Chapitre 1 : Mers et océans, vecteurs essentiels de la mondialisation

Publié le 1 Octobre 2020

THÈME 1 – MERS ET OCÉANS AU CŒUR DE LA MONDIALISATION

 

Chapitre 1 : mers et océans, vecteurs essentiels de la mondialisation (1ère partie)

 

Porte-conteneurs empruntant le canal de Suez.

 

=> Quelles sont les principales ressources des mers et des océans?

=> Quelles sont les principales routes et façades maritimes?

=> Comment les mers et les océans contribuent-ils au processus de mondialisation?

 

I - MERS ET OCÉANS, ESPACES PRIVILÉGIÉS DE LA MONDIALISATION.

 

A - Un réservoir de ressources à exploiter.

 

1. L'importance des ressources en minerais et en hydrocarbures.

 

Les mers et les océans, notamment leur sous-sol, sont très riches en minerais et en hydrocarbures essentiels au fonctionnement de l'économie mondiale

- Les gisements off-shore représentent en effet déjà 1/3 de la production mondiale et 1/4 des réserves connues d'hydrocarbures. Si ces ressources sont déjà largement exploitées en Mer du Nord, dans le Golfe du Mexique, en Afrique de l'ouest et dans le Golfe Persique, le progrès technique dans le domaine du forage et la fonte des glaces devrait permettre de lancer l'exploitation de nouveau gisement comme au large du Brésil ou dans l’Arctique (région qui renfermerait  13% des réserves mondiales de pétrole).

 

Production pétrolière et gazière off-shore

 

- Mers et océans sont également exploiter pour produire des énergies marines renouvelables (EMR). L'usine marémotrice située dans l'estuaire de la Rance (Bretagne) par exemple, construite en 1966, tire son énergie de la force de la marée. Plus récemment, les projets d'implantation d'éoliennes off-shore se multiplient dans le monde, plus de 2000 étant déjà installées en Union Européenne, en mer du Nord et dans la Baltique principalement, la Grande-Bretagne en possédant la moitié.

 

Parc éolien off-shore en Mer du Nord (Allemagne)

 

- De plus, les espaces maritimes recèlent d'importantes réserves de minerais (manganèse, du cobalt, du cuivre et du nickel, souvent regroupés dans des "nodules polymétalliques"...) et de sable (très recherché dans le secteur de la construction).

 

Carte des ressources minérales grands fonds et zones de permis ISA (Ifremer)

 

2. La richesse halieutique des espaces maritimes : l'importance économique de la pêche et de l'aquaculture.

 

Les ressources halieutiques constituent un aspect fondamental de la richesse des espaces maritimes. Elles jouent un rôle essentiel dans les moyens d’existence de millions de personnes dans le monde (45 millions d'individus travaillent dans le secteur) et contribuent ainsi à la sécurité alimentaire.

- Ce sont aujourd'hui plus de 90 millions de tonnes de poissons qui sont pêchées chaque année (triplement depuis 1970), principalement dans les eaux de la côte pacifique du continent américain  (au Chili et au Pérou notamment, grâce à la présence du courant froid de Humboldt) et de l'Atlantique nord (États-Unis, Russie) ainsi qu'en Asie (la Chine, l'Inde et l'Indonésie figurant parmi les principaux producteurs de poissons au monde).

- Plus de 2 millions de navires de pêche, dont près de 70 % sont concentrés en Asie, participent à cette activité. La Chine, les États-Unis et l'Indonésie sont les principaux pays pour les captures.

- En plus de la pêche, l'aquaculture fournit aujourd'hui 70 millions de tonnes de poissons et crustacés (pour moins d'un million de tonne en 1950!). Cette activité en pleine expansion est dominée par les pays d'Asie, la Chine en tête avec plus de 70% de la production.

 

Pêche et aquaculture dans le monde (2017)

 

B - Mers et océans, de vastes surfaces de déplacements et d'échanges.

 

1. Mers et océans, support des échanges internationaux.

 

Les espaces maritimes constituent tout d'abord le principal support du commerce mondial et s'apparentent à de gigantesques interfaces.

- Ils supportent plus de 85% du commerce mondial de marchandises, soit plus de 10 milliards de tonnes de biens manufacturés, d'hydrocarbures (pétrole et gaz), de matières premières minérales et agricoles etc.

- Les flux immatériels sont tout aussi dépendants des mers et des océans : aujourd'hui, environ 1.3 million de km de câbles sous-marins (plus de 30 fois le tour de la terre!) acheminent plus de 95% des télécommunications internationales. Les GAFAM sont à l'origine de 40% des commandes de câbles (celui entre l'Europe et les États-Unis inauguré en 2018 dispose du plus fort débit et a été financé par Microsoft et Facebook)

 

Les câbles sous-marins de communication.

 

- Les flux illicites s'effectuent aussi largement par la voie maritime. Les narcotrafiquants font passer leur marchandises vers les pays du nord via des bateaux de commerce ou de plaisance (les cartels latino-américains utilisent même parfois des sous-marins de poche pour rejoindre les côtes états-uniennes!).

 

L'amélioration des transports maritimes depuis les années 1960 a rendu possible cette croissance du commerce maritime international.

- La flotte mondiale compte plus de 90 000 navires spécialisés (porte-conteneurs, minéraliers, vraquiers, supertanker, méthaniers...). Ces navires sont de plus en plus gigantesques, rapides et économes et en énergie.

- L'apparition des conteneurs, boites métalliques aux dimensions standardisées, a favorisé l'essor des échanges maritimes du fait de leur multimodalité et des gains de temps qu'il permettent lors des opérations de rupture de charge. Les plus importants porte-conteneurs mesurent près de 400m de long et peuvent transportés plus de 20 000 "boites"!

 

Le HMM Oslo dans le port du Havre

 

Le CMA-CGM Saint-Exupéry en chiffres (le Figaro)

 

- Quelques grandes firmes dominent le transport maritime, comme le danois Maersk, le français CMA-CGM, le taïwanais Evergreen ou encore le sud-coréen Hyundai Merchant Marine. La Chine, le Japon et la Corée du Sud construisent par ailleurs 90% des nouveaux navires dans le monde.

 

2. Mers et océans supportent également les déplacements des touristes et des migrants.

 

Les mers et les océans sont aussi des espaces de tourisme et de loisirs.

- Le tourisme de croisière est en très forte croissance depuis les années 1980 : on comptait près de 30 millions de croisiéristes en 2019, principalement dans les Caraïbes et en Méditerrané, respectivement 1er et 2ème bassins mondiaux pour cette activité.

- Ce tourisme s'élargit aujourd'hui largement à l'Asie (mers de Chine), en mer du Nord ainsi que dans l'Arctique et l'Antarctique.

 

Bateau de croisière dans les îles Santorin (Grèce)

 

- La plaisance est une autre activité dont la pratique s'est beaucoup développée depuis la fin du XXème siècle. Elle a engendré de vastes aménagements sur les littoraux, avec notamment la création de marinas (la plus grande, à Dubaï, peut accueillir 4400 yachts).

- Les activités sportives sont également nombreuses : natation, plongée (mer Rouge par exemple), sport de glisse (Hawaï, Indonésie,côtes basque et landaise)...

 

Mers et océans offrent également "l'opportunité" à des milliers de migrants clandestins de quitter la misère et/ou la répression dans leur pays d'origine pour trouver un avenir meilleur au delà des flots.

- C'est principalement le cas en mer Méditerranée par laquelle passent les migrants originaires d'Afrique subsaharienne et du Proche-Orient afin de rejoindre le continent européen. En 2018, ce sont près de 115 000 qui ont traversé la "Mare Nostrum"  (ils étaient plus d'un million en 2015) ; 2200 y sont morts.

 

Migrants et disparus en mer Méditerranée en 2015.

 

- Dans la Manche, des migrants tentent régulièrement la traversée pour rejoindre l'Angleterre depuis les côtes françaises. En Asie enfin, des membres de la communauté Rohingyas ont passé plusieurs mois en mer d'Andaman, les pays bordiers (Malaisie, Thaïlande) leur refusant d'accoster... (https://www.youtube.com/watch?v=vMDWsZC_fh0)

 

Migrants Rohingyas arrivant en Malaisie (2019)

 

C - Les littoraux : des espaces centraux.

 

1. Des routes maritimes qui traduisent l'inégale intégration des territoires à la mondialisation.

 

La géographie des flux maritimes et des flux d'informations révèle une très inégale intégration des territoires du globe au processus de mondialisation.

- Les flux de matières premières s'effectuent principalement des pays du sud  vers les Pays du Nord et les Pays émergents. Les flux de biens manufacturés ainsi que les flux d'informations sont concentrés entre les 3 grands pôles de l'économie mondiale (Amérique du Nord, Europe de l'Ouest et Asie du Sud-Est).

- Les "autoroutes" du commerce maritime relient donc entre elles les régions les plus intégrées au processus de mondialisation. A l'inverse, le continent africain est largement évité par les navires, notamment faute d'infrastructures de transport efficaces, de marché de consommation attractif et de production industrielle à exporter.

 

Les principales routes et façades maritimes.

 

- Ces flux s'articulent autour des "seuils", c'est à dire des points de passages stratégiques, naturels comme les détroits (Gibraltar, Malacca, Bab-el-Mandeb, Ormuz - par lequel transite 1/3 des flux maritimes pétroliers mondiaux - et le Bosphore) et artificiels avec les canaux (Suez et Panama pour les principaux). Ces "points nodaux" s'adaptent aux évolutions du transport maritime, comme en témoigne  l'agrandissement récent du canal de Panama qui peut désormais accueillir les plus gros porte-conteneurs de la planète.

- Les bouleversements climatiques actuels favorisent l'ouverture de nouvelles routes maritimes dans l'Arctique. En effet, la fonte partielle de la calotte glaciaire devrait permettre de relier l’océan Atlantique et l’océan Pacifique tout au long de l'année via le détroit du Béring : vers le nord-est en longeant la Russie et vers le nord-ouest en longeant l’Alaska puis le Canada. Ces nouveaux itinéraires devraient donc faciliter les échanges en raccourcissant certains trajets, en désengorgeant les axes principaux et en transformant  sans doute quelque peu la géographie des façades maritimes.

 

Les nouvelles routes maritimes de l'Arctique et leurs enjeux économiques.

 

- Certaines îles possèdent également une position stratégique, comme Malte, la Réunion (devenus des hubs majeurs pour la compagnie CMA-CGM ou les îles des Caraïbes pour les narco-trafiquants.

- Ces points de passage stratégiques constituent par ailleurs des "zones à risques", aussi bien en raison des dangers de collision liés à l'intensité du trafic (le détroit du Pas-de-Calais voit passer 400 navires par jour) qu'en raison des convoitises qu'ils suscitent.

 

L'évolution du canal de Panama


2. Les grandes façades maritimes mondiales, interfaces majeures de l'espace économique mondial.

 

Les routes maritimes relient entre elles de grandes façades maritimes qui constituent des interfaces majeurs de l'économie mondiale. Les ports plus ou moins spécialisés qui composent ces "ranges" ("ports en grappe" en français) en sont les points de jonction, les "synapses" et mettent en relation leur arrière-pays (hinterland) avec le reste du monde.

- Les principales façades maritimes et les ports les plus actifs de la planète se trouvent aujourd'hui en Asie (50% du trafic mondial de conteneurs), notamment en Chine (Shanghai, Shenzhen, Canton, Hong-Kong, Ningbo-Zhoushan...), en Corée (Busan), à Singapour et au Japon (Chiba). La Northern Range, qui s'étend du Havre à Hambourg, forme quant à elle la première façade maritime du vieux continent, avec des ports comme Anvers et Rotterdam. Les États-Unis comptent 3 grandes interfaces : celle du Golfe du Mexique (Houston, la Nouvelle-Orléans), celle du nord-est (New-York, Savannah...) et celle de la côte Pacifique (Los Angeles, Long Beach...).

- On voit également émerger de nouveaux ports d'importance en terme de trafic comme au Brésil (Santos), en Afrique du Sud (Durban) et dans les Émirats Arabes Unis (Dubaï).

- Ces ports sont à la fois concurrents et partenaires. D'une part, ils se livrent une compétition pour capter les investissements et les flux (25 d'entre eux polarisant environ 50% des échanges mondiaux) et d'autre part ils entretiennent entre eux des relations hiérarchisées au sein des différents "ranges via le système du "feedering", autrement dit le transbordement de marchandises des grands navires (qui ne font escale que dans un nombre limité de ports) vers de plus petits navires (feeders) qui acheminent ces marchandises vers de plus petits ports. Les ports les plus importants des façades maritimes (Rotterdam, Shanghai...) peuvent donc être considérés comme de véritable hubs.

 

La Northern Range, principale façade maritime européenne

 

3. La littoralisation croissante des sociétés et la maritimisation des économies.

 

La révolution des transports maritime et la libéralisation des échanges ont largement contribué à la maritimisation des économies, les littoraux devenant particulièrement attractifs pour les hommes et les activités.

- C'est aujourd'hui plus de 65% de la population mondiale qui vit à moins de 100km de la côte. On y trouve quelques-unes des plus importantes métropoles et mégapoles de la planète comme New-York, Los Angeles, Tokyo, Shanghai, Lagos, Le Caire ou encore Mumbai.

- Les grandes métropoles littorales ont vu se développer des Zones Industrialo-Portuaires (ZIP) qui regroupent autour des aménagements portuaires proprement dits (quais, grues et portiques pour les conteneurs, infrastructures transport permettant la multimodalité...), des activités de stockage (cuve à pétrole, silo à grain...) et des fonctions de production (raffineries, usines d'assemblage...). Dans le cas de l'Europe par exemple, les ports et les ZIP de la Northern Range sont directement rattachés au puissant hinterland qu'est la dorsale européenne. Ces ZIP sont par ailleurs plus ou moins spécialisées, comme c'est le cas de Rotterdam avec l'industrie chimique.

 

Shanghai (Chine), une métropole portuaire

 

Le port et la ZIP de Rotterdam

 

- Le tourisme littoral s'est considérablement massifié depuis les années 1960, en particulier sur la rive nord de la Méditerranée qui accueille chaque année plus de 300 millions de touristes internationaux (de la Costa del Sol aux iles grecques en passant par la côte d'Azur et la Riviera italienne). La région combine en effet à la fois un climat chaud et sec l'été, de superbes côtes, un patrimoine historique et architectural exceptionnel, une excellente accessibilité (notamment pour les populations de la mégalopole européenne) et une capacité d'accueil gigantesque.

- Le tourisme littoral se développe désormais de plus en plus dans les pays émergents (Asie du Sud-Est, Brésil, Mexique). Les gigantesques aménagements réalisés à Dubaï en sont les plus célèbres témoignages.

 

Le tourisme de masse à Cancun (Mexique)

 

 

Vocabulaire :

Aquaculture / Conteneur (conteneurisation) / Détroit / EMR / Façade maritime (Range) / Feedering / Halieutique / Hub / Interface / Littoralisation / Marina / Maritimisation / Nodule polymétallique / Off-shore / ZIP

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours geo

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