'auto-réguler et permettre de sortir de la crise. Mais il n'en est rien.
- La plupart des gouvernements pensent sortir de la crise par des mesures de déflation afin de maintenir les équilibres budgétaires et d'empêcher le retour de l'inflation (l'hyperinflation du début des années 1920 reste un traumatisme, en Allemagne notamment). Cette stratégie échoue et accentue un peu plus la misère (en faisant baisser les salaires) et la dépression (en réduisant encore la consommation et les investissements).
- L'assistance traditionnelle aux populations s'organise, comme avec la multiplication des soupes populaires, mais ces réponses restent bien insuffisantes face à l'ampleur exceptionnelle de la crise.
- Le président républicain des États-Unis Herbert Hoover est resté dans la mémoire collective comme le symbole de l'inaction des responsables politiques face à la crise (cf son slogan de 1930 « la prospérité est au coin de la rue » et le terme « Hooverville » employé pour désigner les taudis qui se multiplient pendant la Grande Dépression). Libéral convaincu, il augmente toutefois les dépenses fédérales pour relancer l'économie, en dégageant par exemple des crédits pour les travaux publics ou en baissant les impôts.

 

Chômeurs devant la soupe populaire aux États-Unis (années 1930)

 

Soupe populaire à Paris (1937)

 

2. L'absence de coopération internationale : la tentation du repli sur soi.

 

Face à la crise, la plupart des États cherche avant tout à défendre leurs propres intérêts, alors même que cette crise résulte l'internationalisation de l'économie et de l'interdépendance croissante des différentes régions de la planète.
- Comme nous l'avons évoqué précédemment, la mise en œuvre de politiques protectionnistes dans les principales puissances industrielles a pour conséquence une diminution des échanges internationaux et une aggravation de la crise.
- En juillet 1933, 66 pays se réunissent à Londres pour tenter de trouver une solution concertée à la crise. La conférence est un échec et plus rien ne semble pouvoir enrayer la montée du protectionnisme douanier. Des États comme l'Allemagne et l'Italie recherchent l'autarcie économique alors que les puissances coloniales pratiquent la « préférence coloniale ». C'est par exemple le cas de la France et de la Grande-Bretagne qui se replie sur son immense empire avec les accords d'Ottawa de 1932 qui instaurent un système de préférence douanière avec ses colonies.
- Les gouvernements dévaluent aussi leur monnaie pour rester compétitif sur les marchés mondiaux et stimuler les exportations (Royaume-Unis et Allemagne en 1931, États-Unis en 1933, France en 1936). Cette stratégie accentue encore un peu plus la dépression.

 

B – De nouvelles politiques économiques de relance.

 

1. Roosevelt et le New Deal

 

Élu en 1932 à la présidence américaine, le démocrate Franklin Delano Roosevelt met en œuvre une politique de relance novatrice inspirée des idées de l'économiste britannique John Maynard Keynes : le New Deal.
- Sans remettre en cause le modèle libéral, Keynes prône une plus grande intervention de l’État dans l'économie ; il privilégié ainsi la dépense publique (donc le déficit public) et la relance de l'activité par la demande. Sa théorie ne sera toutefois formulée qu'en 1936 (« Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie ») et les politiques qu'il inspire résultent surtout de mesures empiriques.
- Le New Deal, mis en œuvre à partir de mars 1933 sous la pression des syndicats, s'appuie sur des administrations spécialisées qui soutiennent l'industrie (le National Industrial Recovery Act qui tend à réduire les heures de travail et à augmenter les salaires) et l'agriculture (l'Agricultural Adjustement Act qui cherche à mettre fin à la surproduction et à soutenir le niveau de vie des fermiers via des aides de l’État).
- La Civil Work Administration puis, à partir de 1935, la Work Progress Administration lancent de grands travaux (3500 millions de dollars, c'est-à-dire 60 % du budget fédéral) pour donner du travail aux chômeurs et relancer la consommation. La Tennessee Valley Autority est par exemple chargée de réaliser des travaux gigantesques (barrages, routes) pour aménager cette région sinistrée.
- La réglementation bancaire est également renforcée pour éviter des krachs comme celui de 1929. Le nouveau gouvernement vote ainsi en juin 1933 la loi Glass-Steagall qui établit la distinction entre les banques de dépôt et les banques d'investissement (ou banque d'affaires). De plus, un organisme fédéral est chargé de surveiller les marchés financiers.
- Enfin, des mesures sociales sont adoptées dans le cadre du Social Security Act de 1935 : une assurance vieillesse est instaurée ainsi qu'une allocation chômage financée par un impôt fédéral. Ces mesures posent  les bases de l’État-Providence (« Wellfare State »)
- En 1939, le bilan du New Deal est mitigé : la reprise est indéniable (le revenu national a plus que doublé entre 1932 et 1939) et de nombreux travaux ont permis de moderniser le pays. Le PIB national est cependant à peine supérieur à celui de 1929 et le chômage reste élevé. Le New Deal pose malgré tout les bases d'une nouvelle forme d'organisation de l'économie capitaliste dans laquelle l'État intervient pour corriger les dysfonctionnements du marché et assurer un minimum de protection sociale aux citoyens.

 

Travailleurs de la Civil Work Administration.

 

Barrage Hoover (1935)

 

2. La politique de relance du Front Populaire en France.

 

En France, le Front Populaire (l'alliance entre le Parti Communiste, la SFIO socialiste et le Parti Radical) remporte les élections de 1936 face à l'extrême droite fascisante qui profite de la crise pour monter en puissance.
- Dans un contexte de crise économique et de tensions sociales (grèves, occupations d'usines, manifestations...), une politique de relance par la consommation est rapidement adoptée. Comme aux États-Unis, elle se base sur un plus grand interventionnisme de l’État dans l'économie.
- Léon Blum, le président du conseil, pousse le patronat et les syndicats ouvriers à signer les accords de Matignon (juin 1936) qui se traduisent par une hausse des salaires et la signature de conventions collectives. Les salariés obtiennent par la suite une diminution de la durée légale du travail hebdomadaire (de 48h à 40h) et 15 jours de congés payés.
- La reprise est toutefois tardive. La diminution du chômage est réelle mais lente et l'augmentation du pouvoir d'achat est limitée par la hausse des prix. Sur le plan social, les résultats sont plus convaincants dans le sens où  les réformes engagées posent les bases de la refondation républicaine et de la croissance d'après-guerre.

 

Grève dans les usines Renault en 1936

 

Manifestation du Rassemblement populaire, 14 juillet 1936. De gauche à droite : Thérèse Blum, Léon Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro, Maurice Viollette, Pierre Cot.

 

La plage de Deauville pendant les 1er congés payés.

 

C – La crise et le virage autoritaire.

 

Dans de nombreux pays, la crise provoque une instabilité politique qui mène à la mise en place de régime autoritaire.
- En Amérique Latine, les coups d’État se multiplient. En 1930 par exemple, José Felix Uruburu en Argentine et Getulio Vargas au Brésil renversent les présidents élus et mettent en place des régimes autoritaires et populistes. Ils mènent souvent une politique de substitution aux importations afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis et des puissances européennes.
- En Allemagne, la crise profite au Parti Communiste et au Parti National Socialiste (nazi) d'Hitler. Ce-dernier parvient à s'emparer du pouvoir au début de l'année 1933 et obtient rapidement les pleins-pouvoirs. Alors que la crise est à son paroxysme, il fonde sa stratégie de relance sur une politique de grands travaux (les fameuses autoroutes notamment) et de réarmement ainsi que sur le contrôle des prix et des salaires. Le chômage diminue et la production industrielle est relancée mais le niveau de vie des ouvriers progresse peu et le déficit budgétaire s’accroît fortement. Surtout, la marche vers la guerre est entamée...

 

Les conséquences de la crise de 1929 en Amérique Latine

 

Affiche de propagande pour le NSDAP (1930's)

 

 

Vocabulaire : cherchez la définition des termes suivants et notez les dans votre glossaire.
Autarcie économique / convention collective / déficit public / dépense publique / dévaluation / État-Providence (Wellfare State) /  interventionnisme / keynésianisme / New Deal / populisme / préférence coloniale / soupe populaire /  substitution aux importations

 

Question problématisée sur le chapitre :
- Comment la crise de 1929 aux États-Unis se transforme-t-elle en dépression, puis se propage-t-elle au reste du monde ?
- Pourquoi peut-on dire que la crise de 1929 devient une crise internationale ?
- Quelles sont les conséquences sociales et politiques de la crise des années 1930 dans le monde ?
- Quelles sont les réponses aux déséquilibres provoqués par la crise économique dans les années 1930 ?

 

Outils de révision :

 

Frise chronologique : la crise de 1929 et ses conséquences (Belin, 2020)

 

La crise de 1929 : schéma #1

 

La crise de 1929 : schéma #2

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article