Étudier les divisions politiques du monde : les frontières dans le monde d’aujourd’hui.

Publié le 6 Janvier 2023

Étudier les divisions politiques du monde : les frontières dans le monde d’aujourd’hui.

 

 

I - Frontières et mondialisation.

 

Doc. 1 : « Malgré la mondialisation, le retour des frontières », par Valerie Mignon (professeur d'économie à l'université Paris Nanterre), in lesechos.fr, le 6 août 2019.

« Alors que les frontières sont fréquemment perçues comme des limites fixées dans l'espace et le temps, l'exemple européen permet de saisir qu'elles ne sont pas immuables. Il n'est qu'à considérer les vastes flux migratoires actuels qui soulèvent la question de l'existence et des limites de l'espace Schengen ou encore les phénomènes de Grexit et de Brexit, qui conduisent à s'interroger sur les limites de la zone euro, d'une part, et de l'Union européenne, d'autre part. Les frontières ne sont ainsi pas figées, ce qui rend d'autant plus complexe la définition de leur rôle économique, question qui revêt en outre une multitude de dimensions.

Dans sa dimension commerce, la frontière est souvent considérée comme une entrave aux échanges et un obstacle à la libre circulation de la main-d'oeuvre et des capitaux. On parle d'« effet frontière » pour désigner le fait que le commerce à l'intérieur d'une unité géographique donnée est supérieur à celui observé avec un partenaire extérieur. L'importance de ces effets tend toutefois à s'atténuer. Du fait du développement des accords commerciaux, les droits de douane ont progressivement laissé la place aux mesures non tarifaires, devenues aujourd'hui dominantes. (...)

S'agissant de la dimension finance, la notion même de frontière est remise en cause par une très vive dématérialisation. Cette disparition des frontières dans le domaine financier soulève inévitablement des questions cruciales en termes de régulation et de réglementation, de fiscalité et d'extraterritorialité. L'économie numérique revêt en effet des spécificités allant à l'encontre de notre vision traditionnelle de l'économie et, par conséquent, des frontières, puisqu'elle se caractérise par l'absence de localisation des activités, l'importance des plates-formes et des réseaux, et les aspects liés à l'exploitation des données; spécificités remettant en cause les principes de base d'application des règles fiscales.

La frontière est aussi au cœur des débats à travers la question très médiatisée des migrations. (...). Ces divers éléments témoignent de l'actualité criante de la notion de frontière qui, après avoir été reléguée au second plan, revient clairement sur le devant de la scène aujourd'hui. Ils montrent que, malgré la mondialisation, les frontières n'ont pas disparu, mais qu'elles se sont complexifiées, redéfinies, déplacées et qu'elles revêtent de multiples dimensions. Ces éléments s'accompagnent ainsi de très nombreuses questions liées à un éventuel retour au protectionnisme, à l'instauration d'accords régionaux et de zones de libre-échange, à l'impact des mesures sanitaires et phytosanitaires sur les exportations, aux stratégies d'implantation des firmes, à l'extraterritorialité et aux mouvements migratoires. (...) »

 

Doc. 2a : zone de libre-échange et espaces de développement en Asie du sud-est.

 

Doc. 2b : le triangle de développement Singapour - Malaisie - Indonésie.

 

Doc. 3. : les multiples frontières de l'Union Européenne.

 

Doc. 4 : « Cyberespace et Internet : un réseau sans frontières ? », par Alix Desforges, CERISCOPE Frontières, 2011.

« La question de la gouvernance de l'Internet est un véritable enjeu pour les États. […] Le mode de fonctionnement de ce dernier lui vaut d'être qualifié de territoire sans frontières. […]
Si la structure même du réseau rend tout contrôle étatique difficile, son architecture peut être modifiée. […] Certains États comme la Chine ont rapidement repensé l'architecture et mis en place un réseau aisément contrôlable. L'expression de « grande muraille du net » désigne la censure qu'exercent les autorités de Pékin sur l'Internet. Le contrôle que l'État chinois exerce sur l'Internet institue en quelque sorte des frontières au sein du cyberespace. […] Les pays démocratiques contrôlent également les contenus qui circulent dans le cyberespace. […] Selon certaines dispositions du Patriot Act, les États-Unis pourraient disposer d'un droit de regard sur ce qui se passe sur les serveurs conçus par des entreprises américaines (Amazon, Google, Cisco, etc.) même lorsque ceux-ci sont situés dans d'autres pays. […] L'Internet et le cyberespace ne constituent pas une négation des frontières des États. Au contraire, à l'ère numérique, celles-ci conservent tous leurs attributs et peuvent même, dans certains cas, se voir renforcées. »

 

II - La multiplication des frontières depuis la fin de la 2nde Guerre mondiale.

 

Doc. 1a : « La multiplication des frontières en Europe depuis 1989 », Pascal Orcier (agrégé et docteur en géographie, professeur au lycée Beaussier, La Seyne-sur-Mer), in http://geoconfluences.ens-lyon.fr, juin 2020

« La configuration politique du continent européen a été marquée par une stabilité durant la Guerre froide de 1947 à 1990 : il n'y a pas eu de changement de frontière ni de création d’État durant cette période. En revanche elle a été remodelée à plusieurs reprises au cours des trois dernières décennies du fait de la réunification allemande d'une part, et de la dislocation de l'URSS, de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie selon des modalités et des temporalités spécifiques d’autre part. Cela a entraîné la multiplication des frontières et un morcellement politique accru.
De nouveaux États ont fait leur apparition sur la carte politique de l'Europe comme la Slovaquie ou la Slovénie. D'autres ont ressurgi après une longue incorporation dans une entité plus vaste (50 ans pour les pays baltes, 88 ans pour le Monténégro et la Serbie) ; d'autres n'avaient connu qu'une existence éphémère et contestée, comme l’Ukraine et la Géorgie entre 1918 et 1921. La Bosnie n'avait existé que comme région distincte administrée par l'Autriche (1878-1908), la Croatie comme État fantoche à la solde d'Hitler (1941-1944). Quant à la Moldavie, elle reste tiraillée entre une improbable incorporation à la Roumanie dont elle a fait partie de 1918 à 1940 et la difficile émergence d'une identité propre. À cela s'ajoutent des frontières de facto, non reconnues, délimitant des républiques autoproclamées, concentrées dans l'espace ex-soviétique.
Ces nouvelles frontières s'inscrivent pour la plupart sur d'anciennes limites administratives ou anciennes limites de possessions impériales. Elles ont une antécédence en tant que limite. Symboles d'une souveraineté recouvrée ou fraîchement acquise, elles font encore parfois l'objet de contestations ou de délimitations imprécises, notamment dans les Balkans. Leur normalisation est une étape nécessaire à la résolution des contentieux et à l'intégration à l'Union européenne, entité supra-nationale qui s'est imposée durant la seconde moitié du XXe siècle pour établir une paix durable sur le continent. »

 

Doc. 1b : la fragmentation politique de la Yougoslavie (1990-2008).

 

Doc. 2a : l'évolution du tracé des frontières dans le monde, (avant 1800-2016)

 

Doc. 2b : L'évolution du nombre d’États membres de l'ONU (1945-2015)

 

III - Des frontières de plus en plus marquées.

 

Doc. 1 : fermeture et tensions frontalières dans le monde (2019).

 

Doc. 2a : la frontière de l'Union Européenne dans l'enclave espagnole de Ceuta.

 

Doc. 2b : la frontière de l'Union Européenne dans l'enclave espagnole de Ceuta (schéma).

 

Doc. 3 : Les barrières administratives (2018).

 

Doc. 4 : « la smart border », Stéphane Rosière, AntiAtlas Journal, #2, 2017

« La notion de smart border renvoie à une frontière idéale, capable de laisser passer les flux et de détecter le danger ou la situation illicite sans remettre en cause la fluidité du trafic général. La frontière « intelligente » repose sur l'usage massif de la technologie, notamment de l'électronique et de l'informatique dans le but de réduire la contradiction entre circulation et sécurité. […] La dimension symbolique de ces barrières électroniques ne doit pas être négligée, les appareils connectés à ces « murs » électroniques cherchent à intimider (politique de dissuasion) ou à réaffirmer une autorité. Pour autant, les appareils visibles lors du franchissement de la frontière ne sont que la partie visible des « frontières intelligentes » ; en effet, les points de passage frontaliers (PPF) sont reliés à des puissantes bases de données […] Le contrôle des individus s'exerce dans le pays de départ ou celui de transit (par les consulats ou même les compagnies aériennes qui sont considérées comme responsables si elles embarquent des personnes dépourvues de papiers en règles). […] Ainsi, le système frontalier se « réticularise », la frontière n'est plus que l'un des éléments d'un maillage plus vaste de contrôle.»

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #HGGSP Première

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