Espace : « Les orbites terrestres se transforment en terrain de compétition et de confrontation » (la-croix.com)
Publié le 19 Avril 2026
Espace : « Les orbites terrestres se transforment en terrain de compétition et de confrontation » (la-croix.fr)
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Les quatre membres de l'équipage qui rejoindra la Station spatiale internationale le 13 février 2026, dont la Française Sophie Adenot (à droite).
"Alors que Sophie Adenot s’apprête à effectuer son premier séjour à bord de la Station spatiale internationale, l’événement pourrait paraître assez routinier. La Française ne sera pas la première astronaute à vivre à 400 km au-dessus de nos têtes, bénéficiant d’un ballet maintenant bien rodé assurant depuis vingt-cinq ans la permanence d’une présence humaine dans l’espace.
Mais cette impression de normalité est trompeuse. D’abord parce que l’espace, « c’est dur », comme l’affirmait le président américain Kennedy en 1962. Cela reste le cas aujourd’hui. L’envol de Sophie Adenot représente un exploit technique et une aventure humaine. Après des décennies, le vol spatial garde d’ailleurs une aura certaine auprès du grand public.
Ensuite, parce que cet événement s’inscrit dans un contexte en pleine transformation. L’interpénétration croissante des intérêts politiques et économiques fait désormais de l’occupation de l’espace, dans ses différentes dimensions, l’objet de perspectives, voire de convoitises inédites.
Le retour de la conquête spatiale
Plus de cinquante ans après Apollo, la Lune est redevenue aux États-Unis, mais aussi en Chine, l’affaire de stratégies nationales mobilisatrices, cette fois pour prendre pied de façon plus permanente sur notre satellite. Sous des formes différentes bien sûr : l’une, à Washington, qui met l’accent sur le développement d’activités économiques et sur la part des acteurs privés (même si les modèles d’affaires laissent perplexes) ; l’autre, à Pékin, plus axée sur la promotion de la coopération scientifique internationale. Les deux pays ont en commun l’ambition d’être en pointe dans la « conquête spatiale », expression datée qui a pourtant semblé retrouver un certain lustre depuis quelques années.
Sans y souscrire pleinement, l’Europe veut trouver ici une place à sa mesure. Elle cherche aussi à se faire entendre plus largement à l’heure où la compétition et la confrontation ont repris de la vigueur dans le monde spatial. C’est le cas sur la Lune bien sûr. Les programmes chinois et américains envisagent une installation sur quelques sites favorables qui sont en nombre très limité. Car la lune n’est pas accueillante. Des voix s’élèvent déjà outre-Atlantique pour s’inquiéter de voir les États-Unis se faire souffler la place par la Chine.
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Course à l’occupation et au profit
On observe les mêmes tensions plus près de la Terre. Les orbites situées à quelques centaines de kilomètres d’altitude font depuis quelques années l’objet d’une course à l’occupation et au profit. Une poignée de grands industriels, nord-américains et chinois pour l’essentiel, semblent vouloir faire main basse sur ces orbites. Il s’agit d’y déployer ces fameuses « constellations » de satellites dont la production s’est massifiée et qui visent le marché de l’internet.
La saturation guette : alors que 8 000 satellites avaient été lancés en orbite en soixante ans, entre 1957 et 2017, près de 10 300 l’ont été sur les trois dernières années seulement ! On parle aujourd’hui de dizaines voire de centaines de milliers de satellites en orbite à l’échéance des quelques années qui viennent.
SpaceX, la société du désormais célèbre Elon Musk, illustre à elle seule cette transformation en monopolisant avec sa constellation Starlink près de 65 % des satellites actifs en orbite (9 500 sur 14 500 satellites fonctionnels). La situation est sans précédent. Il s’agit pour l’entreprise américaine de s’imposer comme l’acteur dominant qui sera en mesure de vendre ses services au maximum de clients possibles, États compris, en particulier pour faire la guerre comme on le voit en Ukraine où Starlink est devenu un atout essentiel sur le champ de bataille.
Des concurrents tentent de s’installer sur ce « marché ». Ils vont de la société Amazon avec quelques milliers de satellites prévus, à différents acteurs chinois qui ont commencé à construire de leur côté au moins deux constellations concurrentes, chacune devant compter à terme 12 000 satellites (s’y ajoutent deux nouveaux projets de 100 000 satellites chacun qui viennent d’être déclarés par Pékin).
Imaginer un « code de la route spatial »
L’Europe ne veut pas être en reste et souhaite préserver son autonomie dans ce domaine. Elle a lancé pour cela le programme IRIS2, un projet de quelques centaines de satellites seulement mais dotés de technologies à la pointe capables d’assurer aux Européens une connectivité souveraine.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là et SpaceX a fait récemment la demande d’une autorisation pour placer un million de satellites supplémentaires en orbite. Il s’agira de « Data Centers », comme les nomme Elon Musk, destinés à soutenir l’explosion des usages de l’intelligence artificielle et la connectivité dont elle a besoin.
Bien sûr, tout cela mise sur une viabilité économique sans faille et présuppose un développement inarrêtable de l’intelligence artificielle. Or des doutes subsistent sur cet emballement. Et d’autres plus aigus encore concernent la capacité à éviter les catastrophes en orbite, perspective bien réelle compte tenu du nombre croissant d’objets circulant au-dessus de nos têtes, satellites ou débris spatiaux.
Cette évolution obligera à imaginer un « code de la route spatial », une forme de contrôle du trafic spatial sur lequel les principaux pays ne se sont pas encore mis d’accord. L’horizon est loin de s’éclaircir car la situation géopolitique se tend et va jusqu’à transformer les orbites terrestres en un terrain de compétition militaire. Ici comme pour l’exploration, il est sans doute urgent pour l’Europe d’affirmer sa vision et de se donner les moyens de la porter au niveau international.
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Par Xavier Pasco (Directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, auteur de «Géopolitique de l’espace, la guerre du ciel est déclarée» aux éditions Tallandier en 2025), la-croix.com, le 12.02.2026
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