Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale (3ème partie)

Publié le 6 Janvier 2015

THÈME 3 HISTOIRE : UN FOYER DE CONFLITS.

 

Chapitre 3: le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale (suite et fin).

 

 

III - LE MOYEN-ORIENT DANS LE NOUVEL ORDRE MONDIAL: ENTRE MONTEE DE L'ISLAMISME,  INTERVENTIONNISME AMERICAIN ET CRISE PALESTINIENNE (1978-aujourd'hui)

 

1. La montée en puissance de l'islamisme radicale

 

a. Aux origines de l'islamisme politique:

 

L'islamisme peut être défini comme une idéologie qui veut fonder l'ensemble des institutions politique, économique et sociale sur la stricte observance de la loi islamique issue du Coran (la Charia). Il s'agit donc d'un mouvement politique qui cherche à "(ré)islamiser" la société, s'appuyant en cela sur une lecture fondamentaliste des textes sacrés de l'Islam. Ce courant trouve ses origines dés les années 1920 en Egypte avec l'apparition des Frères Musulmans (1929), organisation panislamiste qui prône un retour intégral à la tradition islamique et lutte également contre l'influence occidentale.

Jusqu'au année 1970, l'islamisme reste peu influent: les nouveaux Etats indépendants de la région se construisent et fondent plutôt leur unité sur une vision nationaliste, panarabique et parfois même socialiste (comme dans le cas du parti Baas). Ils exercent ainsi une répression plus ou moins violente sur les organisations islamistes, comme dans l'Egypte de Nasser. Toutefois, les années 1970 correspondent à une période de renforcement de la contestation islamiste. Celle-ci dénonce notamment les inégalités sociales et la corruption des élites (très liées aux puissances occidentales) qui caractérisent les Etats de la région. Les mouvements islamistes incarnent aussi bien souvent la seule forme de résistance organisée aux dictatures en place dans la région (comme dans l'Egypte d'Hosni Moubarak ou la Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali). Cette contestation prend parfois des formes plus violentes comme en Syrie où les Frères Musulmans initient une lutte armée contre le régime baassiste d'Hafez el-Assad. Ils sont très violemment réprimés lors des massacres de Hama en 1982 (les estimations varient entre 10 000 et 40 000 morts).

 

La ville de Hama, centre de l'insurrection menée par les Frères musulmans, après le siège organisé par H. el-Assad (1982)

 

b. La révolution iranienne, acte fondateur de l'islamisme politique:

 

L’acte fondateur de l’islamisme est la révolution iranienne du 1er février 1979 par laquelle, l’ayatollah (chef religieux de l’islam chiite) Khomeiny instaura une « république islamique ». Peu à peu, ce nouveau régime mène une politique étrangère davantage fondée sur des intérêts nationaux que sur des considérations idéologiques, tout en tenant un discours de guerre sainte (djihad). Il privilégie la lutte contre l’influence de l'occident en général et des Etats-Unis en particulier (« le Grand Satan ») comme de son allié dans la région, Israël (« le Petit Satan »). La prise d’otage des personnels de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran en novembre 1979 témoigne de cet "anti-américanisme" et de cette volonté d'indépendance après des années d'impérialisme yankee.

 

La crise des otages de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979

 

c. Essor et diversification de l'islamisme:

 

Depuis les années 1990, l'islamisme s'est diffusé au Moyen-Orient sous différentes formes. Il s’est par exemple étendu de manière tragique à l’Afghanistan en 1996, avec la prise de pouvoir des fondamentalistes talibans. Il s'est également inscrit dans le jeu démocratique en Turquie avec l'arrivée au gouvernement de l'AKP, parti conservateur mené par Recep Erdogan. Il s'est aussi développé en s'appuyant sur le nationalisme local, comme avec le Hezbollah au Liban ("Parti de Dieu", parti chiite libanais, fondé en 1982 avec le soutien de l’Iran et de la Syrie, prônant la lutte armée contre Israël) ou le Hamas en Palestine (Mouvement de la Résistance Islamique, né durant la première Intifada en février 1988). Enfin, l'islamisme s'est mué en terrorisme international depuis la fin des années 1990, tout d'abord avec la création du réseau Al-Qaïda du milliardaire saoudien Oussama ben Laden (responsable des attentats à Madrid en 2004 et de ceux du World Trade Center le 11 septembre 2001) ou plus récemment avec le groupe armée djihadiste Daech qui fait régner la terreur sur une partie de l'Irak et de la Syrie. On peut donc constater que le facteur religieux joue désormais un rôle de plus en plus important dans les tensions au Moyen-Orient et que les discours comme les actes des islamistes les plus radicaux étendent ces tensions bien au-delà de la région.

 

Les attentats contre le WTC, 11 septembre 2001

 

2. La fin de la Guerre Froide et l'interventionnisme américain (1979-1990)

 

a. Les recompositions géopolitiques et les conflits liés la Guerre Froide.

 

A partir de la fin des années 1970, certaines alliances de la Guerre Froide évoluent et les équilibres régionaux se modifient. L'Egypte s'éloigne par exemple de l'URSS et se rapproche des américains. A l'inverse, l'Iran devient ouvertement hostile aux Etats-Unis et à Israël après la révolution islamique de 1979 qui voit l'Ayatollah Khomeiny arrivé au pouvoir au détriment du Shah d'Iran jusqu'alors dévoué aux Etats-Unis.

En outre, l'URSS intervient militairement en Afghanistan pour secourir le gouvernement communiste du pays menacé par les milices tribales. La guerre dure 10 ans et ses conséquences sont lourdes: l'URSS s'enlise dans les combats contre les Moudjahidines ("combattant" ou "résistant" en arabe) et quitte le pays, affaiblie et humiliée; les soviétiques laissent en outre un pays déchiré dans lequel les extrémistes religieux (les talibans), en partie armés et entrainés par les Etats-Unis (pour qui l'ennemi principal était encore à cette époque les communistes!), cherchent à imposer leur autorité.

 

Moudjahidines afghans

 

b. Les conflits régionaux.

 

Si le conflit afghan s'inscrit dans la logique de la Guerre Froide, d'autres répondent à des logiques plus strictement régionales. C'est par exemple le cas de la guerre entre l'Iran et l'Irak de 1980 à 1988. En 1979, le parti Baas de Saddam Hussein accède au pouvoir en Irak et s'appuie sur la minorité sunnite du pays pour assoir son autorité. La même année, l'Ayatollah Khomeiny met en place une république islamiste chiite en Iran. A ces oppositions religieuses s'ajoutent des oppositions ethniques (arabes irakiens contre perses iraniens), économiques (les deux pays sont d'importants producteurs de pétrole et cherchent à s'assurer un accès au golfe Persique pour exporter leurs productions) et géopolitique (ils veulent tous deux s'affirmer comme la puissance régionale dominante). Dans ce conflit, l'Irak bénéficie du soutien des puissances occidentales (URSS, Etats-Unis, France...) alors qu'en Iran, la propagande et la violence du pouvoir islamiste poussent les iraniens à s'engager massivement dans le conflit. Celui-ci dure 8 ans, fait plus d'un million de morts (surtout côté iranien) mais conduit à un quasi statu-quo entre les deux Etats.

 

La guerre Iran-Irak (1980-88)

 

c. L'interventionnisme américain au Moyen-Orient (1990-aujourd'hui)

 

Depuis la fin de la Guerre Froide, les Etats-Unis multiplient les interventions au Moyen-Orient pour défendre leurs intérêts politiques et économiques. En 1991 tout d'abord, ils mènent une coalition de l’ONU pour libérer le Koweït envahi par les troupes de Saddam Hussein (opération Tempête du Désert). Ils font ainsi la preuve de leur hyperpuissance assumée et de leur rôle de "gendarme du monde" dans le nouvel ordre mondial qu'ils ont eux-même défini. Dans le même temps, ils protègent leur approvisionnement en hydrocarbures en se rapprochant de l'Arabie Saoudite où ils implantent des bases militaires.

Au lendemain des attentats du 11 septembre, les Etats-Unis de George W. Bush s'engagent dans une lutte contre le terrorisme islamique, tout d'abord en renversant les talibans en Afghanistan (opération "Liberté Immuable" en 2001) puis en intervenant en Irak en 2003. Cette opération "Irak Freedom" divise l'opinion internationale qui y voit une manifestation de l'impérialisme yankee et une manoeuvre pour protéger son approvisionnement en pétrole (Saddam Hussein n'étant pas lié aux islamistes, au contraire, et les preuves de la présence d'armes chimiques présentées par Colin Powell à l'assemblé des Nations Unies étant fausses).

 

Soldats américains lors de l'opération Liberté Immuable en Afghanistan

 

En outre, si les victoires militaires sont incontestables, les Etats-Unis ne parviennent cependant pas à rétablir la paix et à éradiquer l'islamisme. Alors que les dernières troupes internationales se retirent d'Afghanistan, les Talibans semblent toujours puissants et influents; en Irak, le nouveau gouvernement semble quant à lui incapable d'assurer l'ordre sur son territoire depuis le retrait des troupes américaines en 2011: les violences s'y multiplient en effet, notamment entre sunnites et chiites, alors qu'une partie du pays est tombée aux mains de Daesh.

Moins puissant que qu'auparavant, les Etats-Unis de Barack Obama (qui cherche aussi à améliorer les relations de son pays avec le monde arabe après les années Bush), délaissent en partie son interventionnisme au Moyen-Orient: ils n'interviennent pas pendant les "Printemps Arabes" débutés en 2010 (sauf en Libye, en soutien des forces françaises) ni dans la crise Syrienne. Ils pèsent aujourd'hui également moins dans les relations entre Israël et les palestiniens, conflit dans lequel ils ont pourtant joué un rôle majeur..

 

3. Le conflit israélo-palestinien

 

a. Une non-reconnaissance mutuelle.

 

En 1968, la Charte de l’OLP revendique la destruction de l’Etat d’Israël et la création d’un Etat arabe palestinien. De son côté, Israël refuse de négocier avec l’OLP, considérée comme une organisation terroriste et veut obtenir des Etats arabes la reconnaissance de ses frontières en échange de la restitution des territoires occupés depuis 1967. Dans les 1970, les Fedayin ("ceux qui se sacrifient", nom donné aux commandos palestiniens luttant contre Israël) opèrent depuis le sud-Liban, lui-même occupé en 1976 par les troupes syriennes qui soutiennent l’action de l’OLP. En 1978, pour protéger sa frontière Nord, Israël occupe le Sud-Liban (opération "Litani"), puis déclenche l’opération « paix en Galilée » en 1982. Cette offensive militaire a pour but de chasser l’OLP et repousser les palestiniens au Nord de la frontière. L’OLP quitte alors Beyrouth, Arafat se réfugie à Tunis et un millier de Palestiniens sont massacrés par des milices chrétiennes alliées d'Israël dans les camps de Sabra et Chatila (sous les yeux de Tsahal et d'Ariel Sharon alors ministre de la défense israélien). C'est à la suite de ces interventions israéliennes que se constitue le Hezbollah ("Parti de Dieu"), mouvement politique chiite libanais disposant d'une branche armée dont l'un des objectifs principaux est la destruction d'Israël.

 

Opération Paix en Galilée, 1982

 

b. De la 1ère Intifada et aux accords d'Oslo (1987-1993):

 

Dans les années qui suivent, les conditions de vie dans les territoires palestiniens occupés par Israël se détériorent: les conditions de travail des palestiniens se dégradent, ils doivent obtenir des autorisations pour se déplacer, sont fréquemment fouillés et parfois humiliés, l'accès aux lieux saints musulmans est réglementé et Jérusalem est réunifiée et déclarée capitale d'Israël. En 1987, la jeunesse palestinienne se révolte contre l’occupant israélien: c’est la première Intifida ("soulèvement" en Arabe) à laquelle Israël répond par une répression violente suscitant l'indignation de l'opinion internationale et renforçant le clivage au sein de la société israélienne entre les opposants à toute forme de concession faite aux palestiniens et les partisans d'un règlement pacifique. A l'inverse, cette "guerre des pierres" consolida l'unité palestinienne et permit à la "cause palestinienne" d'être remise à l'ordre du jour de l'ONU.

 

Première Intifada, la "guerre des pierres"

 

Pour l'OLP aussi, la situation a évolué. Avec la fin de la Guerre Froide, Yasser Arafat ne peut plus compter sur l’appui de l’Union Soviétique et doit modérer ses positions. Dés 1989, lors d’une visite officielle en France, il déclare la charte de l'OLP caduque, renonçant ainsi au terrorisme et reconnaissant le droit à l’existence d’Israël. De leur côté, les Israéliens reconnaissent aussi l’existence de l’OLP. A partir de là, les négociations sont possibles. En 1991, poussés par les américains, l’ensemble des acteurs de la région sont réunis à Madrid pour une conférence de paix, sans résultats. Les négociations aboutissent finalement le 13 septembre 1993, à Washington, en présence de Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Bill Clinton : ce sont les accords d’Oslo, qui prévoient la mise en place de l’autorité palestinienne (présidée par Arafat) sur Gaza et une partie de la Cisjordanie, et par conséquent le retrait des troupes Israéliennes pour 1998. Ce retrait doit être progressif et, en attendant, les territoires occupés sont divisés en 3 zones : A (autonomie palestinienne complète), B (autonomie partielle), C (contrôle israélien exclusif). Le processus doit s’étendre sur 5 ans et on repousse à plus tard les problèmes plus épineux, à savoir le sort des réfugiés palestiniens, le statut de Jérusalem-Est (annexée par les israéliens mais dont les palestiniens veulent faire leur capitale), les futures frontières de l’Etat palestinien et les colonies israéliennes présentes dans les territoires occupés.

 

Poignée de mains historique entre Y. Arafat et Y. Rabin sous l'égide de B. Clinton lors de la signature des accords d'Oslo

 

c. Un processus de paix bloqué depuis 1995.

 

Les accords d'Oslo suscitent un immense espoir. Toutefois, le calendrier ne sera pas appliqué, les extrémistes des deux bords refusant tout compromis. Le Hamas ("ferveur" en arabe, Mouvement de Résistance Islamiste issu des frères Musulmans créé en 1987 et constitué d'une branche politique et d'une branche armée; principalement actif à Gaza, il prône la destruction d'Israël et la création d'un Etat islamique palestinien) et le Hezbollah multiplient les attentats terroristes contre la population civile israélienne. Par ailleurs, le 4 novembre 1995 : Yitzhak Rabin est assassiné par un militant extrémiste israélien. Le 28 septembre 2000, Ariel Sharon, leader du Likoud, se rend sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem. Cette visite est vécue comme une provocation et entraine des manifestations palestiniennes. C’est le début de la Seconde Intifada, très différente de la première. Plus organisée et plus violente (les roquettes ont remplacé les pierres), elle oppose de petits groupes soutenus par des mouvements islamistes étrangers à l’armée israélienne. Ariel Sharon prend ensuite la tête d’Israël en février 2001.

Depuis 1995, le processus de paix est donc au point mort. Si Israël a bien évacué la bande de Gaza en 2005, la colonisation se poursuit en Cisjordanie : 110 000 colons juifs en 1993, 280 000 en 2010. L’autorité palestinienne ne contrôle en réalité que 40% des territoires prévus, qui sont de surcroit des zones éparses, dispersées. Israël décide par ailleurs en 2002 de construire une barrière de séparation à la frontière de la Cisjordanie, barrière qui englobe des colonies, des villages palestiniens ainsi que Jérusalem-Est.

 

Colonies et mur de séparation israélien

 

Mur de séparation entre Jérusalem-est et la Cisjordanie

 

 

Dans les territoires occupés, la mort de Yasser Arafat le 11 novembre 2004, leader historique de la cause palestinienne et par là même seul capable de maintenir une certaine unité, entraîne un développement des divisions au sein du peuple et de l’autorité palestinienne. La bande de Gaza, après les élections législative palestiniennes de 2006, passe sous le contrôle des islamistes radicaux du Hamas, hostiles au Fatah ("Mouvement de Libération de la Palestine", plutôt socialiste, fondé par Yasser Arafat en 1959 et aujourd'hui dirigé par Mahmoud Abbas, représentant officiel de l'autorité palestinienne). Les discussions avec Israël n’en sont que plus difficiles. L'ONU a cependant admis l'Etat de Palestine en tant qu'"État observateur non membre" en novembre 2012 et a accepté sa demande d'adhésion à la Cour pénale internationale le 7 janvier 2015.

 

La délégation palestinienne à l'ONU en 2012 (au 1er rang, M. Abbas, 2ème en partant de la droite)

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

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