Chapitre introductif - Les Jeux Olympiques, un objet d'étude en HGGSP

Publié le 3 Septembre 2025

Chapitre introductif - Les Jeux Olympiques, un objet d'étude en HGGSP

 

Amphore panathénaïque représentant des coureurs de vitesse aux Jeux olympiques, Euphiletos, vers 550-530 av. J.-C. Metropolitan (Museum of Art, New York).

 

Dans ce chapitre introductif, l’exemple des Jeux Olympiques permet de saisir les concepts et les méthodes propres à chaque discipline de la spécialité.

Il convient ainsi de se demander :

- comment les Jeux Olympiques peuvent-ils être étudiés par une approche historique, géographique, géopolitique et politique? (qu'apprend-on sur les JO à travers cette étude?)

- en quoi ces documents nous renseignent sur les objets et les méthodes associés à l’Histoire, la Géographie, la Géopolitique et les sciences politiques ? (qu'apprend-on sur l'HGGSP à travers cette étude?)

 

I - Les JO, approche historique

 

Définition : l'histoire est une science humaine qui cherche à faire le récit du passé des sociétés humaines à travers des faits et des événements.

Citation : "Les historiens racontent les évènements vrais qui ont l’homme pour acteur ; l’histoire est un roman vrai.",  Paul Veyne (in "Comment on écrit l’histoire", 1971). 

Questions : 

- De quels types sont ces documents? En quoi sont-ils nécessaires au travail des historiens? Pourquoi doit-il être "critique" vis-à-vis de ces documents?

- Quelles sont les différentes périodes historiques évoquées dans ces documents? Quel est l'intérêt d'étudier les JO sur une telle durée?

- A partir de ces documents, quelles "histoires" l'historien peut-il raconter?

 

Doc. 1 : Le site des Jeux d'Olympie (Grèce)

Les Jeux olympiques antiques furent créés au cours du VIIIe siècle avant notre ère. en l‘honneur de Zeus. Tous les 4 ans, ils réunissaient les différentes cités de la Grèce antique et duraient 5 jours Ils perdurèrent pendant plus de 1 000 ans et il est traditionnellement considéré que les derniers Jeux olympiques antiques se déroulèrent en 393 après J.-C.

 

Doc. 2 : Les disciplines sportives pendant les Jeux d'Olympie

Une course en arme. Hoplitodromie. Face B d'une amphore panathénaïque à figures noires, 323-322 av. J.-C. Provenance : Bengazi, en Cyrénaïque (actuelle Libye).

Scène de pancrace : un arbitre punit avec une baguette un athlète qui met les doigts dans l'œil de son adversaire. Kylix du Peintre de la Fonderie, 490-480 av. J.-C., (British Museum)

 

Doc. 3 : L'organisation des Jeux d'Olympie, in Pausanias, "Description de la Grèce", livre V, Chapitre IX, entre 150 et 175 après notre ère.

"L’ordre observé maintenant dans les jeux veut qu’on fasse les sacrifices à Zeus après le combat du pentathle et les courses des chevaux. Les exercices des hommes et les courses des chevaux se faisaient auparavant toutes le même jour ; mais il arriva cette année que les pancratiastes furent rejetés à la nuit, n’ayant point été appelés à temps à cause des courses des chevaux, et surtout parce que le prix du pentathle fut longtemps disputé. Cela n’empêcha pas Callias Athénien d’être vainqueur au pancrace ; mais on s’arrangea de manière que ni le pentathle ni les chevaux ne fussent à l’avenir un obstacle au pancrace. Quant à la présidence des jeux, elle ne se régla plus de la même manière que dans les commencements. En effet, Iphitos les présida seul, et il en fut de même des descendants d’Oxylos, qui les firent célébrer après lui. "

 

Doc. 4 : Les membres du comité d'organisation des Jeux Olympiques de 1896. Pierre de Coubertin est le 4e personnage debout, en partant de la droite. (photographie d'Eugen Albert)

 

Doc. 5 : Anthony Jeanjean lors des JO de Paris 2024. (K. Pfaffenbach/Reuters)

 

II - Les JO, approche géographique

 

Définition : La géographie est une science humaine qui étudie les pratiques spatiales et l'organisation territoriale des sociétés. 

Citations : "La géographie sert aussi, pour tout un chacun, à admirer davantage de beaux paysage, en comprenant mieux comment ils sont construits.”? Yves Lacoste (2003). "La Géographie n'est autre chose que l'Histoire dans l'Espace", Jean Jacques Elisée Reclus (in "L'Homme et la Terre", 1905).

Questions : 

- De quels types sont les documents présentés? Quelles avantages présentent-ils pour le géographe? Quel est ainsi la base du travail géographique?)

- De quelles manières l'organisation des JO transforme-t-elle un espace urbain? Que va chercher à mettre en évidence l'analyse géographique? 

- A quelles échelles la géographie des JO peut-elle être étudiée grâce à ces documents? Quel est l'intérêt d'avoir une approche "multiscalaires" (à plusieurs échelles)? 

 

Doc. 1 : Les villes hôtes des Jeux Olympiques d'été depuis 1896 (CIO/AFP)

 

Doc. 2a : Les sites olympiques, Paris 2024 (CIO)

 

Doc. 3 : Le quartier de Stratford avant et après le JO de Londres (2012)

Quartier ouvrier situé à l’Est de Londres, Stratford a été profondément transformé à l’occasion des Jeux olympiques de 2012. Le village olympique a été reconverti en 2800 logements et 2000 autres ont été construits. Réhabilité, le quartier est devenu attractif et malgré 25 % de logements sociaux, les populations les plus modestes ont dû quitter ce quartier marqué par un fort mouvement de gentrification.


Doc. 2b : Des expulsions loin des favelas détruites, in Lucas Faulhaber, "A Copa contra o direito à cidade", juin 2014

 

Doc. 4 : "Accueillir une épreuve déconcentrée pour assurer sa visibilité ? L'exemple de Châteauroux", in "Les Jeux olympiques de Paris 2024 et leurs effets territoriaux", Stéphane Merle, géoconfluences.ens.fr, juillet 2024

"Le choix de Châteauroux relève d’une double logique. Pour la fédération française de tir, c’est l’occasion de valoriser son équipement de 140 000 m² dont la construction et ses 38 millions d’euros avaient nécessité la participation financière de tous les licenciés. Pour l’EPCI Châteauroux Métropole, c’est l’occasion de valoriser un site emblématique de l’industrialisation en milieu rural, situé sur la commune de Déols et ses 7500 habitants, en fait une ancienne base militaire de l’OTAN (de 1951 à 1967) puis de l’Armée française : la Martinerie.  (...) L’un des bâtiments a été loué par le prince saoudien qui a racheté le club de football local, celui de la Berrichonne, pour y créer pompeusement une « académie de football » : il doit accueillir les athlètes olympiques en juillet 2024, tandis que la mise en tourisme pour héberger les spectateurs se limite à quelques opérations sur l’hébergement (transformation d’une ancienne chapelle en appart-hôtel pour 5 millions d’euros en partie payés par la ville et l’intercommunalité). L’Indre reste en effet un département en déficit d’image et le coup de projecteur pourrait se limiter à la médiatisation de la première médaille olympique des Jeux remise au centre de tir le 27 juillet 2024 devant 700 spectateurs installés dans une tribune provisoire. C’est bien ici la faiblesse des infrastructures et l’isolement géographique – aussi à échelle nationale que locale – qui limitent les effets de l’événement, y compris pour l’animation locale (la fan-zone prévue avec écran géant et guinguette dans un parc excentré est finalement annulée début 2024, contestée par les commerçants du centre-ville révélant les problèmes de revitalisation des villes moyennes)."

 

III - Les JO, approche géopolitique

 

Définition : La géopolitique étudie les enjeux et les rivalités de pouvoir entre différents acteurs inscrits dans des territoires spécifiques. C’est un savoir de la conflictualité.

Citations : "Le sport c'est la guerre, les fusils en moins », G. Orwell (1945). “Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.” Charles de Gaulle

Questions : 

- Qu'est-ce que "l'apolitisme olympique"? (doc.1). Pourquoi l'auteur du doc. 1 affirme-t-il qu'il s'agit d'un mythe? 

- Comment les JO peuvent-ils servir les intérêts d'un État et de ceux qui le gouvernent?

- Montrez que les JO peuvent-ils être un lieu de conflit ou au contraire de rapprochement?

 

Doc. 1 : Le mythe de l’apolitisme olympique, in Pascal Boniface, "JO politiques", Eyrolles, 2016.

"Le Baron Pierre de Coubertin et ses différents successeurs n’ont eu de cesse de réaffirmer le caractère strictement apolitique des Jeux. Le sport, selon eux, doit être au-dessus de la mêlée politique et être neutre. (…) La Charte olympique proscrit toute expression du politique dans le mouvement olympique (…) Cette interdiction repose sur une formidable contradiction, pour ne pas parler d’hypocrisie flagrante. Dès le départ, l’objectif officiel, contribuer à la pacification des relations internationales, est hautement politique et stratégique. L’objectif non avoué de Coubertin, renforcer, grâce à la politique sportive, le rang de la France, l’est tout autant, (…) L’interdiction officielle de l’intrusion de la politique dans les Jeux concernent les athlètes, pas les États. Les premiers, qui vont vite devenir des ambassadeurs en short, sont tenus au devoir de réserve. Les États restent dans libres de déterminer leur ligne politique et le CIO, que ce soit dans l’acceptation ou l’exclusion de délégations nationales ou le choix de la ville hôte, va prendre ses décisions en fonctions de critères géostratégiques."

 

Doc. 2 : Le tableau des médailles depuis 1976

 

Doc. 3 : "L'odieuse agression de Munich", une du journal L'équipe du 6 septembre 1972.

Le 5 septembre 1972, un commando de l’organisation palestinienne « Septembre noir » prend en otage 11 athlètes israéliens dans le village olympique de Munich – deux sont tués lors de l’attaque. Les terroristes lancent un ultimatum à Israël : s’ils n’obtiennent pas la libération de 234 prisonniers palestiniens, ils exécuteront les otages. L’intervention de la police allemande échoue : le bilan est de 17 morts, dont 11 israéliens. Pour la première fois de l’histoire des Jeux, le drapeau olympique est en berne car la trêve olympique a été rompue.

 

Doc. 4 : "Pas de sport sans liberté", affiche du Comité Français pour le Boycott International des Jeux Olympiques (de Moscou en URSS), 1980

 

Doc. 5a : L’arbitre déclare l’Israélien Tohar Bulbut vainqueur après le forfait de son adversaire algérien lors des JO de Paris 2024 (Luis Robayo/AFP)

 

Doc. 5b : Selfie entre les pongistes Nord et Sud Coréens sur le podium de l’épreuve mixte du tennis de table. (Jung Yeon-Je/AFP)

 

 

IV - Les JO, approche politique

 

Définition : La science politique est une science sociale qui étudie les « faits politiques ». Elle s'intéresse  donc « au politique » , c'est-à-dire à l'organisation politique des sociétés (répartition des pouvoirs, organisation de l’État...) ainsi qu'à « la politique » , que l'on peut entendre comme la conquête et l'exercice du pouvoir.

Citation : "La politique n'est pas une science exacte", Otto von Bismarck (discours à la Chambre prussienne des seigneurs, décembre 1863). 

Question

- Montrez que les JO peuvent être des lieux d'expression politique. Distinguez les différents acteurs et précisez leurs revendications.

- Quels avantages les JO offrent-ils en tant que "tribune" (lieu d'expression publique)?

 

Doc. 1 : Les Américains Tommie Smith (au centre) et John Carlos (à droite), poings levés et gantés de noir sur le podium du 200 mètres, le 16 octobre 1968 (JO de Mexico). A gauche, l'Australien Peter Norman (Rich Clarkson/NCAA Photos/Getty Images) 

 

Doc. 2a : Affiche de propagande pour les JO de 1936 à Berlin

 

Doc. 2b : Un athlète portant la flamme olympique passe devant les jeunesses hitlériennes, JO de Berlin 1936.

En juillet 1936, les Jeux Olympiques sont organisés à Berlin, sous le IIIe Reich qui entend alors profiter de cette occasion pour impressionner le monde. Le culte du corps et de la performance physique tiennent une place importante dans l'idéologie nazie. Carl Diem, secrétaire général du comité organisateur, propose l'idée d'un relais de la flamme. Idée retenue par Adolf Hitler et Goebbels. Le relais part d'Olympe, en Grèce, pour rejoindre Berlin, soit plus de 3 000 km, en passant par des milliers de mains, sans jamais s'éteindre. Ce passage du flambeau revêt alors une symbolique forte et exalte l'Allemagne nazie qui établit un lien entre "les Aryens" et la Grèce Antique, tout en surfant sur la symbolique de la flamme purificatrice, alors que dans le même temps, la persécution envers les Juifs, les tziganes et les opposants politiques avait déjà commencé.

 

Doc. 3 : « Hongrie : Momentum du mouvement anti-JO au parti anti-système », in Paris Match Belgique, 6 mars 2017.

"Le collectif d’activistes hongrois qui avait poussé le Premier ministre conservateur Vioktor Orban à retirer la candidature de Budapest de la course au JO 2024 a annoncé dimanche se constituer en parti politique en vue des législatives de 2018. (…) Leur credo : préserver l’argent susceptible d’être dépensé dans les JO pour réformer l’éducation et le système de santé. Par le biais de sa campagne anti-JO, la jeune organisation espère fédérer une majorité d’électeurs et former une nouvelle force politique anti-Orban. « Non aux Jeux Olympiques, oui à notre futur ! » En quelques semaines, la pétition NOlimpia a récolté 266 000 signature, soit presque du double nécessaire pour déclencher l’organisation d’un référendum local, et a conduit le gouvernement hongrois a jeter l’éponge fin février."

 

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #1ère HGGSP

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