Chapitre 2 : les régimes totalitaires (1ère partie)

Publié le 15 Novembre 2020

THÈME 1 - FRAGILITÉ DES DEMOCRATIES, TOTALITARISMES ET SECONDE GUERRE MONDIALE   (1929-1945)

 

Chapitre 2 : les régimes totalitaires (1ère partie).

 

Rassemblement nazi à Nuremberg (1935)

 

Si le terme "totalitarisme" apparait dans les années 1920 en Italie sous la plume d’opposants à Mussolini, c'est principalement la philosophe Hannah Arendt ("les origines du totalitarisme", 1951) qui lui donne son caractère scientifique. A partir de l'étude des régimes fasciste, nazi et stalinien, elle définit le totalitarisme comme un régime politique à parti unique, n'admettant aucune opposition organisée et dans lequel l'État tend à confisquer la totalité des activités de la société.

=> Quelles sont les caractéristiques des régimes totalitaires? Quels sont les points communs et les différences entre les régimes allemand, italien et soviétique?

=> Quelles sont les conséquences de la mise en place des régimes totalitaires sur l'ordre européen?

 

I - GENÈSE ET AFFIRMATION DES RÉGIMES TOTALITAIRES

 

=> Comment les régimes totalitaires se sont-ils mis en place?

 

A - Un terreau commun : le traumatisme de la Première Guerre mondiale

 

La 1ère Guerre mondiale est un facteur essentiel dans l'apparition des régimes totalitaires en Europe. En plus de voir persister la « culture de guerre » (violence, glorification de la nation et du sacrifice...), le 1er conflit mondial entraîne une crise multiforme dans de nombreux pays.

 

1. La Révolution de février en Russie.

 

En Russie, la guerre est directement à l'origine de la prise de pouvoir par les bolcheviques de Lénine et Trotsky.

- Début 1917, les conditions de vie des civils sont désastreuses (hiver très dure, augmentation des prix, rationnement, pénurie...) alors que sur le front l'armée russe, désorganisée et mal équipée (manque d'arme, de munitions, de chaussure...) subit des défaites et voit l'Allemagne progresser sur son territoire. Les mutineries et les désertions se multiplient sur le front ainsi que des grèves et des manifestations (pour du pain et la paix) à l'arrière.

- Le 23 février 1917, 200 000 personnes manifestent à Petrograd (Saint-Pétersbourg). Le tsar Nicolas II veut faire cesser les désordres et ordonne aux troupes de tirer sur la foule mais, dans la nuit du 26 au 27, les régiments se mutinent et passent du côté des manifestants. Le 27, l'ensemble de la garnison de Petrograd rejoint les insurgés et prend le contrôle de la ville. Les « 5 jours » de la Révolution de février font ainsi chuter le tsar et l'empire, de manière spontanée et populaire.

- En décembre 1922, Lénine crée l’URSS, Union des républiques socialistes soviétiques, comprenant alors la Russie, la Transcaucasie (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan), lʼUkraine et la Biélorussie.

 

La révolution de février 1917 : fraternisation entre soldats et ouvriers dans les rues de Petrograd.

 

2. L'Italie et la "victoire mutilée".

 

En Italie, les traités qui réorganise l'Europe après la guerre sont mal acceptés par une partie de l'opinion et le pays connait une forte crise économique et sociale.

-L'Italie rejoint l'Entente en 1915 dans l'espoir de récupérer les terres dites "irrédentes" à l'Autriche. La France et la Grande-Bretagne avaient en effet promis par le traité secret de Londres d’avril 1915, que l'Italie bénéficierait de larges compensations territoriales ainsi qu'une zone d’influence en Asie Mineure et en Afrique.

- Mais une fois la guerre achevée, ces promesses ne sont pas tenues et donne l’impression d’une « victoire mutilée ». Cela  contribue à fragiliser la démocratie naissante et entretient une agitation nationaliste (d'autant plus que le pays souffre d'un sentiment d'infériorité par rapport à ces voisins du nord en raison de l'absence d'empire colonial et du faible développement industriel...).

- L'Italie d'après-guerre est enfin marquée par une grave crise économique et des mouvements sociaux qui laissent craindre une révolution communiste.

 

L'Italie en 1920 : crise économique et terres irrédentes

 

3. La crise allemande et le "coup de poignard dans le dos".

 

Après sa défaite dans le premier conflit mondial, l'Allemagne connait une crise profonde qui alimente les mouvements extrémistes.

- Dés la fin du conflit, les mouvements nationalistes (dont le NSDAP) véhiculent l'idée fausse d'un « coup de poignard dans le dos » pour déconsidérer la République de Weimar dont les responsables ont signé l'armistice et accepté les conditions extrêmement dures du traité de Versailles. Le nouveau régime est ainsi désigné comme un régime de « traîtres » et de « faibles ».

- Le traité de Versailles (1919), qui règle le sort de l'Allemagne vaincu, est largement vécu comme une humiliation par les allemands (on parle à l'époque de "diktat" de Versailles), ce qui alimente un sentiment de revanche et de nationalisme dont profitera largement le NSDAP dans les années 1930.

- La guerre provoque enfin une crise multiforme entre 1918 et 1923 : à la crise économique  (hyperinflation, chômage) s'ajoute une crise sociale (misère, grèves et agitations ouvrières) qui débouche sur des mouvements révolutionnaires socialistes (comme avec les Spartakistes à Berlin à 1919) réprimés notamment par les corps-francs.

 

"Le coup de poignard dans le dos", carte postale antisémite de 1919

 

=> Ainsi, au sortir de la guerre, l'Allemagne, l'Italie et la Russie sont dans une situation de crise économique, sociale, politique et identitaire.

 

B - L'arrivée au pouvoir : entre violence et légalité.

 

Si Lénine et les bolchéviques prennent le pouvoir à l'occasion d'une nouvelle révolution, les fascistes italiens et les nazis allemands y accèdent grâce à une stratégie mêlant violence et légalité démocratique.

 

1. La Révolution d'octobre et la guerre civile en Russie.

 

Les bolcheviques de Lénine et Trotski s'emparent du pouvoir en organisant une nouvelle révolution en octobre 1917.

- A la suite de la Révolution de février, un double pouvoir se met en place : un gouvernement provisoire constitué de députés libéraux (plutôt favorables à la poursuite de la guerre) et le soviet ("assemblée") des soldats et des ouvriers de Petrograd qui regroupe des socialistes toute les tendances (dont les bolchéviques), plutôt favorable à la paix immédiate.

- Les bolcheviques s'emparent du pouvoir dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917 en prenant d'assaut le Palais d'Hiver, siège du gouvernement provisoire (sans d'ailleurs véritablement rencontrer d'opposition). A l'inverse de celle de février, la Révolution d'octobre est donc un coup d’État préparé par Lénine et Trotski.

- De 1918 à 1921 environ, une guerre civile ravage le pays. L'armée rouge, fondée par Trotski en février 1918, en sort victorieuse.

 

La prise du Palais d'Hiver en octobre 1917

 

2. Le coup de force des fascistes italiens.

 

En Italie, Benito Mussolini et le parti fasciste s'empare du pouvoir rapidement après la Première Guerre mondiale.

- En 1919, Benito Mussolini fonde les faisceaux de combats, mouvement politique nationalisme doté d'un organe para-militaire, les « chemises noires » (squadristi) composé d'anciens combattants. Le parti compte déjà 17 000 membres en 1919.

- Les fascistes prétendent rétablir la grandeur de l'Italie et lutter contre les désordres sociaux. En 1920 par exemple, avec le soutien financier des grands propriétaires et industriels italiens, ils se chargent de réprimer les grèves et de combattre les syndicats et partis de gauche.

- Cette stratégie de violence, largement héritée de la guerre, se double d'un apparent respect de la légalité : en 1921, Mussolini fonde le Parti National Fasciste et participe aux élections (35 députés du PNF sont élus). Le 28 octobre 1922, fort de ses 700 000 membres, Mussolini organise la « marche sur Rome », véritable démonstration de force pour forcer le roi Emmanuel II à faire entrer le PNF au gouvernement. Le 30 octobre 1922, Mussolini est ainsi officiellement et légalement nommé chef du gouvernement.

 

La marche sur Rome, le 22 octobre 1922. Au centre, B. Mussolini.

 

3. L'arrivée au pouvoir du parti nazi : entre violence et succès électoraux.

 

En Allemagne,  le NSDAP fondé par Adolf Hitler s'empare du pouvoir à la faveur de la crise économique des années 1930.

- Hitler fonde le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands) en 1919. Marqué par une idéologie d'extrême droite, nationaliste, antisémite/raciste et anticommuniste, le parti nazi dispose également d'un organe para-militaire, les SA (Sturm Abteilung), instrument de conquête du pouvoir. .
- Hitler tente tout d'abord un coup d’État militaire en novembre 1923 (putsch de la brasserie de Munich) qui échoue. Il est arrêté et condamné à 5 ans de prison. Il n'y reste que 13 mois durant lesquels il rédige « Mein kampf ». Il s'engage dés lors dans la conquête légale du pouvoir.

- Parti marginal, il profite de la crise économique des années 1930 pour accroître son audience. En 1932, le NSDAP devient le 1er parti d'Allemagne avec plus de 37% des suffrages, grâce notamment au soutien de la bourgeoisie allemande et à la violence des SA. Le 30 janvier 1933, le président Hindenburg le nomme chancelier.

 

Evolution comparée du chômage et des suffrages en faveurs du NSDAP

 

C - Vers la concentration des pouvoirs

 

Très rapidement les leaders politiques vont confisquer l'essentiel des pouvoirs et mettre en place des régimes autoritaires.

 

1. La mise en place du stalinisme.

 

En Russie, le nouveau pouvoir est confronté à de nombreux troubles. La "dictature du prolétariat " se met alors rapidement en place et le régime devient de plus en plus autoritaire et personnel.

- Une police politique, la Tchéka (novembre 1917) et des tribunaux d'exception (janvier 1918) sont mis en place. Ils sont chargés d'arrêter et de juger les « ennemis du régime » tels les "blancs", les anarchistes, les mencheviques, les sionistes, les libéraux... Progressivement, le Parti bolchevique devient le parti unique.

- Après la mort de Lénine en janvier 1924, Joseph Staline et Léon Trotski se font face pour la direction du parti et de l’État. Staline élimine alors ses opposants par une série de « purges » et impose son pouvoir (Trotski est par exemple contraint à l'exil au Mexique où il sera assassiné en 1940). Staline impose ensuite la pratique du candidat unique, désigné au préalable par le Parti communiste.

 

Photo prise à Moscou en 1920. Sur l'estrade, Lénine, gardé par Trotski et Kamenev. Sur le cliché du bas, ces deux derniers ont disparu, effacé de la photographie (et des mémoires) sur ordre de Staline.

 

2. La mise en place de la dictature fasciste en Italie.

 

Après son arrivée au pouvoir, Mussolini va progressivement éliminer toutes formes d'opposition et concentrer tous les pouvoirs.

- Mussolini dirige en 1922 un gouvernement de coalition ou le PNF est minoritaire. Les élections de 1924 sont truquées à son avantage. Il profite de ce succès électoral et de sa popularité (il reconnaît même être à l'origine de l'assassinat d'un opposant politique, Matteotti, en 1924) pour concentrer les pouvoirs

- Entre 1925 et 1926, Mussolini fait voter les « lois fascistissimes » qui établissent la dictature fasciste : censure et contrôle de la presse, interdiction des grèves et des syndicats, seul le PNF est autorisé, création de la police politique (Organisation de Vigilance et de Répression de l'Antifascisme, OVRA).

- Mussolini se fait nommer le « duce » (le guide) et voit ses pouvoirs considérablement élargis. L'Italie devient une dictature fasciste.

 

Mussolini assis sur le cercueil de Matteotti (caricature italienne de 1925)

 

3. Hitler, maitre du Reich.

 

En Allemagne, la confiscation du pouvoir au profit du NSDAP et d'Adolf Hitler est très rapide.

- Le 27 février 1933, l'incendie du Reichstag (parlement) permet à Hitler de faire interdire le parti communiste qu'il tient pour responsable, éliminant ainsi son principal opposant politique.

- Le 24 mars, les pleins pouvoirs sont confiés à Hitler et, dès juillet 1933, le NSDAP devient le seul parti officiel.

- En 1934, à la mort d'Hindenburg, Hitler réunit toutes les fonctions : il est le Führer (le guide) et le Reichskanzler (chancelier). C'est le début du 3ème Reich et de la dictature nazi.

 

Hitler et Hindenburg en mars 1933 à Potsdam.

 

4. Le partie et l’État.

 

Ainsi, dans les trois régimes, le système du parti unique est mis en place. Toutefois, le parti ne se substitue pas à l’État : les structures étatiques sont systématiquement redoublées par le parti.

- Mussolini fonde le grand conseil fasciste en 1924, c'est à dire un “gouvernement bis”. Les fascistes noyautent ainsi les structures de l’État et de l'administration.

- En URSS, le parti communiste, bien que séparé de l’État le domine totalement ; l'administration n'est plus qu'un outil de pouvoir aux mains du parti communiste.

- En Allemagne enfin, Hitler réparti les compétences entre l’État et le NSDAP, provoquant rivalités et concurrences (comme entre les SA/SS et l'armée).

=>Les régimes totalitaires se caractérisent ainsi par une organisation duale du pouvoir et un contrôle du parti sur l’État.

 

Le Reichstag en feu, le 27 février 1933

 

Vocabulaire :

bolchévique / chemises noires / coup de poignard dans le dos / duce / führer / marche sur Rome / SA / terres irrédentes / totalitarisme / victoire mutilée /

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

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