Chapitre 1 : Mers et océans, entre appropriation, protection et liberté de circulation (2ème partie).

Publié le 26 Octobre 2020

THÈME 1 – MERS ET OCÉANS AU CŒUR DE LA MONDIALISATION.

 

Chapitre 1 : mers et océans,  entre appropriation, protection et liberté de circulation (2ème partie).

 

 

=> A qui appartiennent les océans et leurs ressources?

=> quels sont les enjeux de l'exploitation des espaces maritimes?

=> Comment expliquer les tensions et les conflits autour de l'appropriation des espaces maritimes?

=> Quelle gouvernance pour les espaces maritimes?

 

II - DES ESPACES MARITIMES SOUS TENSION.

 

A - La difficile délimitation des frontières maritimes

 

1. L'élaboration du droit de la mer.

 

Les espaces maritimes sont régis par la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) élaborée lors de la conférence de Montego Bay (Jamaïque) en 1982. Ratifiée par plus de 130 États, cette convention définit différentes zones de souveraineté concernant les mers et les océans dans le but d'éviter les conflits entre les États :

- Les eaux territoriales : il s'agit des eaux sur lesquelles les États côtiers exercent entièrement leurs droit souverain (ils contrôlent le passage et sont « propriétaires » des ressources). Elles s'étendent jusqu'à 12 milles marins.

- Les zones économiques exclusives (ZEE) : il s'agit de bande maritime s'étendant jusqu'à 200 milles marins (370km) dans laquelle l’État côtier bénéficie d'un droit exclusif d'exploration et d'usage des ressources mais ne peut pas empêcher la circulation ou le survol.

- La haute mer libre : au delà du plateau continental, la haute mer est considérée comme un bien commun de l'humanité et son exploitation est interdite. Elle représente 65% de la surface océanique/marine de la planète. L'Autorité Internationale des Fonds Marins gère les autorisation d'exploitation des ressources minérales du fond des océans et peut accorder une extension de la ZEE aux États qui le demande pour y exploiter des ressources.

- La conférence de Montego Bay réaffirme par ailleurs le principe de la libre circulation sur les mers et les océans. Ainsi, aussi État ne peut interdire à un autre de naviguer dans sa ZEE (ni de la survoler ou d'y poser des câbles) et les États riverains d'un Detroit international ne peuvent entraver le trafic.

 

La délimitation des espaces maritimes par la convention de Montego Bay

 

Cette convention conduit donc à une territorialisation croissante des espaces maritimes (autrement dit à leur appropriation et à leur exploitation par les États bordiers). La puissance maritime des États peut dés lors être mesurée par l'étendue de leurs eaux territoriales et par l'importance de leurs zone économiques exclusives.

- Les États-Unis disposent du plus grand domaine maritime au monde (plus de 12 millions de km²), suivis par la France (10 millions), la Russie et l'Australie. L'Union Européenne, forte de ses 27 membres, possède également un très vaste domaine maritime.

- Cette territorialisation remet en cause le principe de liberté de circulation sur les mers (à l'exception de la haute mer) et entraine litiges et tensions à propos de la délimitation des aires de souveraineté maritime. La Chine ou encore la Turquie cherchent par exemple actuellement à repousser les limites de leur ZEE afin d'accroitre leur puissance et leur souveraineté sur les ressources.
 

2. Les litiges liés à la délimitation des Zones Économiques Exclusives.

 

La question de la délimitation des ZEE est aujourd'hui la principale cause de tensions entre les États. Exploitation des ressources, extension de sa souveraineté, recherche et affirmation de sa puissance internationale constituent autant de raisons aux tensions actuels et révèlent le caractère stratégique des espaces maritimes.

- Les ZEE deviennent une source de différends lorsque les frontières sont difficiles à délimiter (comme entre la Grèce et la Turquie en raison des multiples îles grecques proches des côtes turques) ou lorsqu'un qu'un État veut étendre sa souveraineté (pour exploiter des ressources et/ou affirmer sa puissance dans la région). Une centaine d’États ont ainsi demandé une extension de leur ZEE.

- Les principales zones de tensions se trouvent en mers de Chine, en mer Méditerranée et dans l'Arctique.

  • Les îles Senkaku, pourtant inhabités et ne disposant d'aucune richesse, sont revendiquées à la fois par la Chine et le Japon, qui cherchent à étendre leur ZEE respective pour exploiter les ressources en hydrocarbure du sous-sol et une affirmer leur puissance dans ce nouveau centre du monde qu'est l'Asie Pacifique.

 

  • Les tensions sont aujourd'hui également très fortes en Mer Égée en raison des ambitions de la Turquie qui revendique une extension de sa ZEE au détriment du vieil ennemi grec. Athènes et Ankara ont connu de fortes tensions après le déploiement par la Turquie, du 10 août à la mi-septembre, d'un bateau sismique, escorté de navires de guerre, pour procéder à des explorations au large de l'île grecque de Kastellorizo, à 2 kilomètres des côtes turques, une zone potentiellement riche en gaz naturel. La Grèce revendique son pouvoir sur les eaux entourant l'île mais la Turquie rejette sa domination, insistant sur le fait qu'elle a des droits plus étendus en Méditerranée orientale en raison de son littoral plus long.

 

  •  L'Arctique se retrouve aussi au cœur des convoitises des États riverains (Russie, Norvège, Danemark, Canada, États-Unis) et de pays plus éloignés comme la Chine. Susceptible de receler 13% des réserves de pétrole et 30% du gaz naturel non découvert dans le monde (ressources plus facilement accessible grâce à la fonte accélérée des glaces) et support de nouvelles routes maritimes (également ouvertes par le réchauffement climatique), l'Arctique est une région hautement stratégique.

 

B - La militarisation des espaces maritimes.

 

1. Les multiples enjeux de la militarisation des mers.

 

La maîtrise des mers et des océans est un élément essentiel de la puissance des États qui cherchent de ce fait à y renforcer leur présence militaire. Cette militarisation des espaces maritimes témoigne d'enjeux multiples.

- La militarisation des espaces maritimes renvoie à différents enjeux : sécuriser les routes maritimes (comme dans le cas de l'opération Atalante contre les pirates du golfe d'Aden), lutter contre les pollueurs ou les pêcheurs illégaux, assurer l'exploitation des ressources (sous-)marines, affirmer sa souveraineté territoriale (comme la Chine) ou encore accroitre sa capacité de projection militaire. Dans les conflits contemporains en effet, l’arme aéronavale joue un rôle déterminant dans la mesure où les responsables politiques et militaires cherchent tant que possible à éviter les interventions terrestres. En 2011 par exemple, l’intervention de l’OTAN en Libye qui a permis le renversement du régime du colonel Kadhafi a été menée depuis la mer Méditerranée.

 

Navires militaires de la mission Atalante escortant un bateau de commerce.

 

2. Les États-Unis et l'affirmation de nouvelles puissances maritimes.

 

Si les États-Unis peuvent aujourd'hui être considérés comme une véritable superpuissance maritime, la compétition pour la domination des mers s'accentue.

- 10 États détiennent plus de 80% des forces maritimes mondiales.

- Les États-Unis disposent d'un arsenal impressionnant : plus de 260 navires (dont 10 porte-avions, 18 porte-hélicoptères, une cinquantaine de sous-marins...) et des bases militaires situées sur tous les océans du globe. Cette puissance maritime, largement héritée de la période de la Guerre Froide, leur permet d'intervenir rapidement partout dans le monde pour protéger leurs intérêts économiques et politiques.

- La Russie, le Royaume-Uni, le Japon et la France disposent ainsi également de forces navales conséquentes. La France, qui compte un porte-avion et 10 sous-marins nucléaires, est particulièrement présente en Méditerranée, dans l’Océan indien et dans l’Atlantique (où son ancien empire colonial lui permet de posséder plusieurs bases).

- La Chine, en pleine affirmation de sa puissance, s'est lancée dans un programme de développement de ses forces navales (elle s'est dotée de son 1er porte-avions en 2012) et dans la constitution d'un réseau de bases (le long du fameux « collier de perles » et en mer de Chine), ce qui la met en rivalité directe avec les États-Unis et le Japon. D'autres puissances émergentes comme l’Inde, le Brésil, la Turquie ou l’Iran renforcent également leur marine de guerre afin de défendre leurs intérêts stratégiques.

 

Chine - États-Unis, deux puissances maritimes

 

C - Mers, océans et littoraux, des espaces fragiles à protéger

 

1. Une pression anthropique de plus en plus forte.

 

Avec l'explosion des échanges maritimes, l'exploitation croissante des ressources et la tendance à la concentration des hommes et des activités sur les littoraux, les atteintes environnementales liées à l'artificialisation des milieux, aux rejets et aux accidents se sont multipliées.

- Le changement climatique global entraine une hausse du niveau des mers qui menace directement des millions de personnes (environ 300 millions d'après le GIEC) ainsi qu'une acidification des océans (résultant de la concentration croissante de CO²) qui perturbe les écosystèmes marins.

- La concentration des activités sur les littoraux est par ailleurs à l'origine de rejets et de pollutions parfois massives. La baie de Tokyo, très industrialisée, est par exemple très polluée. L'accumulation des déchets plastiques (près de 10 millions de tonnes sont rejetés chaque année dans les mers) a aussi provoqué la formation de véritables "continents de plastiques" appelés "gyres". Ces déchets dégradent les eaux et mettent en péril la faune marine.

 

Quantités estimées de plastique dans les gyres.

 

- Les accidents participent aussi de la dégradation des écosystèmes maritimes. L'exploitation offshore des hydrocarbures ainsi que leur transport maritime peuvent par exemple entrainer des marées noires spectaculaires  (le naufrage de l'Erika en 1999 qui a ainsi souillé près de 400 kilomètres de côte de la Vendée à la Bretagne et tué plus de 200 000 oiseaux ; l'explosion de la plateforme pétrolière "deepwater" en 2010, située à 70 kilomètres au large de la Louisiane qui est à l'origine d'une nappe de 9000 km²!). Lors de l'accident de Fukushima (2011), 80% des déchets radioactifs se sont propagés en mer...

- Ces catastrophes entrainent parfois des conflits d'usages entre les différents acteurs de l'exploitation des mers et des océans : compagnie pétrolière, pécheurs, professionnels du tourisme, ONG...

 

Marée noire sur les côtes bretonnes suite au naufrage de l'Erika

 

2. Des ressources épuisables

 

Les mers et les océans sont également affectés par une exploitation non durable de leurs ressources.

- La surpêche touche de nombreuses espèces comme le thon rouge ou le mérou. Selon la FAO, plus de 30% des stocks de poissons seraient surexploités.

- Le développement de la pêche industrielle est largement responsable de cette situation. Par la technique du "chalutage de fond" par exemple (qui consiste à utiliser d’énormes filets lestés de lourds poids qui raclent les fonds marins, ramassant et cassant tout sur leur passage), les grands navires de pêches prélèvent d'énormes quantités de poissons et ravagent les fonds marins et leurs écosystèmes.

- D’une manière générale, les ressources des océans sont en diminution, ce qui menace des millions d'individus pour qui la pêche représente une source d'alimentation et de revenu indispensable (en particulier dans les Pays du Sud).

 

 

3. Les mesures de protection de l'environnement dans les espaces maritimes.

 

La gestion commune des mers s'impose de plus en plus comme un impératif de développement durable mais s'avère très difficile à mettre en oeuvre.

- L’Organisation Maritime Internationale (OMI), une agence de l’ONU créée en 1948 et regroupant environ 160 États, a multiplié les conventions pour préserver les milieux marins et assurer la sécurité en mer. Des aires marines protégées se multiplient (plus de 5000) mais elles ne couvraient en 2018 que 7% de la surface des océans. En outre, la protection des milieux est souvent partielle et les enjeux environnementaux pèsent souvent peu face aux enjeux économiques.

- Des ONG telles que WWF, Sea Shepperd ou Greenpeace, devenues des acteurs incontournables de la gouvernance des espaces maritimes, multiplient par ailleurs les actions médiatiques pour dénoncer les atteintes aux milieux océaniques et pour sensibiliser l’opinion sur les dangers qui les menacent.

 

Les aires marines protégées dans le monde.

 

Vocabulaire :

Acidification / aire marine protégée / "collier de perles" / eaux territoriales / gyre / plateau continental / surpêche / zones économiques exclusives

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours geo

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