Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875 (2ème partie)

Publié le 26 Février 2015

THÈME 2 : IDÉOLOGIES, OPINIONS ET CROYANCES EN EUROPE ET AUX ETATS-UNIS DE LA FIN DU XIXÈME SIÈCLE À NOS JOURS.

 

Chapitre 1 : Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875 (suite et fin).

 

 

III – 1945-AUJOURD'HUI : SOCIALISME, COMMUNISME ET SYNDICALISME DE LA DIVISION À LA RÉUNIFICATION ALLEMANDE.

 

Rappel : à partir de 1945, après les conférences de Yalta et Potsdam, l'Allemagne et Berlin sont divisées en 4 zones d'occupation administrées par les vainqueurs. Suite à la 1ère crise de Berlin (juin 1948-mai 1949), l'Allemagne est divisée en deux États : la RDA (octobre 1949) qui intègre le bloc soviétique, et la RFA (mai 1949), alliée des États-Unis. Quel rôle vont joué les partis de gauche dans ce nouveau contexte de Guerre Froide?

 

La division de l'Allemagne et de Berlin après guerre.

 

1. Le communisme d’État en RDA : la dictature de la SED (1949-1989)

 

Pendant la période de l'occupation soviétique (1945-49), le SPD et le KPD fusionnent pour former la SED (Parti Socialiste Unifié d'Allemagne). Cette fusion, imposée aux sociaux démocrates, profite largement aux communistes qui prennent le contrôle du nouveau parti. A partir d'octobre 1949, la RDA devient une "Démocratie Populaire" dont le fonctionnement politique est calqué sur celui de l'URSS : la SED devient le parti unique et son secrétaire général Walter Ulbricht le dirigeant du pays (jusqu'en 1971 où Erich Honecker lui succède).

 

Erich Honecker (et M. Gorbatchev à sa droite) lors des commémoration pour le 40ème anniversaire de la RDA

 

La SED cherche ainsi à mettre en place une « société socialiste » : suppression de la propriété privée, nationalisation des industries, des banques, des assurances, planification de l'économie... Par ailleurs, le pouvoir cherche à encadrer totalement la population, en particulier les ouvriers : ces derniers sont regroupés dans un syndicat unique contrôlé par la SED (la FDGB) dont le rôle est davantage de les surveiller et de les motiver que de les défendre (la grève est interdite en 1961). Ces organisations de masse concernent aussi les femmes ou les jeunes, qui sont éduqués pour devenir de "bons petits communistes" (les livres scolaires sont écrit selon les préceptes du marxisme-léninisme, les 14-25 ans sont intégrés aux Jeunesse libre Allemande, les Freie Deutsche Jugend ou FDJ...). La censure, la surveillance (par la tristement fameuse Stasi qui emploie plus de 90 000 personnes sans compter les informateurs) et la propagande sont omniprésentes afin de compléter cette surveillance et cet endoctrinement de la population.

 

Commémoration de la mort de Liebknecht et Luxemburg en Janvier 1978

 

 

Fresque murale dans le style du réalisme socialiste (Berlin)

 

Par ailleurs, la population bénéficie de nombreuses institutions sociales (crèches, soins médicaux gratuits, centres de vacances...) et culturelles (la FDGB gère par exemple 17000 bibliothèques). La classe ouvrière, l’État et le parti communiste sont mis en avant lors de grandes événements de masse. L'activité industrielle (qui occupe la majorité de la population active), l’État et donc la SED sont ainsi au cœur de la vie des allemands de l'est.

 

 

Fête de sport et de la gymnastique à Berlin (1960's)

 

Toutefois, la réalité de la société est-allemande est loin de l'idéal défini par le parti. Les inégalités se développent, notamment entre les ouvriers qui sont obligés de se ravitailler dans les magasins d’États et les cadres du parti qui bénéficient de nombreux avantages (scolarisation, accès aux biens de consommation occidentaux...). Le niveau de vie, bien qu'en augmentation dans les années 1970 et au-dessus de celui des autres démocraties populaires, reste largement inférieur à celui de la RFA (cf la Trabant, seule voiture disponible, pour laquelle il faut attendre 2 ans avant de l'acquérir – les trabants d'occasion, que l'on peut acquérir plus rapidement, sont du coup plus chères que les neuves!!). Les résultats économiques sont par ailleurs moyens et l'industrie beaucoup moins puissante et performante que ne le dit le régime (la RDA se veut être une vitrine de la réussite du modèle socialiste), surtout à partir des années 1980 où le pays s'enfonce dans la crise.

 

File d'attente devant un magasin Intershop vendant des produits occidentaux (ouvert aux allemands de l'est en 1974). Sur la droite, une trabant.

 

Dans ce contexte, la contestation prend de multiples formes. Fuites (parfois spectaculaires) vers l'ouest, grèves comme celle de juin 1953 à Berlin (où les ouvriers réclament des élections libres, la réunification...) qui tournent à l'insurrection et s'étendent à toute la RDA; l'armée rouge réprime violemment le mouvement (17 juin 1953) et sauve ainsi le régime... Le contrôle permanent de la société entraîne toutefois (surtout après 1953) une forme d'acceptation liée à la peur. A partir de 1986, la perestroïka de M. Gorbatchev (à laquelle le gouvernement de la RDA s'oppose) alimente l'opposition, de l’Église, des intellectuels et des ouvriers : les « manifestations du lundi » à Leipzig à l'initiative d'un pasteur, réunissent des milliers de personnes entre octobre et novembre (jusqu'à 400 000 manifestants) en criant « nous sommes le peuple » et en réclamant liberté et démocratie. Les manifestations pacifiques se diffusent dans toute l'Allemagne jusqu'au 9 novembre et la chute du mur.

 

Répression de la révolte ouvrière de juin 1953 à Berlin-est par les chars soviétiques

 

Manifestation du lundi à Leipzig, 1989

 

Chute du mur de Berlin, 9 novembre 1989

 

2. Le mouvement ouvrier à l'ouest (1945-1989)

 

En RFA, les partis marxistes sont confrontés à la Guerre Froide. Le KPD perd rapidement son influence ; interdit en 1956, il est de nouveau autorisé en 1968 mais ne constitue plus qu'une force politique très réduite.

Le SPD est refondé le 15 avril 1945 à Hanovre par Kurt Schumacher. Antisoviétique, il réclame l'unité de l'Allemagne et la mise en place d'une économie planifiée et étatisée. Mais en 1949, c'est la CDU (Union Chrétienne Démocrate) qui remporte les 1ère élections au Bundestag (Konrad Adenauer devient chancelier et le restera jusqu'en 1963). La CDU donne la priorité à l'intégration de la RFA au bloc occidental puis à la construction européenne.

Ces échecs électoraux renforcent le courant réformiste au sein du SPD. Celui-ci, redevenu simple parti d'opposition, modifie sa ligne politique lors du congrès de Bad Godesberg en 1959. Le parti reconnaît que l'optique révolutionnaire est inadaptée aux réalités de la société et renonce ainsi à toute référence marxiste dans son programme. Le SPD devient officiellement un parti réformiste qui cherche à élargir sa base électorale (il n'est par exemple plus le « parti de la classe ouvrière » mais le « parti du peuple »).

 

Willy Brandt au congrès du SPD à Bad Godesberg en 1959

 

En 1960, le SPD accepte l'intégration de la RFA à l'ouest et adhère à l'économie de marché et à la propriété privée. Ce consensus autour de l'économie sociale de marché tient bien évidemment à l'influence des États-Unis et aux contexte particulier de la Guerre Froide (l'Allemagne étant au cœur de celle-ci) mais surtout à la réussite économique du pays. L'Allemagne devient en effet la 1ère puissance industrielle européenne avec un taux de croissance dépassant 6% et un niveau de chômage inférieur à 1% entre les années 1950 et 1973. C'est le miracle économique allemand des 30 Glorieuses. Le syndicalisme ouest-allemand est puissant et participe également de ce consensus. Le DGB (confédération allemande des syndicats créé en 1949) est la confédération unique qui regroupe 16 fédérations d'industries indépendantes des partis politiques, aussi bien marxistes que chrétiennes. Le syndicat dispose d'importants moyens financiers et compte près de 7 millions de membres en 1970. Résolument réformiste, il défend l'idée d'une cogestion qui accorde aux salariés un droit de regard sur les décisions de l'entreprise, en leur accordant par exemple des sièges dans les conseils d'administration et en favorisant la conciliation. Ce système est institué par la loi d'octobre 1952.

 

Evolution du PIB allemand depuis 1800

 

Le système de la cogestion dans les entreprises allemandes

 

Le SPD revient au pouvoir en 1966 dans une coalition avec la CDU rendue possible par les décisions prises lors du congrès de Bad Godesberg. Willy Brandt, chef du parti depuis 1964 et ancien maire de Berlin, est nommé vice-chancelier et ministre des affaires étrangères. Il faut encore attendre 1969 pour que Willy Brandt (jusqu'en 1974) puis Helmut Schmidt (jusqu'en 1982) occupe la chancellerie.

 

Résultats électoraux de 1969. Le SPD est majoritaire grâce à son alliance avec le Parti libéral-démocrate (centre droit). Willy Brandt est nommé chancelier

 

D'importantes réformes dans l'esprit de la sociale démocratie sont entreprises : extension de la cogestion et des droits des travailleurs dans les entreprises, renforcement des aides publiques et de la protection sociale (allocations, bourse scolaire...), libéralisation des mœurs (dépénalisation de l'homosexualité en 1969, droit de vote abaissé à 18 ans en 1972, loi sur l'avortement en 1974 – cf slogan de Brandt : « osez plus de démocratie »). Pendant la période de crise économique (1973-1982), Schmidt cherche à combattre les effets de la crise tout en préservant les acquis sociaux. Par ailleurs, en terme de politique internationale, c'est Willy Brandt qui initie une politique de rapprochement avec la RDA (Ostpolitik) qui débouche sur la signature du traité fondamental de reconnaissance mutuelle entre la RFA et la RDA en décembre 1972. La RDA intègre alors l'ONU et la RFA n'est plus la seule représentante de l'Allemagne au niveau international.

 

Le 8 novembre 1972, Michael Khol (pour la RDA, à gauche) et Egon Bahr (pour la RFA, à droite) paraphent le Traité Fondamental de reconnaissance mutuelle entre les deux Allemagnes (le traité sera définitivement signé le 21 décembre 1972 à Berlin-est)

 

Mais les années 1970 voient aussi monter différentes formes de contestation. La République fédérale d’Allemagne doit affronter la menace terroriste d'une organisation révolutionnaire d’extrême gauche : la Fraction Armée Rouge (RAF). Ce mouvement, aussi connu sous le nom de "bande à Baader" (du nom de son chef Andreas Baader), veut détruire le système capitaliste du pays. Il commandite des attentats contre d’éminents dirigeants de l’économie (comme Hanns-Martin Schleyer, président du patronat, enlevé et exécuté en 1977). Par ailleurs, c'est au milieu des années 1970 qu’apparaît un nouveau parti, les Verts, qui entre au gouvernement dés 1979. Vieillissant, le SPD perd le pouvoir en 1982 au profit d'une coalition formée entre la CDU et les libéraux (Helmut Kohl devient chancelier)

 

Hanns-Martin Schleyer enlevé par la RAF

 

3. La gauche allemande depuis la réunification.

 

La réunification (3 octobre 1990) bouleverse la vie politique et syndicale. En RDA, dés la chute du mur, des élections libres sont organisées. La SED perd son statu de parti unique et devient le PDS (parti du socialisme démocratique) tandis que le syndicat unique, la FDGB, s'autodissout. Le SPD et le syndicat DGB s'implante quant à eux en ex-RDA.

Le SPD ne revient au pouvoir qu'en 1998 avec Gerhardt Schröder dans le cadre d'une coalition avec les Verts. Mais les réformes libérales menées dans le cadre de « l'agenda 2010 » (libéralisation du marché du travail - réforme Hartz - , réforme des retraites, diminution des dépenses de l’État...) suscitent de fortes oppositions au sein du SPD et de la part des syndicats. Il perd ainsi le soutien de son électorat et se retire du pouvoir en 2005.

 

Manifestations contre les réformes Hartz en 2004 (sur le panneau : "Hartz 4, la pauvreté par la loi")

 

Un nouveau parti, die Linke ("la gauche"), composé des déçus du SPD, du PDS et des communistes de l'ex-RDA, voit le jour en 2007 (cf en France avec le NPA...) et développe un discours anti-libéral. Par ailleurs, même si le niveau de syndicalisation est en baisse dans les années 1990, il reste supérieur à celui des pays voisins (environ 30% de taux de syndicalisation contre 9% en France) et de nombreuses grèves sont menés entre 2005 et 2009. C'est ainsi que le SPD subit une défaite historique lors des élections de 2009 où il perd plus d'un tiers de ses élus. Depuis les élections de 2013, le SPD participe à nouveau à une grande coalition avec la CDU/CSU d'Angela Merkel et obtient des portefeuilles ministériels ainsi que l'introduction d'une salaire minimum en Allemagne.

 

Angela Merkel (CDU) et Sigmar Gabriel (SPD) en 2013

 

En complément...

Le système politique allemand

 

Tableau de synthèse sur le chapitre.

 

Chronologie et personnages clés

 

Rédigé par Team Histoire-Géo

Publié dans #cours histoire

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