De Mussolini à Trump : depuis 1934, la Coupe du monde a souvent été rattrapée par la politique (tf1info.fr)

Publié le 3 Septembre 2026

De Mussolini à Trump : depuis 1934, la Coupe du monde a souvent été rattrapée par la politique.

 

Une coupe du monde à l’image de Trump - Chappatte, 2026 (Suisse / Switzerland)

 

"En décidant de suspendre un carton rouge infligé à l’attaquant américain Balogun, la Fifa a provoqué une tempête bien au-delà du monde du football. Des instances telles que l'UEFA ou l’Union européenne ont notamment protesté contre ce qu'elles ont décrit comme une manœuvre d'ingérence de Donald Trump. Ce dernier s'est en effet ému de la sanction infligée à l'avant-centre de la sélection américaine, allant jusqu'à appeler directement au téléphone Gianni Infantino, président de la FIFA, pour lui demander de revenir sur la suspension du joueur. Un tel interventionnisme décomplexé illustre la dimension très politique du football. Rien de nouveau d'ailleurs, puisque la Coupe du Monde a été marquée dès ses débuts par des événements marquants, qui ont dépassé le simple cadre du sport.

 

1934 : l'Italie de Mussolini instrumentalise le foot

En mai 1934, l'Italie organise la deuxième édition de la Coupe du monde à domicile et parvient à remporter la finale à Rome contre la Tchécoslovaquie. Ce succès vient conclure une compétition marquée par l'empreinte très visible du fascisme. Benito Mussolini, qui n'était pas un grand passionné de ballon rond, a fait du Mondial un instrument de démonstration de puissance : les stades ont été rebaptisés à sa gloire (stade Mussolini à Turin, stade du Parti national fasciste à Rome), tandis que les Chemises noires, l'aile paramilitaire du Parti national fasciste, se chargeaient d'assurer la sécurité. 

Sur le terrain, les joueurs étaient tenus d'exécuter le salut fasciste avant chaque match. Des soupçons de pressions sur les arbitres ont aussi entouré plusieurs rencontres, notamment la demi-finale contre l'Autriche, mais même les historiens n'ont jamais pu les établir avec certitude. Notons aussi qu'à la veille de la finale, l'arbitre suédois de la finale Ivo Eklind aurait dîné avec Mussolini, un épisode qui lui a valu une radiation à vie quelques jours après le match. Cette édition de la Coupe du Monde a été suivie par une nouvelle victoire italienne quatre ans plus tard. Sur les pelouses d'une France désignée pays hôte, les joueurs de la "Nazionale" ont porté des maillots noirs rappelant la tenue des miliciens fascistes. L'Autriche, alors annexée par l'Allemagne nazie, devait dans le même temps déclarer forfait, voyant ses membres intégrés de force dans l'équipe allemande.

Les joueurs de l'équipe d'Italie font le salut fasciste avant la finale de la Coupe du monde contre la Tchécoslovaquie, le 10 juin 1934 à Rome. — © Keystone / Getty Images

 

1973 : un boycott de l'URSS face au Chili

Le 11 septembre 1973, un coup d'État militaire renverse le président Salvador Allende au Chili. Quelques semaines plus tard, en décembre, le pays sud-américain dispute un match retour de barrage qualificatif pour la Coupe du monde 1974 à domicile face à l'URSS. Après un match nul à Moscou à l'aller, c'est à l'Estadio Nacional de Santiago que se déroule la rencontre. Il ne s'agit pas d'une enceinte sportive comme les autres, puisque ce stade a servi de lieu de détention et de torture après le coup d'État. Au total, ce sont près de 40.000 personnes qui y ont été parquées et torturées en l'espace de quelques semaines.

L'URSS affiche son malaise à l'idée de jouer sur une telle pelouse et demande officiellement à la Fifa de déplacer la rencontre sur terrain neutre, quelque part en Amérique latine. Le refus de la fédération internationale pousse les Soviétiques à ne pas se présenter face à leurs adversaires. La sélection n'ayant pas clairement officialisé son forfait, le match est tout de même maintenu, ce qui donne lieu à une scène surréaliste. Le 21 novembre 1973, l'équipe chilienne est la seule à se présenter sur le terrain. Les joueurs poussent la balle dans un but vide, avant que l'arbitre ne siffle la fin de la rencontre. L'histoire retient la qualification du Chili, ainsi que la disqualification de l'URSS, mais cet événement est aussi resté dans les mémoires comme le premier exemple de boycott politique dans l'histoire de la Coupe du monde.

Le capitaine de l’équipe de football du Chili marque un but dans la cage soviétique vide de gardien. Stade Santiago du Chili, décembre 1973

 

1982 : un but des Bleus invalidé après l'irruption d'un cheikh koweïtien sur la pelouse

Forte lors de son match contre le Koweït lors du Mondial 1982 en Espagne, la France prend le meilleur sur son adversaire et mène 3 buts à 1. Alors qu'il reste environ dix minutes à jouer, Alain Giresse aggrave le score, mais les joueurs koweïtiens contestent le but français du 4-1. Ils sont en colère, persuadés d'avoir entendu un coup de sifflet signalant un hors-jeu, alors que l'arbitre avait bien validé le but. 

C'est à ce moment précis que le cheikh Fahad al-Ahmed al-Jaber al-Sabah, frère cadet de l'émir et président de la Fédération koweïtienne de football, descend des tribunes. Il entre sur la pelouse à la stupéfaction générale et, dans la confusion la plus totale, l'arbitre finit par invalider le but. Une décision lourde de conséquence puisque le Soviétique Miroslav Stupar, c'est son nom, sera ensuite radié à vie par la Fifa. Après cet épisode surprenant, le match s'est poursuivi, s'achevant sur le score de 4 buts à 1 grâce à une dernière réalisation signée Maxime Bossis. 

L'intervention du cheikh Fahad Al-Ahmed Al-Jaber Al-Sabah lors de France-Koweït, mondial 1982 (L'Equipe)

 

1998 : un geste fraternel entre Iraniens et Américains

En 1998, la France s'apprête à remporter son premier Mondial, à domicile. Si l'on retient aujourd'hui les images de la finale contre le Brésil, un match entre l'Iran et les Etats-Unis a donné lieu à une scène mémorable. Dans un contexte de forte tension entre les deux pays, la rencontre est programmée le 21 juin au stade Gerland de Lyon.

Vingt ans après la révolution islamique, le guide suprême iranien a interdit à ses joueurs de serrer la main des Américains. Un ordre respecté, mais qui a été contourné par les joueurs du Moyen-Orient. Durant l'avant match, à l'issue des hymnes, les Iraniens offrent des bouquets de roses blanches à leurs adversaires. Un symbole de paix, avant que les deux équipes ne posent ensemble pour une photo commune incarnant la fraternité. La Fifa, quelques mois plus tard, a décerné aux deux sélections le prix annuel du fair-play. Si l'initiative de la fédération iranienne a été saluée et présentée comme un modèle de tolérance, quelques incidents ont été rapportés en marge du match. L'AFP, qui couvrait l'événement, assurait dans son compte-rendu que ""sur le terrain"", le match s'était ""disputé dans un bon esprit"", mais que ""dans les tribunes, les policiers sont intervenus pour faire retirer des banderoles déployées par des opposants au régime de la République islamique"". Les forces de l'ordre ont également réprimé les individus qui mettaient en avant des portraits de Maryam Radjavi, l'épouse du président du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) et leader de l'opposition à Téhéran en exil.

Le footballeur américain Cobi Jones offre un bouquet de fleurs à l’Iranien Karim Bageri le 21 juin au stade de Gerland à Lyon, avant le deuxième match du premier tour du groupe F de la Coupe du monde 1998 entre l’Iran et les États-Unis. - ERIC FEFERBERG / AFP

 

Par TD, le 7 juillet 2026, in tf1info.fr

Source : https://www.tf1info.fr/sport/de-mussolini-a-trump-depuis-1934-la-coupe-du-monde-a-souvent-ete-rattrapee-par-la-politique-2451889.html

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #1ère HGGSP

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