T1 - Chapitre 3 : la Seconde Guerre mondiale (2ème partie)

Publié le 14 Janvier 2021

Thème 1 – FRAGILITÉS DES DEMOCRATIES, TOTALITARISMES ET SECONDE GUERRE MONDIALE (1929-1945)

 

Chapitre 3 : La Seconde Guerre mondiale (2ère partie)

 

Dresde, 1945

 

II - UNE GUERRE D'ANEANTISSEMENT ET D'EXTERMINATION

 

A - Une guerre totale.

 

Dans le cadre d'une guerre totale, l'ensemble des ressources humaines et matérielles sont mobilisés pour soutenir l'effort de guerre et permettre la victoire.

 

1. La mobilisation humaine et économique

 

a. L'ensemble de la population est mobilisé dans le cadre de l'effort de guerre, aussi bien dans les forces armées que dans la sphère économique.

- La mobilisation combattante est massive. Au total, on compte près de 100 millions d'hommes enrôlés dont environ 35 millions pour l'URSS, 17 millions pour les États-Unis et 18 millions pour l'Allemagne. L'opération Bagration mobilise par exemple à elle seule 2,5 millions d'hommes. En Allemagne, à la fin du conflit, les responsables nazis n'hésitent pas à enrôler les enfants pour défendre Berlin.

- Dans tous les pays en guerre, les populations civiles sont mobilisées pour soutenir l'effort de guerre industriel. Les femmes sont, comme lors de la Première Guerre mondiale, appelées pour travailler dans les usines d'armement, comme par exemple aux États-Unis où six millions d'américaines, surnommées les "Rosies", y sont employées entre 1941 et 1945.

- L'Allemagne nazie utilise la main d’œuvre des territoires occupés pour soutenir son effort de guerre. C'est par exemple le cas en France où le régime de Vichy institue en 1943 le Service du Travail Obligatoire (STO) qui impose aux hommes âgés de 20 à 23 ans de travailler dans les entreprises allemandes.

- Le japon exploite également une main d’œuvre servile. Ainsi, environ 180 000 civils autochtones et 60 000 prisonniers de guerre alliés construisent de la ligne de chemin de fer "Siam-Birmanie" qui relie Bangkok à Rangoon (plus de 400 kilomètres). Surnommé la "voie ferrée de la mort" », environ 90 000 civils et 16 000 prisonniers de guerre perdent la vie lors des travaux.

 

"We can do it!", affiche d'Howard Miller, 1942. "Rosie la riveteuse" est devenue le symbole des 6 millions de travailleuses américaines de l'industrie de l'armement.

 

b. Les belligérants mettent par ailleurs en place une économie de guerre afin de répondre aux besoins des armées.

- En mars 1941, les États-Unis adopte la loi « prêt-bail » qui autorise le président à « vendre, céder, échanger, louer, ou doter par d'autres moyens » du matériel de guerre et toute autres marchandises aux États en lutte contre les puissances de l'Axe. De 1941 à 1945, les aides américaines se sont élevées à plus de 50 milliards de dollars. Les principaux bénéficiaires du prêt-bail sont le Royaume-Uni et l'Union soviétique.

- En janvier 1942, Roosevelt lance le "Victory Program", qui permet à l'économie américaine de devenir "l'arsenal des démocraties" en produisant des quantités exceptionnelles de matériels militaires grâce à une prise en main et une planification de l'économie par l’État. En 3 ans, ce sont ainsi 60 000 avions, 45 000 chars et 20 000 canons qui sortent des usines américaines (de celles de Detroit notamment). La standardisation industrielle permet aussi de construire plus de 2700 cargos de guerre, les « liberty ships ».

 

Affiche de propagande en faveur du STO, 1943

 

Un "Liberty ship", cargo militaire américain.

 

2. La mobilisation scientifique.

 

La guerre entraine également une multiplication des innovations technologiques dans tous les domaines de l'armement afin d'accroitre les moyens de destructions.

- En octobre 1941, les États-Unis lancent le "projet Manhattan" qui mobilise les plus grands scientifiques de l'époque (comme Robert Oppenheimer et Enrico Fermi), afin de mettre au point la bombe nucléaire (soviétique, allemands et japonais mènent d'ailleurs également leurs recherches dans ce domaine).

- A partir de 1944, l'Allemagne met au point les premiers missiles longues portées, les V1 et les V2.

- Les britanniques mettent au point les radars aéroportés H2S pour repérer les cibles au sol et sont utilisé sur divers bombardiers à partir de 1943.

- Le mathématicien britannique Alan Turing participe  au décryptage de la machine Enigma qui permettait aux allemands de coder leurs messages.

Tout au long du conflit, les capacités militaires se développent et le nouvel armement est de plus en plus efficace et meurtrier.

 

Un missile V2 allemand.

 

Les bombes atomiques "Little Boy" et "Fat Man" explosent respectivement au-dessus de Hiroshima le 6 août 1945 (gauche)  et de Nagasaki le 9 août 1945 (droite).

 

3. La mobilisation des esprits dans le cadre d'une guerre idéologique.

 

La Seconde Guerre mondiale est une guerre idéologique qui oppose deux camps antagonistes défendant des valeurs opposées.

- L'Allemagne nazie, l'Italie fasciste et le Japon sont des régimes autoritaires fondés sur une idéologie raciste/nationaliste et sur la guerre de conquête. Les Alliés défendent au contraire les valeurs de la démocratie et des droits de l'homme. Toutefois, USA et GB sont alliés avec l'URSS, régime totalitaire communiste dirigé par Staline.

- Signée en août 1941 par Roosevelt et Churchill, la Charte de l'Atlantique prévoit la mise en place d'un nouvel ordre mondial fondé sur la démocratie et le droit des peuples à disposer d'eux-même.

- Dans chaque camp, l'ennemi est diabolisé et déshumanisé, afin de justifier et de légitimer la guerre (qui devient juste) et la violence qui l'accompagne (qui devient dès lors nécessaire). La propagande joue dans ce cadre un grand rôle, forgeant des cultures de guerre emplies de haine. Les Nations sont assimilées à leurs États réciproques et doivent être anéantis car elles/ils sont perçues comme des ennemis absolus. La distinction entre soldats et civils est progressivement abolie.

 

A gauche : affiche japonaise célébrant l'alliance entre le Japon, l'Allemagne et l'Italie (1941). A droite : affiche américaine représentant Hitler et le général Tojo en monstre à deux têtes (1942)

 

B - Une guerre d'anéantissement.

 

1. Les crimes de guerre.

 

En Europe comme en Asie, les lois de la guerre (comme la convention de Genève qui définit les règles de conduite à adopter en période de conflits armés) sont largement bafouées par les belligérants. Dans cette guerre idéologique et raciale, il ne s'agit pas seulement de gagner (ou de libérer) des territoires mais d'anéantir totalement l'ennemi.

- Pour les nazis, l'ennemi ultime est le "judéo-bolchévique" (incarné par l'URSS) qu'il faut intégralement détruire. Les prisonniers de guerre sont ainsi particulièrement mal traités : 60% des prisonniers soviétiques sont tués par les nazis (plus de 2 millions de soldats). Lors de l'avancée des troupes allemandes en Europe de l'est, elles assassinent par ailleurs systématiquement les élites politiques et militaires ennemis.

- Durant cette période, les japonais méprisent les autres peuples asiatiques, en particulier les chinois, qu'ils considèrent comme inférieurs. Ils font preuve d'une grande violence à leur encontre et multiplient les crime : massacre de Nankin (1937), sac de Manille (1945), usage de larme chimique en Chine, esclavage sexuelle dans les territoires occupés (on estime à plus de 200 000 le nombre de "femmes de réconfort", comme le désigne l'euphémisme employés par les japonais), mauvais traitement des prisonniers de guerre (rappelons que dans l'idéologie japonaise de l'époque, la mort est préférable à la défaite perçu comme le pire des déshonneurs... )

- En 1940, le NKVD massacrent des milliers d'officiers et de membres de l'élite polonaise dans la forêt de Katyn. Les crimes de l'URSS, qui a nié sa responsabilité durant toute la guerre froide (accusant les troupes allemandes), sont tus par les américains et les britanniques dans le cadre de la Grande Alliance avec les soviétiques.

 

Civils chinois enterrés vivants lors du massacre de Nankin (1937)

 

Prisonniers de guerre soviétiques nus dans le camp de Mauthausen (date inconnue)

 

2. Violences de masse : les civils au cœur du conflit

 

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les populations civiles sont particulièrement visées par les belligérants, aussi bien par haine idéologique que pour des raisons stratégiques.

- Les populations assiégés dans les villes sont réduites à la famine, comme lors de la bataille de Stalingrad durant laquelle près de 300 000 périssent. Au total, 15 millions de civils soviétiques meurent à cause de la guerre.

- Lors de l'opération Cottbus en Biélorussie (mai 1943), les forces allemandes détruisent plus de 200 villages et massacrent au moins 20 000 civils. Par ailleurs, le 10 juin 1944, la division SS "Das Reich" massacre toute la population d'Oradour-sur-Glane (643 morts) avant de battre en retraite.

- Les bombardements massifs sur les civils sont aussi bien l’œuvre des puissances de l'Axe que des Alliés. Ils ont pour objectifs de terroriser les population et de contraindre les gouvernements à demander la fin des hostilités sous la pression de l'opinion publique. La bataille d'Angleterre (1940) cause ainsi la mort de plus de 40 000 civils.  Les villes allemandes (comme Dresde où meurent 35 000 personnes) et Japonaises (notamment Tokyo, bombardée de février à mai 1945) sont presque entièrement détruites.

- Pour faire plier le Japon et accélérer le dénouement de la guerre, le président Truman décide d'utiliser l'arme nucléaire contre les villes d'Hiroshima et de Nagasaki. Les bombes sont respectivement larguées les 6 et 9 août 1945. A Hiroshima, on estime à environ 100 000 personnes tuées, la grande majorité au moment du bombardement et dans les jours suivants.

Aidé par la propagande et progrès techniques, la guerre entraine mort et destruction de masse, effaçant la distinction entre le front et l'arrière, entre les soldats et les civils.

 

Oradour-sur-Glane.

 

Cologne, 1945

 

Hiroshima, 1945

 

C - Les génocides des Juifs et des Tsiganes.

 

Dés le milieu des années 1930, les tsiganes et juifs allemands sont enfermés dans des camps de concentration. La guerre donne l'occasion au régime nazi d'accélérer et de radicaliser sa politique d'exclusion et d'extermination raciale.

 

1. La création des ghettos

 

Entre 1939 et 1940, les allemands enferment les Juifs polonais dans des ghettos où sont aussi déportés les Tsiganes. Ils constituent l'antichambre des camps de la mort.

- Les ghettos sont des quartiers, isolés par des barbelés et/ou des murs du reste de la ville, dans lesquels sont regroupés les populations juives et tsiganes. Le terme désigne à l'origine un quartier imposé aux juifs par les autorités de la République de Venise au début de l'époque Moderne.

- On en dénombre près de 400, notamment en Pologne, comme ceux de Varsovie (qui compte jusqu'à 450 000 personnes vers 1941), Cracovie ou encore Lódz. Hitler envisage un temps de déporter les populations juives en Europe orientale ou à Madagascar.

- Les conditions de vie y sont terribles (surpopulation, faim, froid, maladie...) et la mortalité très élevée. Entre le 19 avril et le 16 mai 1943, la population du ghetto de Varsovie contre les forces d'occupation allemandes. Le soulèvement est très violemment réprimé; les survivants sont ensuite déportés vers des camps d'extermination.

 

Le ghetto de Varsovie.

 

Enfants dans le ghetto de Varsovie

 

Évacuation du ghetto de Varsovie après le soulèvement de 1943

 

2. La Shoah par balles.

 

Avec l'invasion de l'URSS à partir de juin 1941, qui place sous la domination nazie des populations juives encore plus nombreuses, la politique d'extermination se radicalise encore davantage.

- Les « Einsatzgruppen », unités mobiles composées de SS qui suivent l'avancée de la Wehrmacht, sont chargés de fusiller les juifs, les tziganes et les responsables politiques et militaires soviétiques à l'arrière du front. Ils rassemblent hommes, femmes et enfants en dehors des villes et villages, les fusillent et entassent les cadavres dans des fosses qu'ils recouvrent ensuite de terre. Ils sont souvent aidés par des troupes auxiliaires locales (ukrainiens, baltes...).

- En septembre 1941, la quasi totalité des juifs de Kiev (près de 35 000 individus) est exterminés dans le ravin de Babi Yar. Plus d'un millions de personnes périrons ainsi entre 1941 et 1943

- Pour économiser les munitions et limiter l'impact psychologique de ces massacres sur les soldats, les allemands commencent à gazer leurs prisonniers dans des camions. C'est le début de la Shoah.

 

Zone d'action des einsatzgruppen

 

Exécution par les Einsatzgruppen.

 

Le ravin de Babi Yar, Kiev, Ukraine.

 

3. Les camps de la mort et la mise en œuvre de la solution finale.

 

Afin d'accélérer le processus (très certainement avant la défaite qui se profile), les nazis vont rationaliser et systématiser l'extermination des juifs et des tziganes à partir de 1942.

- Lors de la conférence Wannsee en janvier 1942, Reinhard Heydrich définit les modalités administratives et pratiques de la « solution finale de la question juive », c'est-à-dire l'extermination de la population juive européenne. L'organisation du génocide est centralisée à Berlin.

- Des centaines de milliers de juifs et de Tsiganes sont alors déportés de toute l'Europe (sous la supervision d'Eichmann) vers des camps :

  • les camps de concentration : il s'agit de camps de travail dans lesquels les prisonniers meurent d'épuisement ou sont exécutés lorsqu'ils ne sont plus utiles (Buchenwald, Dachau, Bergen-Belsen, Mauthausen..)
  • les camps d'extermination, tous situés en Pologne, sont des lieux de mise à mort : Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Belzec, Chelmno, Sobibor et Majdanek.

- Les déportés arrivent par train dans des conditions inhumaines (ils sont transportés dans des wagons à bestiaux et beaucoup meurent avant d'atteindre les camps) puis sont presque tous immédiatement gazés et les corps brulés dans des fours crématoires.

- A Auschwitz-Birkenau et Majdanek, qui sont aussi des camps de concentration, les SS séparent ceux qui peuvent encore travailler de ceux (enfants, vieillards, malades...) qui sont conduits immédiatement dans les chambres à gaz. Ces « sonderkommandos » (constitué de juifs) sont soumis aux travaux forcés et chargés de faire disparaître les corps.

- En 1944, les défaites militaires allemandes les conduisent à tenter de dissimuler les traces du génocides : ils évacuent les détenus (marche de la mort), détruisent les fours crématoires...  Le 27 janvier 1945, l'armée rouge libère le camp Auschwitz où sont morts plus d'un million de personnes.

L'extermination prend ici un caractère industrielle, massif, insoutenable.

 

L'Europe des camps nazis.

 

Juifs du ghetto de Lodz emmenés au camp de Chelmno

 

L'arrivée au camp d'Auschwitz-Birkenau. Des Juifs soumis à la sélection sur le quai, plus connu sous le nom de « rampe ».

 

Plan du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.

 

Chambre à gaz (Auschwitz-Birkenau)

 

Découverte  d'un four crématoire à Buchenwald par un soldat américain (1945)

 

Libération du camp d'Auschwitz-Birkenau, janvier 1945.

 

Vocabulaire :

Arsenal of Democraty / chambre à gaz / einsatzgruppen / four crématoire / génocide / ghetto / guerre totale / Libert Ship / loi prêt-bail / projet Manhattan / shoah / sonderkommando / rosie / service du travail obligatoire / V1 - V2 / Victory Program /

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

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